LE ROLE DES EAUX SAUVAGES
Neuchâtel et, malgré ses faibles dimensions de 4 de millimètre, décompose et désagrège d'énormes quantités de matière minérale. C'est ce que de leur côté réalisent maints lichens sur les roches feldspathiques.
Le rôle des eaux sauvages.
Que l'action dénudatrice de la pluie et des eaux sauvages soit purement mécanique ou purement chimique ou simultanément mécanique et chimique, — dans tous les cas, elle se traduit au bout d'un temps plus ou moins long par la production à la surface du sol de sillons, dont l'examen nous préparera à l'étude des effets delà dénudation réalisée par les eaux courantes.
De vraies expériences accidentelles sont à cet égard pleines d'enseignements, et on peut citer par exemple celles qui résultent de l'exposition à la pluie de talus et de tranchées, construits dans des terrains sableux.
Dans des cas de ce genre, on ne manque pas de constater, et la remarque est d'une importance capitale par ses conséquences, que l'action des eaux sauvages qui ruissellent sur le sol à la suite de la pluie ne saurait être uniforme dans les différents points.
La moindre particularité locale détermine des inégalités qui sont immédiatement la cause de la substitution de filets aqueux à la nappe théorique.
De semblables observations, en somme très accidentelles, peuvent être avantageusement remplacées, par des expériences réalisables d'une façon tout à fait systématique dans le plus agréable laboratoire qu'on
54 LA DÉNUDATION PLUVIAIRE
puisse imaginer, par une belle matinée d'été ou d'automne : une vaste plage sableuse d'où la mer vient de se retirer.
C'est à Saint-Lunaire (lUe-et- Vilaine) que M. Stanislas Meunier a opéré.
Dans une semblable localité, l'opérateur dispose d'une nappe de sable étalée uniformément et d'où sort bien uniformément aussi, l'eau dont sa submersion sous la mer l'avait pourvu. Pourtant la nappe d'eau qui retourne à la mer et qui peut être comparée à la nappe que la pluie y aurait étendue, est à chaque pas modifiée par des ruissellements. Aux causes déjà indiquées comme déterminant les inégalités locales il faut ajouter ici l'émergence de pointements rocheux capricieusement distribués.
Quoi qu'il en soit, les filets produits se prêtent merveilleusement à des modifications volontairement déterminées dans leur volume , ou dans leur vitesse, ou dans leur direction.
En outre, on peut souvent conserver le^ résultats des expériences par des moulages avec du plâtre de Paris, qui gâché dans de l'eau douce et versé sur le sable salé se prend avec une rapidité bien éloquente en faveur de l'énergie des phénomènes osmotiques.
Le seul point qu'il faille ici retenir, c'est que la circulation de ces petits filets d'eau, soit sur les tranchées ou les talus, soit sur les plages sableuses, donne rapidement, à une surface primitivement plane, des accidents de forme qui, à la dimension près, sont identiques à ceux qui caractérisent le modelé du sol.
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Il résulte de là une forte présomption que ce modelé peut très souvent être Fœuvre exclusive de l'activité externe^
C'est comme application du même fait qu'il faut remarquerx que la pluie a pour effet d'adoucir progressivement les pentes des coteaux. L'ablation ne se fait pas parallèlement au flanc actuel, mais avec une inclinaison plus forte sur l'horizon. MM. de La Noë et de Margerie ont fait à ce sujet des expériences pleines d'intérêt*.
C'est une application aussi des mêmes considérations qu'on peut faire à la forme du flanc des coteaux hétérogènes, laquelle reflète naturellement l'inégale facilité offerte par chaque formation géologique à la dénudation météorique.
Les auteurs que nous venons de citer ont imité ces faits par une expérience aussi simple qu'ingénieuse : sur une planchette on dispose des couches alternatives de plâtre à mouler et de sable fin, dépassant d'ailleurs les bords de la planchette déposée d'abord sur une table. Quand les lits très minces de ces deux poussières épandues au tamis sont assez nombreuses, on soulève lentement la planchette verticalement et sans l'incliner, de façon à séparer ce qui la recouvrait de la matière qui l'entourait. La tranche de chacune des couches prend alors un profil en rapport avec sa faculté spéciale d'éboulement. Le plâtre reste presque vertical, le sable s'incline beaucoup et le tout res-