VI PRÉFACE
n'arrête ni ne décourage : car roptimiste étant un satisfait, que penserait-il à changer, en soi d*abord, puis en ce monde, le meilleur pour lui de tous les mondes possibles?
Le pessimiste au contraire, épouvanté- du mal universel, veut le combattre; attristé de l'universelle souf- . France, veut la diminuer, la consoler, la guérir. Il voit le fond d'impuretés et de bestialités qui demeure en nous ; il sait jusqu'où peuvent descendre la brutalité, la bassesse, la platitude humaines; et c'est pour cela qu'il veut autre chose, qu'il rêve et qu'il exige une humanité neuve.
Mais la pitié le saisit parfois, quand il se rappelle d'où l'humanité est sortie, et ce qu'il lui a fallu d'efforts pour se dégager de l'antique fange originelle; et, mesurant ce qu'elle a fait déjà, il espère, il croit, il sait qu'elle fera plus encore, et il veut qu'elle fasse plus . encore. 11 n'oublie pas la prophétie de Prométhée. Lui aussi, le Titan, fut la victime de Zeus, comme nous le sommes toujours d'une Nature moins souvent bonne que maligne; lui aussi était entouré de puissances malfaisantes et jalouses ; et il dit à Zeus : « Je n'obéirai pas; tu as voulu l'homme faible et nu, chétif et vil, pareil aux brutes; je le vêtirai de force, je l'armerai d'intelligence et de courage; je lui donnerai l'étincelle de vie, le feu du ciel, tous les secrets magiques qui font ton pouvoir; je résisterai ^ le ferai résister aux fatalités naturelles. Tu lui as mis au cœur, comme aux fauves, comme aux serpents, ses frères, l'égoïsme et la haine; moi, j'y ferai naître la pitié, la miséricorde, l'amour. Tu as voulu entre les peuples la discorde et la guerre, par ce besoin, qui sans fin