‹ La Gloire du verbe, 1885-1890Chapitre 33 sur 34 · LES VIVANTS · texte numérisé non relu

LES VIVANTS

Agnus Dei qui tollis peccata mundi.

doua eis requiem.

Seigneur, Seigneur, Seigneur, impitoyable maître, Nous sommes las des jours et des soleils maudits : Epargne aux délivres l'horreur du paradis, Laisse les morts dormir en paix et ne plus être.

Tant de clous ont perce' leurs membres ici-bas Que nul flot baptismal rédempteur de leurs peines Ne laverait les maux et les douleurs humaines Et que ton repentir ne leur suffirait pas.

Ils entendraient, au lieu des sublimes cantiques Flottant parmi Vencens des lys épanouis, Monter de V Océan mystérieux des nuits Le râle inexpié des souffrances antiques.

Rumeur d'airain, sanglot cruel d'un tympanon Dont une main haineuse a secoué les cordes , Le souvenir rirait de tes miséricordes, La voix de tes élus blasphémerait ton nom.

Roi du ciel, reste seul dans ta gloire exécrée Formidable, sereine et libre de remords ; O bourreau des vivants, ne touche pas aux morts, Et quand viendra pour nous la suprême vesprée,

Quand les vers rongeront les os de nos genoux Accorde à notre chair en tardive clémence Non les vaines clartés, mais V ombre, le silence, Le sommeil et V oubli de toi-même et de nous.

La Vanité du Verbe

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