‹ La Giralda de SévilleChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Si vous croyez invinciblement qu’il vous est ordonné de mentir, mentez, (casnédi.)

Don Luis, en entrant au palais, affecta de faire grand bruit - les valets et ses écuyers parcouraient les appartements, et les flambeaux qui circulaient çà et là aux mains des serviteurs ne servaient qu’à rendre son arrivée plus importante.

Un officier du palais vint donc aussitôt le prier de passer chez le marquis.

— Un instant, dit-il avçc aisance, que mon noble frère veuille bien attendre que jé sois débotté.

Un deuxième officier vint lui intimer l’ordre de se rendre auprès du gouverneur sans diflérer.

— J’obéis, répondit-il.

Après quelques ordres donnés à la hâte, il se dirigea vers les appartements du marquis.

— Diable! pensait-il en montant l’escalier, la délation du Mosquira a produit son effet. Je voudrais bien savoir s’il a eu déjà le temps d’interroger Carmen... cela m’embarrasserait fort... autrement, je m’en inquiète comme de la dernière chosë du monde. Mon noble frere a pris l’habitudé du commandement, à ce qu’il me paraît, depuis que je suis absent... Il était temps que j’arrivasse pour remettre toutes choses en leur chemin.

sa, vue, lu ]

* 'p surprendre sur son visage que deux

sentiments : 1 un d etonnement, pour l'ordre qu'il avait reçu, l'autre de jo.edcrevoirson frère; sibien. qu’habituéàplier devant cethomme. il ne put soutenir 1 éclat de son regard et détourna la tête pour dire à quelques seigneurs qui se trouvaient au tond de la salle, de vouloir bien les laisser seuls.

Monsieur lé comte, veuillez vous asseoir, dit le marquis avec gêne.

Il répéta : h &

Veuillez vous asseoir, je vous prie, j’ai à vous entretenir...

— Comment, mon frère, c’est ainsi que vous me recevez, après

une absence qui n’a été pour moi que trop prolongée à mon avis, puisqu elle me retenait loin de vous ! Expliquez-moi, de grâce, ce changement et cet accueil, je vous avoue que j’étais loin de m’v^ attendre. ^

— Comte, j’ai besoin d’avoir avec vous une' explication sérieuse.

— Je vous écoute, mon frère.

Ils s’assirent et le marquis commença avec peine :

LA GIRALDA 13E SÉVILf.Ë.

QuancL il y a cinq ans^ j’ai épousé doiia Carmen de Guardera, ce mariage fut plutôt l’effet de la politique et du désir de perpétuer mon nom, que la suite d’une passion véritable. J’ignorais presque l’àge, et j’avais à peine remarqué la beauté de celle qne je conduisais à l’autel. Etait-ce satiété des sens, ou sécheresse du cœur? je ne cherchai pas à l’approfondir, car j’avais voué mon existence à la réussite de projets plus nobles. L’ambition, la soif du pouvoir avaient envahi mon âme, et ne laissaient aucun endroit de mon être accessible à tout autre sentiment excepté un, cependant, — mon amitié pour vous.

— Tous les jours je m’efforce à me la conserver, et je mets mon bonheur à la partager, Raraon, fit le comte d’un air pénétré.

— Vous étiez plus jeune que moi, et je pouvais vous faire entrer dans les ordres, car votre peu de fortune ne pouvait vous permettre d’embrasser un autre état. Je ne l’ai point soufïert ; j’ai voulu que mon frère partageât mes richesses. Plus tard, quand le roi m’a dis tingué parmi ses plus zélés serviteurs, je vous ai fait paraître à mon côté et j’ai voulu qu'un peu de cette faveur du souverain rejaillît sur vous. Enfin, quand j’ai été nommé au gouvernement d’Andalousie, j’ai encore pensé à vous, don Luis, et je vous ai rendu aussi puissant que.moi; je vous ai fait asseoir dans tous mes conseils, votre voix y a prévalu à l’égal de la mienne. En un mot, vouSr étés un sécond moi-mèrae.

— Je vous hénis tous les jours, mon frère, de ces marqués de bonté,

et je prie le ciel de faire naître quelque incident qüi me mette dans le cas de vous prouver mon amitié sans borner et' mon aveugle Reconnaissance. • , .

