‹ La glossologie: essai sur la science expérimentale du langageChapitre 14 sur 30 · ANATOMIE DE L'ORGANB VOCAL · texte numérisé non relu

ANATOMIE DE L'ORGANB VOCAL

mouvements mécaniques du larynx qui fait mettre en vibration certaines parties de cet organe ; ce sont donc les bronches et la trachée qui constituent le canal sous-laryngien, sur lequel je vous dirai seulement deux mots.

La trachée artère commence tout de suite au-dessous du larynx et finit à la partie supérieure de la poitrine ; elle est formée par une membrane fibreuse, qui prend naissance sur les bords du cartilage cricoïde, ainsi que d'une série d*anneaux cartilagineux qui la maintiennent toujours ouverte pour le passage de Tair. Le premier de ces anneaux^ celui qui vient après le crico'ide, est plus large que les autres, et le dernier s*inflécbit en bas dans sa partie médiane formant un angle rentrant et décomposant son ouverture en deux demi-anneaux qui constituent le commencement des bronches. Tous ces anneaux cartilagineux placés les uns sur les autres et entre-unis par la membrane fibreuse ne sont cependant que les deux tiers d'un anneau complet ; l'autre tiers manque en arrière, ce qui fait que la trachée dans ces conditions, avec cette membrane fibreuse très-élastique, peut se resserrer ou se dilater, et, en conséquence, augmenter ou diminuer le volume d'air ; ces mouvements de dilatation et de contraction sont effectués par des fibres musculaires situées dans la partie postérieure ou fibreuse de la trachée et insérés horizontalement sur les deux extrémités des anneaux, ainsi que sur la membrane qui les unit.

Les bronches sont deux tuyaux qui font suite à la trachée, à partir du dernier anneau qui se défait en deux, pour aboutir, par une série de subdivisions, dans la substance pulmonaire. Ils sont constitués par des anneaux incomplets qui vont en diminuant de volume et de rigidité Jusqu'à s'effacer complètement dans la membrane fibreuse.

La trachée artère présente quelques différences cependant dans la série animale ; chez les reptiles et les oiseaux, elle est très* longue, et il est rare qu'il reste quelques-uns des premiers anneaux ouverts en arrière chez les oiseaux ; chez les reptiles, ils sont tantôt ouverts, tantôt fermés. Chez les mammifères, au contraire, les anneaux sont toujours ou presque toujours incomplets.

La troisième partie de l'instrument vocal est constituée par le conduit aérien, depuis l'orifice supérieur du larynx jusqu'aux lèvres et aux narines ; on l'appelle généralement tuyau vocal, ou

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tuyau sonore ; nous la diviserons en trois i*égions distinctes que nous étudierons séparément. La région pharyngo4aryngienne^ région bicccale et région nasale^ correspondant aux trois cavités désignées par ces noms.

Les parois de la cavité laryngienne sont formées de haut en bas et latéralement par les ventricules de Morgagni, par les ligaments thyro-arjrthéno'idiens et les replis arythéno-épiglottiques ; par répiglotte en avant, par la face antérieure des arythéno'ides en arrière, et au-dessus d'eux par la paroi du pharynx. Les dimensions de cette région sont extrêmement variables par Faction des muscles qui élargissent ou rétrécissent considérablement cette portion du canal aérien ; les uns rétrécissent la cavité par eux-mêmes, comme les muscles thyro-arythénoïdiens dans leur faisceau oblique et vertical, qui, par leurs contractions, se gonflent en rétrécissant les dimensions du canal ; d'autres muscles contribuent à ce rétrécissement en rapprochant les parties opposées qui forment les parois laryngiennes ; ce sont : le muscle arythénoïdien, Tarythéno-épiglottique, les crico-arythéno'idiens latéraux et le constricteur inférieur. La contraction du crico-arjrthénoldien postérieur et la cessation d'action des autres muscles que je viens d'énumérer produisent, par contre, la dilatation de la cavité laiyngienne. Cette cavité se modifie ainsi dans le sens de ses diamètres et dans le sens de son axe, mouvements auxquels la muqueuse qui la tapisse se prête très-facilement par sa faible adhérence aux parties subjacentes.

