LES PLIS
Ce n'est pas une vraie fluidité, mais c'est un concassement, toujours suivi de raccommodage et qui, à plus d'un égard, rappelle la fausse plasticité de la glace.
M. Stanislas Meunier en a signalé un remarquable exemple dans l'étude expérimentale des crachons^ c'est-à-dire des portions courbes dans les plis des roches.
L'examen des crochons a un grand intérêt, car on trouve dans leur structure des traces de toutes les actions mécaniques, même les plus légères, qui ont contribué à déterminer la tectonique des régions où on les rencontre. L'auteur les a examinés sur des surfaces polies, et il les a aussi étudiés en lames minces au microscope; enfin il a fait, pour les imiter, des expériences variées avec un appareil particulier.
Tout d'abord, on voit sur la surface polie et sans l'emploi de verre grossissant, que la roche tordue est réduite en feuillets grossièrement parallèles entre eux et dont chacun est infléchi comme l'ensemble. Il en résulte une espèce de schistosité très accusée dans certaines roches, qui est le résultat évident de la torsion.
Les feuillets ne sont d'ailleurs pas indéfiniment continus : ils ne tardent pas, en général, à se finir en biseau et s'associent par chevauchement avec des feuillets voisins. On voit se dessiner, au travers des échantillons, des systèmes de cassures, que rendent plus évidentes encore les substances, quartz ou calcite, suivant les cas, qui s'y sont concrétionnées, et on constate alors que ces solutions de continuité se répartis-
sent en plusieurs groupes. Dans cet examen rapide, nous en mentionnons seulement trois.
Les plus fréquentes, quand on regarde une section perpendiculaire à la génératrice du crochon, constituent comme une espèce d'éventail incomplet dont le centre coïnciderait avec le centre de la torsion et qui se détache en blanc sur le fond gris de la roche. Ces cassures se multiplient quand on fait varier Finclinaison de la surface polie par rapport a la lumière incidente ; on en voit alors de très fines, de très longues, qui comblent bien des lacunes de Tensemble tout d*abord visible. Il est clair que ces cassures, maintenant remplies par des minéraux de ségrégation, témoignent de Textensibilité très imparfaite de la pâte rocheuse soumise à la traction sur la périphérie des plis. On en est d'autant plus sur que leur largeur va d'ordinaire en augmentant du centre vers l'extérieur, au travers de certains feuillets, et qu'on voit des cassures rectilignes, appartenant toujours au même type, manifester d'une façon spéciale l'étirement dont il s'agit. Malgré la forme cylindrique prise par le feuillet considéré, ces fissures rappellent exactement les cassures parallèles des schistes à bélemnites tronçonnés et étirés, depuis si longtemps observées par exemple dans les schistes liasiques du mont Lâchât, en Haute-Savoie.
Une deuxième catégorie de fissures, en gros perpendiculaires au premier système, se signale selon la surface de contact des feuillets superposés. Certaines d'entre elles sont de largeur relativement con-»
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sidérable et par conséquent facilement visibles. Elles peuvent être fort longues et il leur arrive de s'associer à des cassures du premier type, de façon qu'elles passent d'une face à l'autre d'un même feuillet. Ces cassures de décollement se rattachent à la loupe et même au microscope, à des petites fissures qui passent aux joints de schistosité. Quand on examine une surface, on cons-
tate qu'elle est polie et .striée dans le plan des feuillets, et, quand on attaque un croclioii à coups de marteau, ces surlac(!s déterminent certaines des cassures selon lesquelles se séparent les échantillons. On peut supposer que, liées à la production de la schistosité, elles se rattachent comme à leur cause génératrice aux glissements qui se sont produits dans la niass(ï rocheuse hétérogène lors de la torsion.
Enfin, quelques grandes cassures traversent les crochons dans des directions qui ne sont pas directe-
ment liées à celles des contournements. Il paraît légitime de les attribuer, suivant les cas , soit à des actions mécaniques développées après la constitution des crochons par les compressions subies par le terrain, soit à des contractions internes et spécialement à des effets de la dessiccation des roches.
Les expériences que M. Stanislas Meunier a réalisées pour compléter Tétude des crochons ont été tentées avec l'appareil très simple de la figure 47. 11 se compose de deux lames planes et rectangulaires de plomb, rattachées ensemble par un système d'armature qui ne les empêche pas de glisser Tune par rapport à Fautre. Entre ces deux lames, on dispose une plaque plus ou moins épaisse homogène ou hétérogène et de consistance variable d'un cas à l'autre; puis on soumet le tout à une torsion dont la figure indique le résultat. Alors les diverses pâtes employées se comportent de façons diverses suivant leur plasticité ou leur compacité, — suivant aussi leur épaisseur et, en opérant
convenablement, on reproduit tous les accidents des crochons naturels. Avec du plâtre, on développe très aisément les cassures en éventail; avec du plâtre associé à la cire dans des proportions variées, on voit se faire la schistosité avec les cassures parallèles aux surfaces cylindroïdes.
En poursuivant les recherches, on détermine la production de tant de détails analogues à ceux des crochons naturels qu'il en résulte sur la genèse de ceux-ci une lumière directe.
11 faut remarquer, en effet, qu'à la vue des grands