— Don Luis, celte amitié vous l’avez méconnue,- dît le marquis avec sévérité.

— Moi, mon frère !...

— Cette reconnaissance, vous l’avez'foulée aux pieds; tout cet échafaudage de dévouement et de bontés a croulé en un jour.

— Expliquez-vous, don Ramon, car je ne vous comprends pas...

— Au mépris de toute considération, vous avez, insensé, attéiilé à l’honneur de mon nom qui pourtant est le votre 1

En disant ces mots, le marquis s’est levé et morclVàit' dans la salle à grands pas, s’irritant de plus en'plus.

— Don Luis, continua-t-il, il faut donc qu’à présent jfe Croie à fout ce qu’on m’a raconté sur vous; il faut donc que j’ajoute foi au-X rapp.orts qu’on m’a faits, et que, dans mon àvéugl'e amitié', je traitais de calomnies! Je m’explique maintenant la haine que les bourgeois vous portent; il n’en est pas un qui n’ait à vous demander compte dé l’honneur de sa fille ; vous n’avez rien respecté, depuis' la fille du peuple jusqu’à la noble dame; toutes ont à voiis àccusër de trahison et dé perfidie; celle-ci, vous avez traîné son nom' ét ses titres daiife la lie dé vos orgies; celle-là, vous l’avez jetée à corps perdu, la malheureuse, dans le vice et la corruption; votre amour a porté le deuil darts tbüïes' les familles. Jusqu’à ce soir, j’ai cherché à étouffer tous éès ressentiments, j’ai fait taire toutes ces voix qui vous accusaient, j'ai ihôtn’é partagé les malédictions avec vous. Mais ce n’est' pas font, vous' âvez voulu couronner dignement tant d’abjections et d’infamicS par là plus affreuse des trahisons!... 'Vous avez osé lever les yeux sur la marquise d’Aracena, sur l’épouse de votre frère !

Le marquis fixa ses yeux sur le visage de son frère, qui feignit letonnement douloureux, l'indignation et l’horreur que Iqi inspirait une télle accusation.

Us restèrent quelque temps silencieux ; après quoi don Luis, relevant là tète, dit, comme s’énonçant avec peine :

— Mon abattement né doit point vous surprendre, don Ramon, c’est que j’ai peine à me faire à l’idée que vous avez pu concevoir de moi une semblable opiniOn...

—• Vous niez donc?

— Non-seulcracht je nie, mais je vous jure que jamais je n’ai porté atteinte, môme par la pensée, à l’honneur de votre nom, encore moins à celui de Voti’c lit.

— Don Luis, vous pàfesez pour un habile imposteur...

— Que faut-il que je dise pour vous convaincre? Non, rien^ mon innocence ne nté suggère rien, sinon que, perdu de vices comme vous me faites, je n’en suis pas encore descendu si bas que vous croyez.

! Cette amitié que vous m’avez vouée dès l’enfance, je l’ai sans cesse partagée; j’en ai fait mon unique consolation. Vous savez si j’ai tendrement aimé notre mère, eh bien ! cette indifférence qu’elle me reprochait souvent, c’était à vous qu’elle en eût dû demander compte.- Le souvenir de vos bienfaits était toujours présent à mes yeux et à mon cœur, et je ne croyais pas de dévouement assez-grand pour les payer. Je me fis, dès lors, un devoir de vous épargner tous les em- I barras de vos affaires; — depuis que vous avez été nommé gouverj neur de la province, je vous ai laissé le beau côté des affaires, les I fêtes et les négociations glorieuses; — mol, je me suis assigné les

• détails minutieux, difficiles, hideux même parfois. A vous la noble tâche, la splendide part! A moi la besogne odieuse... Vous aviez raison, tout à l’heure, en me disant la haine que me portent la bourgeoisie et le peuple ; c’est que j’ai voulu rendre votre nom illustre et honoré aux dépens du mien, c’est que je me suis tracé une voie dont je ne me suis pas écarté d’une ligne pour vous rendre en gloire et en bonheur ce que vous m’avez donné en fortune et en honneurs. Que m'importaient alors la haine et les malédictions de la foule ! Ce que

• je voulais, ce que j’ambitionnais avant tout, c’était votre amitié, c’était une marque nouvelle de votre bonté... Maintenant, il a fallu qu’un souffle de la médisance vînt abatti’ecet édifice brillant; qu’une calomnie odieuse... Tenez, mon frère, j’aurais supporté avec désespoir le retrait de votre amitié et de vos bonnes grâces ; mais, à présent, il ne me reste plus qu’à mourir ; vous avez suspecté ma bonne foi, vous m’avez cru indigne de votre confiance...