Au point de vue de la phonation, cette région a sans doute une grande importance, car, comme je vous ai déjà dit dans notre étude sur l'acoustique, l'influence sur le son est beaucoup plus grande par les parties immédiatement voisines du corps sonore que par celles qui en sont moins rapprochées.

L'isthme du gosier, en partant de l'orifice supérieur du larjmx, présente en général la forme d'un pavillon qui s'élargit ou qui se continue en forme de tube, selon la nécessité du fonctionnement. Cette partie est tellement mobile qu'une description rigoureuse est à peine possible ; mais, pour nous en faire une idée à peu près exacte, nous l'examinerons dans ses détails essentiels. La paroi antéro-supérieure est formée par le voile du palais, la paroi antéro-inférieure par la langue, et les parois latérales par les piliers du voile du palais et les amygdales ; la paroi postérieure est formée par le pharynx.

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Le voile du palais est une cloison courbe et mobile entre la bouche et les fosses nasales qui fait suite à la voûte palatine, se terminant en arrière par un bord libre, concave et coupé en deux sur son milieu par la luette. 11 est recouvert par la muqueuse de la bouche, qui est parsemée d^un nombre infini de conduits glandulaires très-nombreux dans cette région ; entre ses deux faces, antérieure et postérieure, se trouve la couche musculeuse qui lui imprime tous ses mouvements. Les muscles sont nombreux dans cette petite partie de Torgane vocal ; il y en a six de chaque côté de la Ugne médiane ; ce sont : les palato-staphyilns, les pharyngostaphylins, les occipito-staphylîns, les péri-staphylins internes, les péri-staphylins externes et les glosso-staphylins.

Le^ palato-staphylins sont les seuls qui appartiennent complètement au voile du palais ; les autres ne contribuent à sa formation que d*un seul côté.

Par leur contraction, les palato-staphylins racourcissent la longueur de la luette en élevant aussi le voile du palais.

Les pharyngo-staphyllns ont pour fonction de resserrer Tonflce qui met en cçmmunication la bouche avec les fosses nasales^ en portant le voile du palais en haut et en arrière.

Les occipito-staphylins, fixés en haut à l'apophyse basilaire de Toccipital et qui viennent se terminer sur l'aponévrose du voile du palais, forment, comme le dit M. Sappey, une sorte de sphincter qui rapproche dans sa contraction Tune à l'autre les parties mobiles sur lesquelles il est fixé, en remplissant le rôle de constricteur de l'orifice bucco-nasal et en relevant en même temps le voile du palais^.

Les péri-staphylins internes contribuent aussi au relèvement du voile du pajais, et les externes à la tension de cette partie, ce qui est très-utile au moment de la déglutition.

Les glosso-staphylins, qui partent des bords de la base de la langue, vont se terminer dans la partie antérieure et inférieure du voile du palais ; leur contraction sert à resserrer l'isthme du gosier.

Les différents mouvements de ces muscles, mouvements de resserrement transversal, de tension et d'élévation, sont de la plus grande importance dans les différentes fonctions de cette partie de l'organe.

* Sappey, Anatomie descriptive, Foomie, Op. cit.

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les élévateurs communs superficiels et les élévateurs communs profonds, qui impriment ses mouvements à la lèvre supérieure ; les carrés du menton, les canins, les grands et les petits zygomatiques, les triangulaires des lèvres, les buccinateurs et les risoriis de Santorini ; le premier est seul chargé de rétrécir Toriflce de la bouche et de projeter les lèvres en avant; les seconds élèvent la lèvre supérieure, les troisièmes abaissent la lèvre inférieure, et les quatrièmes, insérés sur la commissure des lèvres, dilatent Foriflce dans son sens transversal.

