‹ La Gervaise; pièce réaliste en un acteChapitre 11 sur 39 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, DENISE *.

Denise se soutient à peine. On '^oit qu'elle vient de faire une. course folle par des chemins détrempés. Ses hottines, comme le has de sa )na}itc mise un peu de travers, sont tacliés de houe. Le capuchon de la mante n'est pas rabattu sur- sa tête. Elle tient à la main un petit sac de toile bleue, muni d'une coulisse et d'un cordon.

DENISE, 5^0- lepas de la poï-te, fui]' tioulerersé et /Tune voix haletante.

Vous n'me connaissez pas... mais j' vous en pi'io. . accordoz-moi l'hospitalité !

TOINETTE

Avec plaisir. (En se tournant rers aerruise.) N'est-ce pas, mère ?

GERVAISE, d'union ttoïirru.

Ça se (l'mande pas.

Denise entre et Toinetle referme la porte**.

DENISE, arec effroi.

Oh ! fermez bien !.., {Toinetle uousse le verrou, tandis que Denise descend en scène par la (jaucfie en se tournant vers la. porte du fond.) Qu'on n'entn» pas ! qu'on n'entre pas I {Arrivée près dr ta tahlc. sur le côté, elle a un vei-tige.^ Ah !...

* Gonilrin. Toiuelle, Denise, Gerxaise.

** Gondrin, Denise Toinelte, (lervaise.

22 LA GÈRVAIRft

Elle met le sac aar la iahie el s'apindc cont}-e celle-ci.

GONDRiN, preyiaiit le lahourcl, qui csl près du lit. et r avança ni à Denise.

Qu'vous cst-y donc arrivé ?

DENISE, la aiaiii snr le cœur, se laissant tornJie)snr le talxniret el respirant avec force.

Ah !... ah!...

Toinettc, qui est descendue au-dessus de la t aille, enlève la mante de Denise et la passe à Gervaise. Celle-ci secoue la manie pour l'aire tombe)- l'eau.

GERVAISE, regardant Do/ise.

Est-y possible de s' mettre dans un pareil étal ! File étend la mante sur le dossier de la cl/aise, à droite, pour la faire sécher.

DENISE

Ah ! si vous ?avi(>z!... (Le vent, qui devient plus violent au fur et à mesure que l'orage s'éloigne, agite fortement lapjorte du foud. Effrayée, Denise se lève vivement en se retournant .) Mais on secoue la porte 1

TOINETTE

Non, non, c'est l'vent.

DENISE, passant la main sur son front et se rasseyant .

J'n'ai plus la tète à moi...

sdENE Troisième 25

GONDRIN

G'est-y qu'vous v'nez d'ia ville ?

DENISE

Oui, de Mézières, et je m'en retourne à Neufmanil. Pendant ce qui stn'f, Gondi-in tire de la poche de soïi iiantdlon une rieille blague à tabac et une pipe de terre, dont la nuritié du tuijau est brisre. Il fxuirre la pipe de tabac, puis va cliercher sur lu table de toilette une alluniette qiCil enftaninfe en la frottant sur une jambe de son po)italon. Ap)-ès quoi, il s'assied au bord du lit en écoutant attentirement ce que raconte Denise.

GERVAiSE, il Denise, en s'avprocliani de lu tnhie, côté droit.

Vous (H' en route par un fichu temps.

DENISE

Il a commencé à tonner quand j'suis entrée dans la foi'èt.

TOiNETTE. au-dessus de la table.

J'comprends qu'vous étiez pas tranquille.

DENISE

Oh ! l'orage n'( st rien... J'allais l)on ti'ain, lors(|ue tout à coup j'entends marcher ilerrièi'e moi. liuiuirte. j'me r<^tourne, et qu'est-ce que j'vois à la lufur d'un éclair ? In homme, la tigui'c noircie. Me v'ià prise de peui- !

lomFiïi'E, captivée par le récit Oe Detiisr, se ropprocliant d'e/ie.

\ avait d'quoi !

DENISE, reriranl la scène.

Que faire? [Vivement.) J'ai beau passer le pas, l'inconnu se rapproche de moi de plus en plus. Au carrefour (le la croix de pierre, il est près de m'atteindre... ( Toinetle fait un geste qui manifeste son inquiétude. En se levant.) Alors, j'me mets à courir, à courir comme une folle, {[/un ton précipité.) Le tonnerre gronde, la pluie me fouette la ligure, des racines d'arbres me font glisser. Rien n'm'arrète ! Je n'pense qu'à cet homme, lancé à ma pouisuite, qui va m'saisir.

TOiNETTE, fortement ijjipressionjiée, faisant un pas en arrière.

Ah !...

DENISE, épuisée.

Enfin, me voici hors de la forêt, mais j 'suis à bout de forces... {Haletante, elle s'appuie contre la table.) C'en est fait de moi!... [Avec volubilité.) Non, non. J'aperçois ici un tllet de lumière. J'accours, et j'suis sauvée ! j'suis sauvée ! j'suis sauvée !...

Elle tombe sur le tabouret en pleurant nerveusement. — U7i temps.

TOINETTE, avec douceur, en mettant la main sur V épaule de Denise.

Pourquoi qu'vous pleurez ?

DENISE, s'essuyant les yeux.

N' faites pas attention, c'est nerveux... [Elle se lève,

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