‹ La gloire de Pasteur [poem]Chapitre 2 sur 3 · LA, QE · texte numérisé non relu

LA, QE

Mais la chaste routine était là, qui veillait : Comme un hibou craintif redoutant la lumière, La vieille médecine au regard inquiet,

Unissait ses erreurs aux erreurs du vulgaire,

Et, n'ayant rien compris au Maître, le raillait!

Honneur à toi, Lister, qui, seul dans cette foule, T'opposant aux clameurs des savants et des sots, Pendant qu'un vain torrent de critiques s'écoule, En admirant Pasteur, sus dompter nos fléaux | Lister, honneur à toi, dont le savant génie

À fait de toi l'égal des plus fiers conquérants! Qu'un autre, dans sa chaire, ignore, attaque et nie, Toi, courbé sur le lit des blessés, tu comprends! Puisque en toute poussière est un germe funeste, Si, contre un tel contact, on ne la défend pas, La blessure reçoit ce germe qui l'infeste,

« ET toute plaie ouverte est ouverte au trépas! >

Fièvre des opérés! Abcès! Phlegmons! Gangrènes! Tétanos, qui distords en affreux tremblements,

Pus hideux, qui corromps le sang pur de nos veines, On ne vous verra plus, 6 sinistres ferments!

Et nous ne verrons plus la livide accouchée

Brülant sous les frissons qui font craquer ses os.

Elle serre en ses mains sa mamelle séchée...

L'enfant crie, et la mort sur la mère est penchée... Et les sombres cyprès croissent près des berceaux ! Nous ne vous verrons plus, Ô lamentables maux!

Avais-tu deviné, Maître, qu'en ta patrie

Allait couler à flots le sang de nos enfants ? Et qu'il faudrait garder à la France meurtrie Que frappe, sans l’abattre, un César en furie, Tous ces nobles héros blessés et triomphants!

nie

Avais-tu deviné, bienfaiteur et prophète,

Que, pour être tombés, ils ne vont pas périr! Ils couraient au combat comme pour une fête, Mais déjà, grâce à toi, la guérison s'apprête, Et les jeunes rameaux pourront encor fleurir.

Qui comptera jamais dans l’histoire du monde Le prix de tels bienfaits semés sur les mortels ? Ce qu'un Pasteur conçoit, un Lister le féconde! Nuls Dieux n'ont mérité de plus justes autels!

Et moi! J'ai vu, mon fils, en un jour grandiose, — La Sorbonne en est fière, et ne l’oubliera pas... Nos yeux sont pleins encor de cette apothéose — Le grand Pasteur serrant Lister entre ses bras!

Or, malgré ce triomphe, il travaillait sans trêve!

Et voici que des faits étranges, inouïs —

La vérité parfois sait dépasser le rêve — Apparaissent soudain à ses yeux éblouis |

Prodige! Ce ferment dont la fureur nous brave,

On lui peut arracher son pouvoir destructeur ; L'implacable ennemi n'est plus qu'un vil esclave. Comme un fauve assoupli sous la main du dompteur, Le microbe féroce obéit à Pasteur!

Il ne vient plus porter l’opprobre et la ruine!

S'il fait encor le mal, c’est un mal innocent ;

Par les heureux poisons qu'il verse dans le sang

— O Nature! O Splendeur! — il protège! il vaccine!

Vaccine! Grand bienfait par Jenner inventé!

Jenner dut, dans sa tombe, en frémir de fierté!

Parfois sur les troupeaux un mal terrible frappe!

A l’infâme fléau nul bétail ne réchappe!

Bœutfs, génisses, moutons, tous tombent à la fois... Et l'horreur se répand dans les champs et les bois!

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