‹ La gloire de Pasteur [poem]Chapitre 3 sur 3 · PL. LAS · texte numérisé non relu

PL. LAS

Ce mal, c'est le charbon, et la cause, un bacille! Un petit bâtonnet, robuste, infime, habile, Effrayant de vigueur et de fécondité! ...

Eh bien! ce monstre affreux, Pasteur le rend docile... Il le force à vieillir en domesticité...

Alors, vieillard usé qui devient débonnaire,

Ce bacille, jadis si méchant et si fort,

Ne peut plus rien donner qu'un malaise éphémère ; Un peu de fièvre... assez pour sauver de la mort. Car il a déversé dans le sang des toxines,

Dont la (orce s'oppose au jeune envahisseur.

Nous avons le secret de toutes les vaccines:

« Tout microbe affaibli devient un défenseur ! >

Mais ce n'est pas assez! Une gloire suprême

Va, pour ce grand vainqueur, allumer son flambeau, Au déclin de ses jours le génie est le même...

Et son dernier effort est encor le plus beau.

La dernière pensée est encor la plus belle.

Pour sauver deux enfants elle triomphera.

L'un est fils de l'Alsace, et l’autre, du Jura!

— L'Alsace! Le Jura! Chers à son cœur fidèle! Puisse-t-1l conjurer par une arme nouvelle

Le mal impitoyable et le trépas certain!

Meister d’abord, et puis Jupille, au fier courage: Le chien qui l'a mordu l'infesta de sa rage;

Rien ne va donc troubler l’arrêt du noir destin ? Pourtant il ne faut pas que le brave enfant meure. La science, elle aussi, fera tout son devoir!

On va lutter pour lui jusqu'à la dernière heure; Car le savant n'a pas le droit au désespoir... Alors, Pasteur, penché sur la fatale plaie,

Tente un nouveau vaccin dont l’audace l’effraie. Qui sait si ce n'est pas un rêve décevant ?

...Non!... La rage est vaincue, et Meister est vivant !

EIRE Un grand souffle de gloire a passé sur la France!

Mon fils! Ce ne sont là que récits imparfaits.

Tous ces trésors de vie et ces nobles bienfaits

Ne sont rien au regard de la vaste espérance.

Car un monde nouveau s’est ouvert et s’avance. |, L’antique médecine en peut pâlir d'horreur ;

Son long passé n'est rien. Tout commence à Pasteur ! L'infiniment petit, dont l'ombre nous enserre,

Il faut, science en main, lui déclarer la guerre,

Par le (er et le feu détruire nos bourreaux.

Et, puisqu'ils sont vivants, mettre à mort les fléaux. N'ayons point de pitié pour le microbe infâme. Allons dans les taudis abjects de nos cités!

Dans tous ces nids impurs osons porter la flamme. Nos respects pour le mal sont des complicités.

O Maître! Grâce à toi la lutte est engagée

Par d’illustres savants, en ton nom dirigée!

Mais qu’ils soient Metchnikof®f, Duclaux, Roux, Villemin, Chacun de leurs travaux s'ajoute à ton histoire.

Is ne font que marcher, Maître, dans ton chemin:

Ils sont étudiants de ton laboratoire,

Et leur gloire splendide est fragment de ta gloire.

Ainsi que tout chimiste est fils de Lavoisier,

Ils sont fils de Pasteur, car tu vins le premier

Pasteur et Lavoisier ! O Patrie! O ma mère!

Continue à verser ton esprit créateur |

Et le monde étonné que ton génie éclaire Unira ces deux noms: Lavoisier et Pasteur !

Un soir la douce mort le toucha de ses ailes. En le fier apogée où sa gloire le met, Croyant, comme Socrate, aux choses éternelles. Il sourit, entouré des êtres qu’il aimait!

Le jour finit... Quittons cette auguste demeure! Mais, avant de partir, jette un regard, enfant,

Sur ce tombeau qui nous émouvait tout à l'heure. Car c’est moins un cercueil qu'un autel triomphant! La crypte est bien étroite, et bien humble est l'asile! Mais, fût-il vaste autant que Paris, la grand'ville, Eût-il cent tours d’airain et cent portiques d’or,

Il serait trop modeste et trop étroit encor

Pour abriter tous ceux dont l’ardente prière Devrait, reconnaissante au maître vénéré,

Sous les arceaux vibrants de cet abri sacré,

En un hymne d'amour monter vers la lumière.

Page 1