SCENE QUATRIEME
(Arec une sorte de terreur, eu saJsiHsaut les p>èces
d'or et d'argent par poignées et en tes rejetant dans
le sac.) J'veux pus l'voir ! j'vcux pus ! j'vcux pus ! ..
Il repousse le sac sur la table et gagne la
droite en tremblant. Il s'accoude sur la
rampe de V escalier.
GERVAisE. feignant V indifférence et poussant du pied le tabouret sous la table.
Comm'y t'plaira. 'Ayant échoué dans sa première tentât i ce de suggestion, elle pense un instant au moyen dJarriver à ses fins. Trouvant ce qu'il faut faire.) Si on buvait un coup '.
(JoyaRiy, après une légère /iésitation,sc tournajit -■ — -^ 'vers- cite'. " ^
J'dis pas non.
Gervaise, satisfaite, -se hâte d'aller prendre sur r armoire la bouteille d'alcool et deux gobelets. Gondrin vient s'asseoir sur le bord de la table, côté droit. D'abord, il regarde le sac, puis se détourne un peu pour ne plus le voir.
GERVAISE, <(vec Un soupir, en apportant sur la table, au-dessus, la bouteille et les gobelets.
Allons, ce s'ra not' dernière bouteill' ici. [Elle remplit les gobelets.) La dernière !
GONDRIN, )'egardant devant lui d'un air suinbre. Vendus ! nous s'rons vendus d'main !
Ah ! c'est pas drôle ! {Lui présentant un gobelet.)
Tiens! [Il prend le gobelet d'une main ireynhlante, le vide d'un trait, puis le lui tend pour qu'elle lui donne de nouveau ii hoire. Elle s'empresse de remplir le gobelet. j G'qu'on va sfoulre de nous dans l'pays !
Elle boit en étudiant suj- le visage de Gomij'in V effet de ses paroles.
GONDRiN. // boit u)ie gorgée, réfléclut uji instant en regardant d'un air absent le gobelet qu'il tient à la main, puis finit ce qu'il contient et le remet
■ sur la table en tapant avec.
Misère!... [Apres un iiouveau temps de réflexion) Ah ! qu'j'ai soif !
// reprend le gobelet et le tend à Gervaisc.
GERVAISE, d^un ton cajoleur, en remplissant le gobelet .
Bois donc, mon homme ! Bois ! Y en a. [Elle lève la bouteille pour lui faire voir qu'il reste de l'alcool ) Faut s'étourdir !
Gondrin boit goult'onent comme un tiomme qui veut s'enivrer. Gervaise sourit malicieusement sans bouge)' de place. Il remet le gobelet sur la table et s'essuie la bouche avec sa manctie.
GONDRIN, leniement, en réflécliissant.
Quéq'tu penses de ça, toi ?
GERVAISE, avec emp}-esscment.
De quoi ? Elle met ses deux mains sur la table.
SGENE QUATRIEME 37
GONDRiN, ciiercliatil des /'((/sons pot/)' cfou/fei- ses scFKpules.
L'homme... (Se tournant vers elle.) l'homme qui poursuivait Denise, (// désigne l(( droite avec le pouce de S(( main (jauclie sans regarder la p(jrte.) crois- tu qui l'y aurait pris son argent ?
GERVAiSE, un pei( ironique.
Sùr'ment qu'y s'rait pas gêné. (Sérieuse ) Quéq'tu veux qu'elle en fasse, de c't'argent-là ?
GONDRIN
Paraît qu'c'cst pour soigner la vieille.
GERVAISE, se redressant et haussant tes épaules.
Bah ! ça l'empêch'ra-t-y de mourir ? (Gondrin. agité par des idées qui se contrarient, ne répond pas. FAle te prend par le liant du bras et le secoue.) Dis ! ça l'empèch'ra-t-y ?
GONDRIN, (Vun air hébété.
J'sais pas, moi...
GERVAISE, sceptique.
Va, l'aïeule a fait son temps. 'Elle descend i( gauche de la tc(ble } C'est pas comme nous.
GONDRIN, descendant de la table et gagnant un peu la droite.
Oui, on pourrait encore avoir quéq'belles années.
Mais faut pas crever la faim. [Saisissant le sac.)
Ah ! si on avait ça ! 'Elle plonge la main dans le sac, y %irend une poignée de pii^ces et les y laisse retomher.) Si on avait ça !
GONDRiN, Iranspgnré, atlmil vivemenl à elle.
Donne !.,. {Gereaise recule d'an pas cotnme pour garder le sac.) Donne I... [Elle lui laisse prend)'e le sac. H regarde les pièces en souriant et en descendant d'un pas à V avant-scène.) Ça fait plaisir à voir.
GERVAISE, un peu au-dessus de lui.
Y a rien d' plus beau !
-GONDRIN, sufnssanf de plus en plus l'influence de Gervaise et riant en alcoolique.
Ah ! ah ! ah ! [Il 1ère le sac en l'agitant et en passant à re.i'trème gauctte*.) Me v'ià riche! me v'ià riche !
GERVAISE, d'un ton amer, en allant à lui.
Riche ! iSoleimellenu'ul .) On vend d'main ton mobilier !
GONDRIN, atterré.
C'est vrai...
// laisse tnniher la tête sur sa poitrine.
GERVAISE, accentuant davantage encore.
Demain !
FAle ret77onte à gancltc de la tahle et va prendre la bouteille, ainsi que les gobelets, qu'elle reporte sur l'armoire.
* Goiulrin, Gervaise.