‹ La Gervaise; pièce réaliste en un acteChapitre 12 sur 39 · SCÈNE TROISIÈME $o · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME $o

ricud et pfpuraxt tout <i la fois.) Tenez, j'ris à présent... [EprouKant une joie profoiKlc de se scutir en sih'eté, elle renarde autoiiy d'elle arec une satisfaction d'enfant.) Oh ! qu'on est heureux d'èt' on sûreté !

TOiNETTE, ai'ecun soupir, un peu (jrnée.

Y fait ben laid chez nous !

Elle ra prendre la lanipe sur l'urnujii-e et l'apporte sur le coin gaucJie de la table, au-dessus. En suivant la com'ersation, elle tire le cerre de la lampe, soufjle dessus, l'essuie ocec sa manette et finit par ullunier la lampe avec la cltaiulelle qiCelle a d'ahoni numclu-e arec ses doigts.

DENISE, souriant .

Tout m'parait beau ! Il m'semble que j'étais morte et qu'je r'vis. {Elle ra spontanéntent à Gercaise et lui prend la ntain*.) Ah ! qu'vous êtes bonne de m'avoir ouvert vot'porte !

GERVAISR. d'un ton bourru, eii retirant sa main.

Mais non, mais non.

Elle tourne le dos à Denise et fut un pas cers la droite. Denise reste en sci'ne, un peu interloquée.

GONDRix, se levant, la pipe ù la inniche.

Où donc qu'vous restez au village ? •

DENISE

Dans une ferme à l'écart, comme celle-ci.

* Gondrin, Toinette, Denise, tiervaise.

Ô6 LA GERVAISÉ

Gonilrin s'apcrroit que m pipe pst (Hernie cl ra la mil limer près de la table de nuit.

Gomment s'fait-y qu'vous couriez seule les grands ch'mins ? Y n'ont donc pas peur, vos parents ?

DENISE, Ir/sloncnt.

Ils sont morts quand j'étais enfant. J'n'ai plus que grand'mère qui m'a fait élever quasiment comme une demoiselle. (.4 Gerraise.) Au fait, vousd'vez laconnaîti'e, honne maman.

Ça s'peut. Comment qu'elle s' nomme ?

La mère Arnaud.

GONDRIN, redescendant la scène en fumant.

Attendez donc !... (// réfléchit, face au public.) Y m'semble que j'ia connais. («S'c tournant vers Denise en pliant le bras gauche qu'il tient contre lui.) G'est-y pas elle qu'a un bras qu'elle peut point remuer ?

DENISE

Si fait. (Gondri)! gagne un peu la gauche en envoyant de fortes bouffées de fumée. A Gerraise.) Kn ce moment, la pauv' vieille est malade des fièvres.

Alors, l'y faut beaucoup d'médicaments ?

SCÉNR TROISIÈME 2t

DENISE

Oui, et ça coûte cher.

ToiNETTE, toujours occupée de la Icunpe.

C'est ben dur, si vous êtes pas pus riches que nous.

DENISE, se tournant vers Toinelte.

Nous vivons au jour le jour. (A Gervaise ) Mais moi, — j'peux bien vous dire ça, — je n'suis pas sans rien.

Gervaise est restée indifférente à tout ce qui a. été dit par Denise antérieuren^ent. Aussitôt son visage et ( ange d'e^cpression.

mm GONDRiN, que 1(1 confidence de Denise intéresse aussi, s'approchant un peu de l(( jeune fHlt\

Ah !

// cesse de fumer.

DENISE, à Gondriti.

Grâce à mon parrain ! Quand il est mort, il m'a laissé...

GERVAiSE, t'i)iterrompant rironent.

D' l'argent (

DENISE

N, Non, deux actions. {Gondrin, désappointé, se remet

--^ à fumer et fait un pas vers la gauclie.) Ma foi, j'me suis décidée à les vendre à Méziéres.

. GONDRIN. recenant à elle.

Et c'est fait ?

GERVAiSE, fnsi(lirus:emeiit.

Vous avez vendu ^

DENISE, joi/ciisemeirl.

Fort bien même ! {A Toinette.) N'est-ce pas que j'ai (Ml raison ;" A c'te heure, j'ai c'qu'il faut pour soigner grand'mère.

Gondrin et Gervaisejetlciit un coup d'œilsirr' le sac de Denise, pendant que Toinette descente sm- le derjtnt de la tahle. pnr In (jnnvtie.

TOINETTE, toucJn'e.

(Test hen ça ! Vous avez bon cœur !

DENISE n lia ut il elle.

Moi ? Pas du tout. [Gondrin secoae sur son ongle les cendnes de sa pipe et remonte, rèveu7\ par la f/an elle. Jusqu'il la talile de toilette. H remet la pipe dans sa poclie et, les hras croisés, appuyé contre la table de toilette, il regarde en silence tantôt Denise, tantôt le sac.) ^suis parfois très mauvaise... {Frissonnant.) Ah !...

TOINETTE, avec intérêt.

G'est-y qu'vous avez froid ?

DENISE

Non.

TOINETTE, mettant sa inain sur le hras de Denise. Mais si ! Vot' inanehe est trempée.

Page 1