‹ La géologie expérimentaleChapitre 23 sur 132 · ALLURE PROGRESSIVE DU CREUSEMENT DES VALLÉES · texte numérisé non relu

ALLURE PROGRESSIVE DU CREUSEMENT DES VALLÉES

éclate aux yeux dans bien des pays et spécialement là où, à des moments variés, des lambeaux de la surface du sol ont été immobilisés et constituent des sortes de témoins de Tétat des choses à diverses époques.

Le géologue anglais Poulett-Scrope a fait dans son bel ouvrage sur les Volcans de la France centrale une série d'observations de la plus haute valeur, sur l'allure progressive et lente de la dénudation subaérienne du sol. Il a montré * comment les coulées successives des puys d'Auvergne nous ont conservé comme des échantillons de la surface du sol à divers moments de la période depuis laquelle les éruptions ont commencé. Or, les altitudes de ces points comparées à leur âge relatif est d'une éloquence sans réplique.

Il est très honorable pour la science française de constater que Poulett-Scrope a été précédé dans cette voie par Daubuisson de Voisins qui, dans le premier volume de sa Géognosie (1819), pp. 237 à 241, est tout à fait explicite, et insiste sur la lenteur du creusement des çallées en invoquant les enseignements fournis par le sol de l'Auvergne.

Il fait en outre remarquer que Playfair, dans son explication de la théorie de Hutton, a fait des observations analogues, qualifiant A' élément différentiel le travail d'érosion réalisé pendant une période limitée et chargeant le temps de son intégration.

C'est une raison de plus de s'étonner du succès que rencontra le point de vue diamétralement opposé

1. Géologie et volcans éteints de la France centrale, p. 218, St. Meunier. — Géol. exp. 6

H'Z LA DENUDATION PLL'VIAIRE

que défendirent, avant 1870, Belgrand, Hébert et une série d'autres auteurs.

A la page 39 de son grand ouvrage sur le Bassin de la Seine, Belgrand écrit : « On a trop souvent confondu les actions lentes et les causes actuelles. Je suis grand partisan des causes actuelles, c'est-à-dire des forces qui sont encore en jeu dans la nature. Ces forces, à la vérité, ne produisent aujourd'hui que des actions lentes parce que nous sommes dans une période de tranquillité géologique {\)\ mais dans les temps de convulsions, de soulèvement des grandes chaînes montagneuses notamment, elles ont pu produire des nnouvements rapides du sol et des actions violentes. »

Et pour bien préciser sa pensée il ajoute : « Je crois que le soulèvement dès Alpes s'est fait rapidement et que c'est à ce grand cataclysme qu'il faut attribuer le déplacement d'eau qui a raviné le bassin de Paris ». Pour ce qui me concerne, je suis bien heureux de pouvoir constater que j'ai été, dès le début de nnes études, convaincu par la vue des faits de la parfaite continuité de l'évolution géologique.

Mes assertions ont souvent provoqué des protestations, qui du reste ont été progressivement en s'affaiblissant, et il serait facile de montrer que tel de mes contradicteurs qui allait jusqu'à m'accuser de la manie des causes actuelles s'est maintenant singulièrement rapproché de mon point de vue constant.

Je crois avoir le droit de penser que j'ai contribué pour ma part à ce revirement d'opinion et l'on me permettra de rappeler que dès 1875, dans ma Géologie

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