‹ La Gloire du verbe, 1885-1890Chapitre 31 sur 34 · LES ORGUES · texte numérisé non relu

LES ORGUES

Requiem ceternam dona eis, Domine.

Seigneur y ces pèlerins des rouies de la vie Ont peiné tout le jour vers le terme divin : Au lieu des puits d'eau vive et des outres devin. Ils se désaltéraient aux calices d? envie.

Desséchés par le haie et brûlé par le ciel Torride, haletant de la soif infinie, Ils ont bu, comme Christ en sa lente agonie, La mauvaise liqueur de vinaigre et de fiel.

Sous les savantes mains d'atroces sagittaires. Des flèches s" envolaient vers eux avares inconnus

ij4 La Gloire du Verbe

Et d'invisibles fouets mordaient leurs torses nus Et du métal ardent coulait dans leurs artères.

Ils marchaient pesamment sous le faix de leurs voix Avec le seul espoir de ta bonté future ; Mais les loups de V enfer guettent la créature Et happent en chemin Vâme que tu mécrois ;

L'inextinguible feu hurle dans la géhenne Et les damnés jetés aux abîmes grondants N' apaisent point la faim terrible de ses dents Et son gosier féroce est avivé de haines,

N'écarte pas de toi les fidèles troupeaux ;

Le soir descend; après les heures sans prairies, Voici V instant rêvé des calmes bergeries : Ouvre, ô Pasteur des morts, le bercail de repos.

Page 1