Mais, de toutes les parties de la cavité buccale, la langue est celle qui a le plus d'importance dans la parole et la phonation, à cause des dispositions variées qu'elle est susceptible d'affecter par sa souplesse et sa mobilité.

Les muscles préposés à ce mouvement sont : le lingual, les stylo* glosses, les hyo-glosses et les génio-glosses. Le lingual est situé sur les bords de la partie inférieure ; les trois autres s'y insèrent par une de leurs extrémités, et, par l'autre, sur l'apophyse styloide, sur l'os hyoïde et sur le maxillaire inférieur.

La troisième région du canal aérien supérieur est constituée par les fosses nasales. Ce sont deux cavités placées l'une à côté de l'autre et séparées par une cloison au-dessus de la voûte palatine, très-inégales et sinueuses ; elles ne se prêtent pas non plus à une description exacte ; elles varient considérablement.

J'ajouterai seulement que ces cavités sont circonscrites par des parois osseuses et cartilagineuses, conditions très-favorables pour la propagation et le renforcement des sons.

Si, comme nous avons fait dans la leçon précédente, nous examinons cette partie de Torgane dans l'échelle zoologique en général, nous serons plus frappés encore par l'idée qui se dégage de ces lois évolutives constantes, se montrant par des différenciations graduelles et d'une importance capitale dans l'étude que nous poursuivons. Mais, pour ne pas trop nous attarder dans une de»cription anatomique qui dépaserait le cadre que nous devons nous imposer ici, je me bornerai à l'examen des parties essentielles, c'estràrdire à ce qui nous est indispensable de connaître pour notre sujet principal.

Une de ces parties est tout d'abord la cavité buccale elle-même considérée dans sa totalité, c'est-à-dire tout le tuyau renforçant, depuis lie pharynx et l'orifice supérieur du larynx jusqu'à l'orifice buccal et nasal.

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Anatomiquement considérée, la cavité buccale présente un plan uniforme de conformation, surtout chez les espèces supérieures ; mais les formes sont très-variables, si nous l'observons à des degrés éloignés dans la série.

. « La cavité d'entrée du tube intestinal, dit Cari Qegembaur, que nous appelons la cavité buccale primitive, s'étend, chez les poissons et amphibies, le long de la base du crâne ; elle est entourée par le squelette viscéral, et subit sur divers points des modifications importantes et variées, parmi lesquelles il fimt signaler la séparation de la cavité nasale. La cavité buccale primitive est divisée par la formation du palais en deux étages, dont le supérieur, partagé en deux cavités latérales par le développement d'une cloison verticale, constitue les fosses nasales, pendant que l'inférieure, formant la cavité buccale secondaire, est séparée par le palais de la base du crâne. Cette division commence chez les Reptiles, et elle est moins prononcée chez les Serpents et les Lézards que chez les Tortues et surtout les Crocodiles. La cavité buccale {Hîmitive existe originairement chez les mammifères telle qu'elle est permanente chez les poissons et les amphibiens ; mais la formation du palais dans le cours du développement embryonnaire a pour résultat la séparation complète de cette cavité en deux étages. Comme reste de la cavité primitivement commune subsiste une partie postérieure, le pharynx, dans lequel aboutissent les cavités nasale et buccale. Cette dernière est, en outre, plus complètement circonscrite par la formation d'un appareil musculaire partant du bord postérieur de la charpente palatine, le voile du palais f dont un prolongement médian constitue, chez les singes et chez l'homme, la luette.

€ La cavité buccale des mammifères n'est donc, en raison de ces divisions, qu'une partie de la cavité buccale primitive, qui s'est partagée en trois compartiments en communication réciproque *. »

L'évolution ontogénétique confirme, en effet, ces différenciations; ainsi, dans l'embryon humain, il n'y a tout d'abord qu'une seule cavité naso-buccale, divisée seulement plus tard par la formation de la voûte palatine.

Selon Ernest Hœckel, les deux apophyses maxillaires supérieures jouent un rôle important dans le développement caractéris-

* Cari Gdgembaar, Op. cit.

