SCENE DIXIEME
hruit iiisol/'te, fait un pas en avant ci écoute attentivement, à demi tovrncc vers la droite.
GERVAisE, })as, appelant avec inquiétude. François !
GONDRiN, tiaut, allant ii elle., en titubant.
Hé?...
GERV.\iSE, has, Un doif/t nuv ses lèvres, en le saisissant par le bras.
Chut !... ' Mystérieuseuiant .) Ecoute !... écoute ! Tous deuj' écoutent, la tête un peu inclinée vers la droite.
GONDRIN, bas.
C'est rien... C'est un chien qui hurle.
GERVAISE, bas, russuréc en se redressant.
C'est pas lui qui nous trahira. {Jetant un coup d^eil vers le lit.) Faut profiter de c' qu'elle dort. iD^un ton impérieu.r, en l'oliUyeant à prendre le foiilard qu'elle a apporté.) Tiens! finissons-en!... {Gondrin l'ait un pas vers la gauctie. Aussitôt il recule, tiésitant, et profère un mot inarticulé en se tournant vers Oc/'vaise, d'un air qui de/nande grâce. Elle l'hypnotise du regard en lui montrant le lit d'un grand geste.) Finissons-en !
GONDRIN, vaincu, perdant la tête, ayant Jiate d'en /init\ s'élance vers le lit en passant au-dessus de la table.
Allons !...
58 LA GlERVAtSÈ
Gervaisc re»wriie et r oreille collée contre la porte du fond, écoute, tournée vers lu droite, ■ si personne ne vient. Au même instant, Denise, les cheveux défaits, attirée par le cri de Gondrin, a ouvert sans hrult la porte du pan coupé et est venue jusqu'à la toilette, au fond. Terrifiée, elle assiste à la scène du meurtre, faisant d'abord un pas pour ar?^éter Gondrin, puis, paralysée par l'épouvante, n'osant plus bou(/er. Gondrin, le genou droit posé sur le horddu lit, jette, cnse détournant, le foulard sur la tète de Toinette et cTierche à étouffer la jeune fille en mettant les mains sur sa bouche. Toinette se débat linéiques instants et, succombant, pou.sse un cri qui fait tressaillir Gervais<\ On voit par sa mimique que ce cri lui parait étrançie. Elle enir' ouvre la porte du, fond et regarde anxieusement si la route est déserte. Denise, chancelant, gagne à reculons la porte du pan coupé et sort sans la fer7ner.
GONDRIN, le visage contracté et les yeux fixés sur le lit, marche à reculons sur le devant de la scène et s'appuie d'une main sur le bord de la table. Très bas, consterné de l' acte qiC il a osé commettre.
C'est fait !... [PlMS haut.) C'est fait !... Il aagne le coin droit de la table et s'essuie le 'front avec le foulard qu'il a gardé à la main*.
GERVAiSB qui a fermé la porte du fond, descendant au-dessus de ta table, sans oser regarder ters le lit, bas.
Comm'ellc a crié !
♦ Toinette, Gervaise, Gondrin.
SdÈNE blXiÈME 59
GONDRiN, haut, avec désespoir, eu gagnant (rimpas mal assuré la chaise, qui est près de rescalier.
J'I'ontendrai toujours !... {En se boucluint les oreilles.) Toujours !...
// tombe sur la chaise.
GERVAiSE, ùas.
Malheureux ! tu vas réveiller Toinette.
GONDRIN, égaré, haut, en .se levant .
Entends-tu ?...
GERVAISE, bas, saisie.
Quoi ^
GONDRIN
A c' t'heure, c'est là quon crie !, . ;ii se frappe la poitrine avec violence) G est là!. . ^ Complètement halluciné.} Oh ! c'te voix ! c'te voix ! y faut que j' i'étoufïe... comme j'ai étoufTé Denise !...
Dans -une sorte (V accès' de folie alcoolique, il met le foulard sur sa bouche et se prend à la gorge pou)- se détruire.
GERVAISE, terrifiée, essayant de lui arraclier le foulard des mains.
Non. non, Gondrin ! .. Gondrin !...
Elle parvient à s'emparer du foulard qu'elle jette au loin.
GONDRIN, retombant sur la chaise en sanglotajit très haut, la tète cachée dans ses mains.
Ah ! uh ! ah !...
GERVAiSR, apii'S un /cmps, lias, en le seconrnt/ . Voyons, voyons, tu vas point rester là !
GONDRiN, relevant la lèle.
Hé?... {La regardant (V un air hébété.) Comment?...
GERVAISE, ba.s.
Si on nous arrête, — tu comprends ben ? — [Avec insistance.) si on nous arrête, c'est l'échafaud.
GONDRIN, haut, frappé.
L'échafaud !... (Plus bas, avec efJ)-oi, en se lerant sur place.) L'échafaud !... {Hors de lui, en passant devant Gervaise et en venant au-dessus de la table*.) Ah! non, j'veux pas mourir! {Reculant, épouvanté.) J'veux pas I... j'veux pas !...
GERVAISE, allant vimynent à lui, bas.
Alors, va vite dans le hangar ! Faut prendre quéq'chose pour emporter Denise.
GONDRIN, sans volonté, liant.
Où qu'c'est qu'nous l'emport'rons ?
GERVAISE, bas.
En plein dans la foret, à la croix de pieri-e.
GONDRIN, baissant la voix.
Où l'homme voulait la tuer ?
* Toint'Uf ooiicltiti, Cervaise.