VEAU MORTE
A Charles Bourgault Ducoudray.
L'étang mystérieux dort parmi les bois sombres,
Eau de solitude, eau de silence, eau de songe,
Que le flot rose et blanc des bruyères prolonge ;
Parfois des oiseaux noirs glissent comme des ombres
Entre les joncs tendus hors des sinistres ondes
Tels que des glaives d'or aux mains de reines blondes ;
Et sous l'âpre soleil épars en rayons mornes
Les nymphéas chasses des limpides fontaines
Oh boivent, à la nuit, les cerfs aux belles cornes,
Attendent tristement les étoiles lointaines.
REVE D'ETALONS
A Edmond Haraucourt.
Une lourde vapeur rôde sur les prairies ; La plaine calme dort au chant prochain des eaux Et le vol pacifique et lent des grands oiseaux Traîne des filets d'ombre aux flots d'herbes fleuries,
Vor brusque du soleil déborde dans Va^ur Et jaillit de la neige ardente des nuées ; Puis le ciel morne enclôt les splendeurs refluées Dans ses digues de fer éblouissant et dur.
Des cris surnaturels et des glaives d'archanges Bruissent dans Véther magiquement : des voix Rauques sonnent V appel d'invisibles tournois Où se heurtent des dieux et des guerriers étranges.
Maya 125
Les étalons vautrés dans le tiède ga^on Comme au ressouvenir épique des mêlées, Eper dûment, de leurs prunelles affolées Parcourent V étendue immense et V horizon,
Et par delà le sable héroïque des grèves Regardent, les naseaux gonflés d'un souffle amer, Sur la montagne blette et verte de la mer Blanchir en galop fou les cavales des rêves.
Convulsifs et dressés sur leurs jarrets tremblants, Le col tendu vers les chimériques crinières Lis sentent comme aux jours des fièvres printanières Les désirs infinis aiguillonner leurs flancs.
Mais leur chair glorieuse en proie aux frissons vagues Dédaigne désormais les vieilles voluptés Et le vain désespoir de leurs cœurs indomptés. Hennit lugubrement vers le troupeau des vagues.