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la couche d'émail qui vient recouvrir la portion fondamentale et de nature osseuse formée par la papille dentaire.

Chez rhomme et les anthropoïdes, le nombre» la forme et la disposition des dents sont à peu près les mêmes. A Tétat adulte, l'homme a trente^eux dents : huit incisives pour couper, quatre canines pour déchirer et vingt molaires pour mordre et triturer les aliments ; la même disposition s'observe chez l'orang et le chimpanzé ; le gorille rappelle un peu plus les carnassiers.

Chez les anthropoïdes, la plus grande différence consiste dans le volume et la longueur des canines, qu'on peut considérer comme de véritables armes offensives, particulièrement chez le gorille. Généralement, on voit chez les singes, entre les canines et les incisives latérales, une petite lacune qu'on appelle diastema^ où la canine inférieure vient se loger en grande partie ; la canine supérieure se glisse entre la canine inférieure et la première molaire; la projection en avant des incisives est enc(»« une caractéristique du type simien.

Chez l'homme, les dents sont plus verticales, serrées et plus petites généralement ; il y a cependant encore des différences caractéristiques chez les diverses races, qui les éloignent ou les rapprochent plus ou moins du type primitif.

D'après Cari Yogt, SOmmering aurait trouvé .sur quelques crânes nègres une molaire supplémentaire à la mâchoire supérieure; on trouverait aussi sur certains nègres ce même diastema qui rappelle le singe, ainsi que ces dents supplémentaires portant la formule dentaire â 34 dents au lieu de 32, les rapprochent des cébiens qui en ont 36, parce que ceux-ci ont ces mêmes dents aussi dans la mâchoire inférieure. Les dents de nègre, dit Cari Yogt, sont grandes, larges, longues et d'un blanc éclatant ; leur substance parait être beaucoup plus dure que chez les Européens, car les dents de nègre ne s'usent que peu et lentement. » Ainsi, ajoute-t-il : c Certains dentistes ont dû, en grande partie, leur réputation â l'emploi des dents de nègre, qui trouvaient d'autant mieux leur place dans la bouche des dames européennes que le crâne des femmes blanches se rapproche plus de celui du nègre que de celui de l'homme blanc ^.

Enfin, chez quelques singes, comme, par exemple, le makU on trouve 38 dents.

* Cari Yogt, Leçons sur Vhomme,

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J*ai constaté moi-même un cas de ce genre de rétrocession cliez l*un de mes amis (blanc pourtant et personne de la plus grande intelligence), qui possède, comme certains nègres» ces deux molaires supplémentaires.

Mais» ce qui pourrait avoir plus d'importance pour nous, c'est la forme des arcades alvéolaires même, qui répond au plus ou moins de degré de prognatisme et, par conséquent, aux conditions acoustiques de la cavité buccale.

Ainsi, d'après M. Broca, Tarcade alvéolaire supérieure de rbomme est généralement hyperbolique ; celle des trois principaux anthropoïdes revêt la forme d'un U à branches allongées et exactement parallèles ; celles du sajou et du macaque sont elliptiques *.

« D'après Pruner-Bey, on peut observer, dit M. Vogt, trois degrés de prognatisme : dans le plus faible, le bord dentaire est elliptique, au lieu d'être parabolique ; convexe en dehors dans tout son pourtour, et proéminent en avant; mais les incisives sont implantées verticalement dans la mâchoire, de sorte que le prognatisme provient uniquement de la disposition même de celle-ci. Dans le second degré, les incisives sont plantées obliquement, mais dans le plan de l'inclinaison de la face extérieure de la mâchoire; enfin, dans le troisième degré, elles forment â leur point d'attache un angle ouvert avec la mâchoire et sont encore beaucoup plus saillantes. Dans aucun cas, ajoute le savant naturaliste, le prognatisme du nègre ne tient uniquement â la position des dents et de leurs alvéoles ; la mâchoire elle-même joue toujours un rôle important pour amener la proéminence de la Éace*. »

