CHAPITRE II
La sédimentation fluviaire.
Les expériences relatives à la sédimentation fluviaire se lient de la façon la plus intime à celles qui concernent la dénudation par les cours d'eau et dont nous avons antérieurement parlé. Elles ont, en plusieurs circonstances, procuré des notions très précises. Par exemple, sur la plage de Saint-Lunaire, M. Stanislas Meunier a pu suivre, dans le détail, la production des bancs de sable dans des ruisselets artificiellement modifiés et les dépôts des confluents, qui ont avec les deltas des analogies et des diff'érences sur lesquelles on n'a pas assez insisté.
L'extension du diluvium sur une surface très large par un filet d'eau dessinant des méandres a été imitée par le même expérimentateur à l'aide de diff'érents dispositifs. L'expérience de la corde (v. plus haut, page 78) citée à propos de la dénudation doit être rappelée ici.
Belgrand a prétendu faire, de la sédimentation fluviaire, une reproduction artificielle dans les égouts où il lançait de l'eau de chasse, et il se fondait sur la
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distribution des matériaux de diverses grosseurs déposés pendant l'assèchement en des points déterminés par la vitesse relative du courant. Les limons fins restent sur les bords à une altitude relativement grande, les gros galets se concentrent dans le thalweg et les graviers occupent des situations intermédiaires. Mais, il serait facile de montrer que cette conformité de distribution est indépendante de la diversité des causes, et ce qui a été dit pour le mécanisme du creusement des vallées nous dispense d'y revenir.
Il faut rappeler seulement que, dans les expériences de M. Stanislas Meunier, les mêmes triages se sont réalisés sans l'intervention des grandes vitesses invoquées par l'ancien directeur des égouts de Paris. Le passage d'un cours d'eau sur le sol détermine le lavage deis matériaux déposés et, peu à peu, concentre les graviers les plus gros dans les parties les plus basses. En même temps le ruissellement des eaux sauvages a, comme nous l'avons vu, une influence considérable sur la répartition des différentes natures de particules, et la combinaison de ces effets rend compte de toutes les particularités observées.
Nous nous bornerons, pour éviter les répétitions, à rappeler ce qui a été dit à propos de la dénudation en ce qui concerne l'origine des terrasses dont tant de cours d'eau sont accompagnés. L'expérience montre qu'il n'y a pas lieu pour en rendre compte d'invoquer d'autres actions que celles qui fonctionnent actuellement sous nos yeux.
Un des points les plus nets a trait à la liaison
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intime de la vitesse d'un cours d'eau avec la dimension des particules transportées et l'application qu'on en peut faire à l'accumulation, en des localités distinctes, de matériaux d'abord mélangés et qui peuvent constituer des masses parfaitement homogènes.
Les inondations des rivières nous mettent à même de bien observer une partie de ces phénomènes, que l'étude systématique complète très heureusement. Une application qui peut être considérée comme consistant en véritables expériences est bien connue de tout le monde sous le nom de colmatage. Hervé Mangon * a longuement étudié les inondations volontairement provoquées comme procédé de fertilisation des campagnes, et c'est vraiment une expérience de Géologie que voulait faire M. Duponchel, ingénieur des ponts et chaussées ', quand il proposait de fabriquer de toutes pièces des terres végétales, produites et amenées au lieu d'emploi par l'effet mécanique des eaux courantes, à l'imitation des alluvions naturelles.
Désagrégés autant que possible par l'action de puissants jets d'eau, les éléments minéraux nécessaires seraient reçus dans le lit muraille d'un torrent artificiel à grande pente et à section régulière. L'auteur proposait comme emplacement particulièrement favorable à une première expérience, la région des landes de Gascogne, embrassant une surface de 1 200 000 hectares de terrains sablonneux à peu près improductifs. Une rigole de 3 à 4 mètres de largeur sur 2 de pro-
1. Comptes rendus de V Académie des sciences^ t. LVII, 904, 1863.