Don Luis acheva ces mots en se cachant le visage de ses mains, mais pour mieux juger de l’effet qu’avaient produit sur son faible frère ces paroles hypocrites.

Son œil, sec et exercé dans la connaissance des secrets du ccÊur humain, suivait à travers ses doigts les progrès que sa défense opérait ; bientôt, il n’euf plus dé doute sur leur nature ; il s’assura que la honte et le remords consumaient le marquis, et pendant quelques instants il jouit cruellement de sa confusiofi.

Comme nous l’avons déjà dit, il avait toute puissance sur l’esprit d'é soii frère, qui n’agissait que par ses conseils, et suivait ses volontés, môme les- plus opposées à celles qui lui étaient soumises. Il avait su, enfant, et déjà faux et dissimulé, capter la bienveillance de son aîné. La vie du couvent qù’il entrevoyait en perspective, lui faisait horreur; de sorte qu’en s’attachant au marquis et cultivant son influence qui grandissait de jour en jour, il pourrait s’ouvrir une cari‘iÔre dans laquelle il se sentait la force et les facultés de s’illustrer.

Le hasard de la naissance avait tout fait pour le marquis, mais ce fut' tout ; il fallait à cette intelligence bornée un puissant levier pour la faire mouvoir ; elle le rencontrait dans l’activité d’un frère hardi, irtlri'gànt, rusé et sans conscience.

Connaissant le bien et le mal, sans pratiquer l’un, sans éviter Tautre, eXcépfé quand l’intérêt le commandait ; mais cachant cet intérieur cô'rrômpu, par l’urbanité, la feinte franchise, enfin par une hypocrisie profondément savante, le- comte avait su s’imposer à son frère dans toute l’acception d'n mot.

Le niîîrquis sè tRoûva'il vraiment accablé des paroles de son frère, mais, malgré cela, il né pouvait s’empêcher de remarquer que le comte, tout en protestant de son amouf et de son dévouement à sa ))crsonne, n’avait presque rien dit touchant son épouse ; il s’attendait, au moins, à l’entendre louer ses vertus et la juger incapable d’oublier en rien les devoirs qui lui étaient commandés.

Don Luis jugea à propos de terminer cette scène qu’il commençait à trouver ridicule; c’est pourquoi il se leva en silence et gagnaléritement la porte.

Mais il s’arrêta et se tourna vers son frère qui lui tendit là main d’un air embarrassé. 11 baisa cette main avec ferveur et jugea à propos de la mouiller de ses larmes.

Tous deux alors respirèrent librement et à pleine poitrine.

— Vous allez, don Luis, me pardonner mes ridicules soupçons et les-oublier, n’esl-ce pas ? dit le marquis.

— Quand j’aurai passé le seuil de cette salle, mon frère, lé souvenir de notre entretien sera à jamais banni de ma mémoire;' cependant...

3^ . LA GlHALDA

— Achevez.

— Je voudrais essayer de vous faire revenir un peu sur ces défauts dont vous m'accusez.

— Bah! maintenant, je ne vous en fais pas un crime, bien au contraire ; pourquoi et de quel droit irais-je m’opposer à vos fantaisies amoureuses? n’êtes-vous pas le maître? Et puis, les femmes ou les filles que vous courtisez doivent certainement avoir à grand honneur que vous daigniez les distinguer.

— Les bourgeois se sont donc plaints en mon absence ?

— De ce que vous suborniez leurs épouses et enleviez leurs filles ou leurs sœurs.

— Les brutes!

