‹ La gloire de Pasteur [poem]Chapitre 1 sur 3 · La gloire de Pasteur [poem] · texte numérisé non relu

La gloire de Pasteur [poem]

.. Allons! Viens avec moi! Regarde! Admire! Écoute! Et que ton cœur troublé, pour qui tout est nouveau. Sous les arceaux muets de cette sainte voûte,

S'émeuve de Pasteur, couché dans ce tombeau!

O mon fils! Tu sauras trop tôt quelle misère Attend l'homme, jeté faible et nu sur la terre!

A mille durs travaux le sort l’a condamné,

Depuis l'heure fatale où, chétif, 1l est né!

Les vices, les remords, le froid, la faim, la guerre, Tout un hideux troupeau sur lui s'est déchaîné.

Or, parmi les douleurs dont il sent la blessure, Celle qui va marquer la plus âpre morsure

C’est l'inflexible mal qui le cloue en un lit,

Et. riant sans pitié de l'être qu’il torture,

Le tient par la souffrance et la fièvre avili!

Donc, dès ses premiers pas, l'humanité tremblante, Effarée, et pleurant sous des tourments cruels.

A jeté sur sa chair un regard d’épouvante,

Et, suppliant des Dieux que sa faiblesse invente,

A demandé secours à d’impuissants autels!

Les sorciers, les devins, les augures, les mages,

Dans l’antre des rochers, sur les sommets des monts, Créaient pour nos terreurs les courroux des démons, Et les temples fumaient d’inutiles hommages.

L'ignorance restait, morne et froid Océan!

Car rien n’était connu. Rien ne vivait encore! Hippocrate et Broussais; Virchow et Pythagore; C'est toujours le mystère, et toujours le néant! Quels souffles empestés, venant de quels abîrnes, Désignent, pour frapper au hasard, leurs victimes? Lesquels? Pourquoi? Comment?

Pasteur l’a révélé.

On n'avait rien compris avant qu'il n’eût parlé.

Dans le sol, les fleuves, les airs, Aux sables brûlants des déserts, Dans les montagnes, dans les mers, Dans nos maisons et dans nos villes, Portés par les flots et les vents,

Se cachent des germes vivants, Atomes subtils et mouvants, Soustraits à nos regards débiles!

Ils sont partout: dans le chemin, Sur nos habits, sur notre main, Entourant le pauvre être humain De leur ardente pourriture!

Toujours jeunes et toujours forts,

Ils envahissent tous les corps,

Ceux des vivants et ceux des morts:

Ils sont les rois de la nature.

À chaque geste, à chaque pas, Ces ennemis qu'on ne voit pas, Infectent jeux, amours, repas,

De leur vie effrayante et sombre:

Et, minuscules vibrions,

Lancent sur nous par millions

RE

Leurs invisibles légions.

Ils ont l'immensité du nombre!

Tout ce monde inconnu, Pasteur l'a deviné.

Une parole simple, et puissante, et hardie,

A rendu l'espérance à l'homme infortuné!

« Sans parasite, il n'est jamais de maladie > !

Non, malgré leur labeur, jamais, à nul moment, Les merveilleux ressorts de l’humaine machine

Ne seront en péril tant qu'un lâche ferment

N'aura pas mis en eux le trouble et la ruine.

Et, pendant de longs jours, d'un souple mouvement, Le cœur, sans se lasser, battra dans la poitrine.

Le sang ira chercher la substance de l’air

Pour déverser en paix l'énergie à la chair,

Et, sans qu'un seul instant l'âme soit offensée,

Le cerveau généreux répandra la pensée!

Mais qu'une spore, un germe, un microbe vainqueur Pénètre imprudemment dans le sang de nos veines, Et que le sang, lancé par la force du cœur, Dépose en nos tissus ces trop fécondes graines... C'en est fait... Le malheur entre dans la maison! Précipitant en nous sa croissance funeste,

Typhus ou choléra, tuberculose ou peste,

Le parasite affreux distille son poison!

Dans nos corps, qu'il épuise, il fixe son repaire,

Il engendre sans fin des fils pareils à lui,

Dans nos tissus l'engeance exécrable prospère ;

Et l'homme dévoré s'enfonce dans la nuit!...

Donc désormais le mal n'est plus un spectre, un rêve, Le Farfadet qui rôde aux ténèbres du soir,

L'Ange exterminateur qui frappe avec le glaive.

Il est réel. Il vit! Et nous allons le voir!

Dans ce vaste édifice entrons. Des salles claires, Aux parois que tapisse un glorieux décor, Microscopes, creusets, balances, filtres, verres, Là l’œuvre de Pasteur se continue encor!

Et cependant le Maître, en sa féconde vie,

Au cours de la recherche ardemment poursuivie, N’avait jamais connu que des réduits obscurs Étroitement bornés par quatre tristes murs!

Hélas! Fragilité de toute joie humaine!

Cet Institut Pasteur, Pasteur y fut à peine!

Et cest comme un remords.

Mais voyons l'ennemi, Il est là, végétant dans ces flacons de verre, Timide, obéissant, pacifique, endormi!

Voilà ce que Pasteur a fait du grand mystère! Ainsi qu'un grain de blé germant dans le sillon, La maladie! elle est vivante en ce bouillon...

Donc, tenant en ses mains le mal qui le décime, L'homme est enfin le maître! Il n’est plus la victime! Comment? Par quel miracle? Ecoute!

Il est un mal Qui sévissait jadis sur un humble animal...

Ces papillons légers dont le ver fait la soie Succombaient, ravagés par ce mal inconnu, Et le chancre cruel dont ils étaient la proie S'étendait, grave et lourd, quand Pasteur est venu! Il voit dans les cocons d’infimes corpuscules, Mélant leur forme impure aux vivantes cellules ; [lrregarde; 1] comprend;:4l dit:tletmalsesteanl Et soudain il conçoit -— car il n’est rien qu’il n'ose Quand ce premier microbe à lui se dévoila, Que de tous nos malheurs le microbe est la cause.

Page 1