En effet, comme le fait très-bien remarquer M. Topinard, le maxillaire supérieur joue un rôle considérable dans l'architecture de laCeuse; il prend une part prépondérante à l'élargissement disharmonique qu'on voit chez les Tasmaniens, ainsi qu'à son développement en hauteur chez les Esquimaux ; l'arcade alvéolaire se présente généralement sous quatre aspects différents, marquant la configuration de la voûte palatine : €hyperbolique^ lorsque les branches de l'arcade vont en divergeant en arrière; parabolique , lorsqu'elles vont en divergeant encore, mais un peu moins, de manière qu'elles pourraient finir par se rencontrer ; en

< Paul Topinard, L'Anthropologie, Paris, Reinwald, 1877. » Cari Vogt, Op. citrf.

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upsilon U, lorsqu'elles sont exactement parallèles, et elliptique ^ lorsqu'elles convergent, quel qu'en soit le degré. Les deux premières formes, plus nobles, sont communes dans les races blanches; la troisième et la quatrième sont rares et s'observent spécialement dans les races noires ; la forme en upsilon est celle des singes anthropoïdes; la forme elliptique se voit chez le sajou et le macaque. »

Une autre différenciation caractéristique entre les anthropoïdes et l'homme est le développement des apophyses mastoKdes, bien . plus volumineuses chez ce dernier. M. Schaaflhausen et M. Topinard pensent que le développement, plus considérable chez l'homme, des apophyses mastoïdes, est une conséquence du développement des muscles sterno-mastoïdiens qui s'y attachent, et est en rapport avec la station verticale^ avec l'attitude bipède.

Le prognatisme, d'une manière générale, intéresse assfez notre sujet ; nous nous en occuperons plus en avant et avec plus de détails. Il est évident que l'indice du prognatisme, c'est-à-dire la projection de toute la partie de la face, depuis l'intervalle interorbitaire, augmente à mesure qu'on examine des crânes appartenant à des races inférieures. Les races blanches, par exemple, occupent le haut de l'échelle; les Néo-Calédoniens, les Gafres, les nègres de la côte africaine occidentale, les Bochimans, les Hottentots et les Australiens, se trouvent aux derniers degrés ; les Anthropomorphes viennent ensuite.

Dans une petite étude aussi simple que savante * et à laquelle je prendrai encore bien des choses, M.Abel Hovelacque juge, avec M. Topinard, que le prognatisme al véolo-sous -nasal (celuiqui intéresse la portion maxillaire placée au-dessous de l'épine nasale, et, en même temps, la région dans laquelle se trouvent creusés les alvéoles) est l'un des meilleurs caractères de la crâniométrië>. M. Topinard dit que celui-là est le prognatisme f>rai, le seul qui mérite le terme de prognatisme, ou de prognatie, dans un sens plus général. Ses recherches lui ont donné en moyenne, pour cet angle, 79 degrés chez les habitants de l'Burope occidentale ; 75 chez les Tahitiens, 72 chez les Chinois, 71 chez les Es-

* Noire ancêtre, Leroux. Paris, 1878.

• Associaiùm française pour Vavancement des sciences, première session, p. 695. — L'Anthropologie, p. 289, deuxidme édition. — Abel Hovelacque, Notre ancêtre, p. 46, deuxième édition.

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quimaux, 68 chez les Australiens, 67 chez les nègres de Guinée, et de 59 à 60 chez les Bochimans du Sud de l'Afrique.

Les dimensions et la forme de la bouche, la conformation et la disposition des lèvres, l'inclinaison des joues, si variables dans les différentes races, ont aussi, sans doute, un rôle intéressant pour nous ; mais je crois inutile d'insister ici sur le peu d'exactitude que présenterait une étude morphologique de ce genre.

Une autre partie qui mérite aussi notre attention, et sur laquelle nous avons très-peu dit jusqu'à présent, est la langue.

