ALLURE PROGRESSIVE DU CREUSEMENT DES VALLÉES
des environs de /^a/75,- j'écrivais (p. 440) : « On peut admettre que le fleuve (la Seine) n'était à l'époque quaternaire ni plus volumineux ni plus rapide qu'à présent. Grâce à la puissante collaboration d'un temps indéterminé, il a élargi sa vallée, et de leur côté les 3
agents atmosphériques ont travaillé sans relâche à 1
adoucir les pentes. » En 1879, dans mes Causes '
actuelles en Géologie (p. 179), je disais de même : « Un fleuve même étroit arrive, au bout d'un temps suffisant, à remanier tout le sol qui constitue le fond de sa vallée et à Itii imprimer des caractères tels qu'on serait tenté, par un examen superficiel, d'y voir la trace du passage d'un cours d'eau extrêmement large. » Aujourd'hui, que je puis ajouter aux arguments de naguère la série des résultats expérimentaux dont on vient d'avoir un résumé, je pense que la démonstration est complète.
En somme, les expériences nous montrent qu'on se fait une très fausse idée du mécanisme du creusement des vallées en y voyant, comme on le fait d'ordinaire, le résultat exclusif d'un outil agissant sur le sol de l'amont vers l'aval. L'action, en réalité, est double et comprend une composante prépondérante, qui est dirigée, au contraire, de l'aval vers l'amont et qui, en déterminant la régression de tous les éléments des cours d'eau, donne à la vallée complète son véritable caractère. Cette action est exercée non seulement par le filet d'eau, auquel d'habitude on accorde trop d'importance, mais par les eaux de ruissellement superficiel et par la nappe souterraine adjacente, dont la quantité
84 LA DENL'DATION PLUVIAIRE
est d'autant plus grande qu'on considère la vallée plus loin de sa source, là où la surface est aussi plus considérable. Ce point de vue, qui résulte si inévitablement des essais expérimentaux, est seul capable de faire ressortir le véritable caractère de la dénudation fluviaire et de donner l'interprétation saine des faits d'observation.
D'ailleurs, il convient d'ajouter que pour avoir une idée complète du résultat produit quant au modelé terrestre, par le jeu combiné des eaux de ruissellement et des eaux sauvages, il faut ajouter à leur œuvre dénudatrice ce qui revient aux dépôts très variés qu'elles édifient.
C'est donc un peu plus loin que nous pourrons formuler des conclusions définitives.
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