— Oh! ils n’ont pas crié bien haut, car tous nos seigneurs, qui marchent sur vos traces, se sont coalisés et ont fait répandre le bruit que le premier mari qui se plaindrait aurait les oreilles coupées.

— Qu’ont répondu les honnêtes gens?

— Le lendemain, le baron de Vizerta, le plus élégant et le plus fou de tous, a été trouvé noyé dans le fleuve.

— Une vengeance?

— Ou un suicide.

— Diable! et il y a longtemps de cela?

— Trois jours.

— J’éclaircirai l’afiaire.

A propos ! dit le marquis en riant, en partant pour Madrid, vous

Cette- lettre est... pour lui. (Page 24.)

avez emmené quelqu’un avec vous. Une fille de rien, m’a-t-on dit... une certaine Teresa... qui avait été camériste de la marquise... c’est cela, n’est-il pas vrai?

— Je ne le cache pas, mais je vous avouerai, marquis, que j’ai agi pour le bien de la donzelle ; elle était fort amourachée de moi, il a fallu qu’elle me suivît, sans quoi elle mourait dans les larmes. Je l’ai laissée là-bas en bonne voie de prospérité. Elle est tout à fait lancée : elle a entendu raison, et partage son temps et ses amours entre un ex-vice-roi du Mexique, un cardinal et un petit écolier de l’université.

— Vous n’avez pas rencontré don Carlos à la cour?

Le comte tressaillit à ce nom, et soudain il lui vint l’idée de se venger instantanément des reproches qu’il avait essuyés précédem¬

ment. 11 affecta donc de ne pas répondre au marquis, pour l’obliger à répéter la question, ce qui arriva en effet.

— Don Luis, depuis que don Carlos nous a quittés, nous n’avons pas eu de ses nouvelles, savez-vous ce qu’il est devenu?

Don Luis répondit, après un silence :

— En me parlant de Teresa et puis après de Carlos, vous m’avez fait ressouvenir de quelque chose... Durant notre voyage, je questionnais avec indifférence Teresa sur la vie intérieure de votre épouse et il lui est échappé...

—• Continuez, Luis, continuez, fit le marquis dont les soupçons revenaient, mais cette fois vagues et indéterminés.

—" Que la marquise, le jour du départ de notre cousin, parut agitée et souffrante ; que souvent... pendant son sommeil, elle l’avait

entendue balbutier des mots sans suite parmi lesquels elle avait cru distinguer un nom...

— Et ce nom? demanda le marquis avec angoisse.

Le comte avait parlé lentement, laissant tomber ses paroles goutte à goutte pour ainsi dire, afin qu'elles portassent plus avant; il continua de même.

— Ce nom était celui de Carlos...

— Carlos I

— Et maintenant, moi-même, continua Todieux délateur, je crois me rappeler une circonstance qui me frappa... Dona Carmen était au balcon de son appartement quand Carlos partit, elle y resta très tard, comme si elle l’eût vu au loin s’éloigner.

— Don Carlos est son amant ! s’écria don Ramon avec furie, j’en suis sûr; j’avais remarqué aussi leur bonne harmonie... Mais pourquoi ne revient-il pas?

—• S’il l’aimait, il serait ici, observa Luis, toujours prudent.

-- 11 l’aune, c’est certain!... mais peut-être ne se rendent-ils pas compte de ce qu’ils ressentent l’un pour l’autre.

— Comment, alors, s’expliquer l’absence de Carlos?

Vous avez raison, don Luis; cependant je regrette que cette Teresa ne soit plus à Séville, je l’aurais interrogée.

— Interrogez votre femme.

— Si elle est innocente... c’est l’offenser.

— Mais il y a interroger et interroger, insinua le comte; vous pou¬

vez, sans rien laisser paraître et après lui avoir annoncé mon retour, lui marquer votre intention de rappeler don Carlos; à sa contenance, vous apprécierez si elle est coupable de quelque désir; et alors, suivant ce que vous jugerez devoir être fait, nous agirons : rappeler l’amant pour le punir, s’il est coupable, — ou le confiner bien loin, s’il n’est qu’à craindre. *

— J’y vais à l’instant.