Cependant, cet organe est, comme je vous ai déjà dit, de la première importance pour l'acte de la phonation ; dans la voix et dans la parole, nous devons lui accorder un rôle prépondérant, puisque c*estelle qui, par sa souplesse et sa mobilité dans ses variables dispositions, établit et détermine en grande partie la configuration particulière que cette partie de l'organe vocal doit affecter dans les différentes situations nécessaires aux sons vocalises.

Chez tous les mammifères sans exception, la langue est charnue et flexible dans toutes ses parties, attachée par sa racine à l'os hyoïde, et par une partie de sa base à la mâchoire inférieure; les différences ne portent que sur la longueur et l'extensibilité de sa partie libre. Les deux extrêmes sur ce point sont représentés par le fourmilier ^ d'une part, qui peut l'allonger à l'excès, et par les cétacés^ de l'autre, qui l'ont attachée par presque toute sa partie inférieure. Parmi les ruminants, la girafe a aussi une langue très-extensible, qui, dit Cuvier, est, à un degré plus marqué que dans les autres herbivores, un instrument de préhension.

Chez les oiseauœ^ la langue est soutenue par un os qui la traverse et qui s'articule à l'os hyoïde ; elle est, par conséquent, très-peu flexible, et c*est seulement vers sa pointe où cet os devient cartilagineux qu'elle peut plus ou moins se plier ; cet os est recouvert par quelques muscles et par des téguments généralement peu épais.

Pourtant, chez les perroquets^ la langue est charnue, épaisse, arrondie et pourvue de papilles, comme chez les mammifères. Dans les perroquets à trompe, elle est cylindrique, terminée par un petit gland corné, fendu au bout ; elle peut s'étendre aussi assez hors de la bouche.

Chez les reptiles, la variété est grande. Les gre^iouilles et les crapauds ont une langue entièrement charnue, attachée par sa

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pointe à la mâchoire inférieure, et dont la partie postérieure Mfurquée et libre se déploie dans la bouche à Tétat de repos ; chez les salamandres f elle n'est libre que par ses bords latéraux ; les crocodiles l'ont attachée par ses bords et aussi par sa pointe. Chez les tortties, elle est courte, et sa surface est hérissée de nombreuses papilles charnues ^

Chez les poissons ^Isl langue est généralement représentée (lors* qu'elle ne fait pas absolument défaut, comme c'est le cas chez les chondroptérygiens)^ par un bourrelet aplati produit par l'enveloppe muqueuse qui recouvre l'os hyoïde, et mobile avec l'ensemble du squelette viscéral.

C'est seulement chez les amphibiens qu'il se présente comme un système musculaire indépendant ; la langue prend alors l'aspect d'une lame épaisse, qui est même protractile chez plusieurs de ces animaux ^.

c Chez les serpents et les lézards^ elle est entourée d'un étui particulier, d'où elle peut être projetée au dehors. L'épithélium lingual présente fréquemment chez ces animaux des parties cor^ nées qui forment à la face supérieure de l'organe des écailles et des tubercules, et l'extrémité antérieure de la langue, ordinairement étroite de ces animaux, se divise en deux pointes effilées (Fissilingues). »

Dans les mammifères, par suite du développement considérable du système musculaire, dont les crocodiles présentent seuls un exemple dans les classes inférieures, la langue augmente beaucoup de volume et devient en même temps le siège de nombreuses différenciations portant sur sa membrane muqueuse. Les fonctions de l'organe se diversifient avec la complication de sa structure, de sorte qu'elle peut pourvoir à des usages très^différents, même en ce qui concerne la préhension des aliments.

La langue est en même temps un organe du goût et de déglutition ; Les muscles qui la constituent sont revêtus d'un tissu cellulaire abondant et recouverts d'une membrane épaisse qui est la continuation de celle qui tapisse l'intérieur de la bouche et aussi de la peau extérieure.

lAs caractères particuliers de cette membrane sont, outre la mollesse et l'épaisseur de la partie analogue à l'épiderme, le déve-

• Cuvier, Op. cit.

' Gegembaur, Op. cit.

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