‹ La géologie expérimentaleChapitre 94 sur 132 · LES PLIS · texte numérisé non relu

LES PLIS

contournements de roches, comme on en rencontre à chaque pas dans les montagnes, on est fort perplexe de savoir comment des strates, déposées d'abord avec une forme plane et composées de substances aussi peu plastiques que des calcaires ou des grès, ont pu changer si complètement de forme, sans perdre leurs mutuels rapports de situation.

L'allure générale du phénomène comparée à celle des expériences, apprend que la plasticité n'intervient guère et qu'elle est même complètement inutile. La confirmation de cette manière de voir, qui d'ailleurs a déjà été émise, est aussi complète que possible et, pour citer le cas extrême, on peut réaliser artificiellement la torsion d'une mince feuille de marbre. Celle-ci étant prise entre les plombs, on procède à la torsion et on obtient des cassures le plus souvent dirigées parallèlement aux génératrices. On coule alors entre les fragments séparés, du ciment très solide préparé à l'avance, puis quand la prise est tout à fait complète après un jour ou deux, on accentue la courbure déjà commencée. De nouvelles cassures se produisent alors qu'on recolle de la même manière, et on peut continuer ainsi pendant plus ou moins longtemps. A la fin, on a un vrai crochon parfaitement solide, où la feuille de marbre est parfaitement tordue sans avoir jamais eu la moindre plasticité, et ce produit manifeste l'allure des crochons naturels d'une manière intéressante.

On ne peut nier en effet que la matière cristalline, calcaire ou quartzeuze, qui incrusté les cassures, n'ait

joué dans la nature le rôle exact de notre ciment. Elle a rendu à chaque instant à la roche la forme relative à la torsion qu'elle avait subie.

Malgré les différences qui sautent aux yeux et sur lesquelles il n'y a pas à insister, on peut ajouter en terminant que cette fausse plasticité des roches présente de grandes analogies avec la fausse plasticité de la glace, qui nous a occupés précédemment et grâce à laquelle les glaciers s'écoulent dans les vallées qui les contiennent et en épousent constamment les formes. Au lieu du phénomène de regel étudié par Tyndall, nous avons ici le phénomène de ségrégation qui vient combler les fissures et cimenter les fragments. Le mécanisme est différent, mais le résultat est le même.

La schistosité.

C'est comme une accentuation des faits précédents qu'il faut signaler l'acquisition, par les solides comprimés et admis à s'écouler, de la structure schisteuse.

L'abondance et la diversité des roches schisteuses sont prodigieuses et l'on a fait des hypothèses nombreuses pour expliquer leur structure si remarquable. C'est à la méthode expérimentale qu'on doit de posséder enfin une théorie certaine delà schistosité, et la production artificielle du feuilleté par des procédés exclusivement mécaniques a permis de renoncer sans retour à toutes les autres suppositions telles, pour citer la plus étrange, que celle de Fox, qui prétendait imiter

LA SGHISTOSITÉ 289

expérimentalement la schistosité par TefFet de Télectricité *.

Dans cette voie, le travail initial est du à Tyndall; M. Daubrêe a repris le sujet, et les expériences de ces deux auteurs ont été relatives surtout à la production des feuillets, par écoulement perpendiculaire au sens de la pression.

M. Stanislas Meunier a réalisé par glissement la production d'une schistosité parallèle à la pression. Il a employé pour cela l'appareil déjà décrit (fig. 46) et sur lequel nous reviendrons, où la force utilisée est engendrée par la contraction d'une feuille de caoutchouc préalablement étirée. Une couche de trois centimètres de plâtre de consistance convenable étant soumise à ce genre d'effort, on reconnaît que sa région inférieure, c'est-à-dire voisine de la lame élastique, se feuillette parallèlement à celle-ci et l'analogie de la disposition des feuillets produits, avec ceux qu'on voit sur les marges des massifs granitiques, est extrêmement remarquable.

C'est à ce sujet qu'il y a lieu de mentionner les expériences de M. Daubrée sur la déformation par étirement des fossiles contenus dans les roches schisteuses; elles confirment ce que les précédentes ont enseigné, sur l'allure exclusivement mécanique du phénomène.

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