— Ah ! tenez, mon frère, je vous conseille de ne pas apprendre à

Le cavaHer se retourna vers ceux qui le suivaient. (Page 38.)

votre femme que je suis revenu, car elle a de moi une telle peur que Vous prendriez l’aversion qu’elle fera paraître à mon nom pour quelque indice... Mais j’oublie qu’en arrivant j’ai fait autant de bruit qu un petit gentilhomme qui vient d’hériter. — Enfin, agissez à votre guise.

Le comte, resté seul, s’approcha d’une table chargée de papiers et en prit rapidement connaissance; mais aucune des nouvelles et des notes qu’il parcourut ne pouvait l’intéresser; dans ce moment, il n’était susceptible de songer à rien; le résultat de l’entrevue de son frère avec la marquise captivait seul sa pensée.

II n’y avait pas cinq minutes qu’il s’y était adonné, quand il entendit la porte s’ouvrir discrètement et quelqu’un se glisser sans bruit sur le tapis en s’approchant de lui. En levant les yeux il reconnut le révérend fray Tomaso dans l’attitude du respect et semblant attendre qu’on l’interrogeât.

— C’est toi, saint père, que veux-tu? demanda Luis.

— Une recommandation, excellence.

— Laquelle ?

— Ce soir, vous traitez José, Mosquira et moi ?

— Oui. Vous souperez ensemble et trinquerez à leur délivrance.

— Mais...

— Que signifie ce mais ?...

— Il y aura du vin, monseigneur?

— Sans nul doute ; crois-tu que je sois revenu assez ladre, de Madrid, pour vous imposer un repas sans cette généreuse liqueur?

— Non, monseigneur, mais... vous avez conseillé à José de ne point boire de vin... et...

— Ah ! ah ! révérend, vous avez peur... et en même temps, l’amour que vous portez à la bouteille vous fait appréhender un souper mal arrosé. Tranquillise-toi, ivrogne, il n’y aura qu’une bouteille dangereuse : elle paraîtra vers la fin du repas. Ce sera du vin du Rhin.

— Aïe 1 je l’aime tant, que la tentation...

— Gourmand ! ce sera ta punition.

— Monseigneur, prenez pitié d’un pauvre moine qui a coutume

dans son couvent... , ’

— Eh bien ! arrange-toi comme tu voudras. Je n’ai rien dit encore au sommelier...

11 ne put achever, don Ramon rentrait.

— Eh bien I fit Luis.

Fray Tomaso sortit sur un regard du marquis, qui répondit à son frère ;

Impossible à présent, elle est encore à prier dans la chapelle.

Sans remarquer le désappointement de celui-ci, il continua :

J’ai réfléchi, don Luis : je pourrais me laisser emporter par la

juste colère qui m’anime ; ses dénégations, si elle en emploie^ m’irriteraient davantage, et des aveux me feraient commettre un crime peut-être; ce dont j’aurais éternellement à me repentir. Voyez-vous, je ne puis avec cette femme me plaindre avec justice, nos relations vis-à-vis l’un de l’autre ne m’y autorisent pas. Cependant, je ne puis tolérer le scandale s’il existe ; si une séparation est par vous jugée nécessaire, nous en informerons le Saint-Père, qui ne me refusera pas un acte de divorce. Je remets l’intérêt de mon honneur entre vos mains, mon frère, allez la vqir, mais soyez prudent et adroit. Si ede est innocente, évitez de la blesser et de lui faire soupçonner même que j’aie des craintes. Mon Dieu! pardonnez-moi les embarras que je vous donne.

Le marquis conduisit sop frère jusqu’à la porte et s en sépara en lui serrant la main avec affection et gratitude.

— Homme faible ! cœur sans volonté, sans résolution ! Et c’est là le gouverneur d’une province ! Dérision ! murmurait le comte en descendant le large escalier et haussant les épaules.

11 arriva chez dona Carmen, et s’étant assis commodément dans un fauteuil, il attendit son arrivée en jouant avec une broderie inachevée, qu’il trouva sur un tabouret. .

^ Poindre l’effroi des deux femmes, Carmen et Paquarita, quand elles entièrent dans cette chambre-, au retour de la chapelle, serait difficile ; don Luis affecta de ne point l’apercevoir.

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