AVANT-PROPOS
En cherchant dans les ovaires la cause de certaines mMétrorragies, nous avons été frappés des grandes différences d'aspects macroscopiques et microscopiques qui existent entre les ovaires humains.
Nous n'avons pas trouvé, dans les traités et les mémoires d'histologie que nous avons consultés, de description très explicite et très claire de cette structure polymorphe.
L'ovaire de la femme a été, de même que la plupart des organes humains, b‘aucoup moins étudié que l’ovaire des espèce animales communes. Or, si l’on peut, pour nombre d'organes appartenant aux différents appareiis, inférer avec succès d’une espèce à l’autre et de l’animal à l’homme, une telle étude indirecte et un tel raisonnement par analogie se révèlent tout à fait inexacts en ce qui concerne les glandes génitales. Ici les aspects sont propres à l'espèce et, dans chaque espèce, changeant suivant les périodes de l’évolution sexuelle.
L'étude de l'ovaire humain doit être faite directement et il faudra, par de très nombreux examens en série, en suivre la changeante apparence. Notre ambition n'est
pas d’entreprendre une œuvre d’une telle importance.
Ce que nous avons élé amenés à noter au cours de nos examens, ce sont les variations des formations épithéliales qui constituent la glande ovarique, la glande à sécrétion interne de l'ovaire. C’est d'elle que nous nous occuperons exclusivement, négligeant entièrement Ja descriptions des ovules et des ovisacs, qui ne nous ont pas paru avoir des relations avec les problèmes anatomo-cliniques que nous nous étions posés.
C’est dire que la description anatomique que nous ferons d'après nos préparations personnelles, et seulement pour l'ovaire de femme adulte, a pour unique objet de fixer clairement la morphologie de notre objet d'étude.
Nous ne tenterons aucun essai d'histogenèse et nous n'essaierons pas de connaître l'origine, l’évolution et la destinée des éléments cellulaires de la glande ovarique. Il
serait indispensable, pour aborder ce problème, de posséder un grand nombre de pièces rigoureusement classées dans un ordre chronologique. Or, la difficulté paraît actuellement presque insurmontable, si l'on considère que l'accord n'est pas encore fait sur les rapports entre l'ovulation et la menstruation, c'est-à-dire sur la question, de toutes la plus élémentaire, et qui permettrait de recueillir les éléments de ce travail (r).
À fortiori ne ferons-nous aucun rapprochement entre
(1) Ce travail d'histogenèse à été tenté par de nombreux auteurs : leurs résultats ne nous paraissent pas du tout conelnants, C'est ainsi que Îles figures données par Novak ccrmme elles des premiers stades du corps jaune, peuvent être interprétées comme des: aspects d’atrésie folliculaire. Novak, J, of Am. Med. Ass, 1916, vol. 67, D'1280: ic uraetuo.
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les formations bien connues et bien décrites chez les animaux et les éléments de la glande humaine. Ce serait spéculer en pleine hypothèse et sans aucune base sérieuse. y
La physiologie de la glande ovarique a été très étudiée chez les animaux. Elle est bien connue pour certaines espèces, notamment pour les rongeurs.
Elle est mal connue pour la femme.
Les raisons en sont aisées à saisir
4) La physiologie humaine ne peut être étudiée, sauf en de rares exceptions, par la méthode expériméntale ;
et pour l'appareil génital cette interdiction est formelle.
2) On est donc tenté de recourir aux renseignements de la physiologie comparée. C’est, du reste, cette méthode indirecte qui a été employée pour l'étude de la plupart des appareils du corps humain.
L'homologie anatomique entre deux organes appartenant à des espèces différentes, autorise à leur supposer le même fonctionnement et ce parallèle anatomophysiologique entre l’homme et les animaux a donné, souvent, de très beaux résultats ; c'est par lui que la physiologie de la vie végétative a été faite.
Mais la méthode ne peut être appliquée avec le même bonheur à l'étude de l'ovaire humain, parce qu'ici elle manque de fondement et de base : nous l’avons dit, il n'y à pas d'anatomie comparée de l'ovaire.
Et c’est pourquoi, en matière de physiologie de lap-
pareil génital, il convient de ne pas généraliser les résul-
tats obtenus pour une espèce, aux autres espèces et à la femme, sans les vérifier point par point. N'est-il pas évident, d’ailleurs, que le fonctionnement de l'appareil génital femelle est tout à fait différent suivant les animaux ; fécondité, part, rut, menstrues, caractères sexuels secondaires, tout n'est-il pas question d'espèce?
Il faut convenir que cette condition spéciale au sujet qui nous occupe est particulièrement défavorable. Si les mêmes difficultés s'étaient rencontrées dans l’étude des autres appareils du corps humain, la physiologie humaine serait presque inexistante. N'’a-t-elle pas été construite par transposition pour l’homme de ce qui avait été acquis par l’expérimentation sur l'animal ? Or, il serait complètement inexact de conserver, pour l'ovaire de la femme, ce que nous connaissons de
l'ovaire des rongeurs.
3) Une autre méthode consisterait, s’en tenant exclusivement à l'étude de la femme, à suivre les changements de structure de l'ovaire au cours des différentes phases de l’évolution génitale. On comparerait les différents aspects histologiques dans les différents états de l'organisme et de ce parallèle entre l'histogenèse et les cycles de la vie sexuelle pourraient résulter des enseignements.
Mais, là encore, il nous manque le terrain solide de l'anatomie histologique ; l'histogenèse de la glande ova-
rique humaine n'est pas encore faite.
h) Force est done de prepcser une méthode très in-
directe, mais qui à l'avantage d'être plus aisée : l'étude
EC
anatomique et clinique d'états morbides et son rappro: chement avec la structure normale et avec le fonctionnement physiologique.
Par ces comparaisons pourrait être mis en lumière le mode d'action des divers éléments de la glande ovarique. Si la lésion de l’un d'eux, par exemple, coïncide avec la niodification de tel phénomène, si l’hyperplasie de tel autre coïncide avec tel symptôme anormal, n'’eston pas autorisé à inférer de la physiologie de ces élé. ments ?
Les enseignements de la pathologie ont souvent profité à la physiologie (1). Ce sont les chirurgiens qui ont inauguré les études sur le système thyroïdien, les médecins qui ont fait aller plus avant la physiologie du rein et du foie, les neurologistes qui ont attiré l’attention sur les ganglions centraux de l’encéphale et sur l’hypophyse. Cette méthode indirecte de la physiopathologie est donc acceptable à défaut d'autre. Nous
l’utiliserons pour l'étude de la glande ovarique.
(x) Voir à ce sujet la belle thèse de Lallemand, de Metz. Paris 1818, n° 165. « Observations pathologiques propres à éclairer plusieurs points de physiologie. »