GLANDULAIRE
veineux.
Moyenne.
Moyenne.
TREIZIÈME LEÇON
Les différences sont égales à 0,012 et à 0,001.
Dans d’autres expériences Chauveau et Kaufmann ont déterminé l’absorption d’oxygène, le dégagement d’acide carbonique et la perte de sucre dans le sang veineux des mêmes organes pendant la mastication , en prenant toujours le sang carotidien pour terme de comparaison. Ils trouvèrent comme moyenne de trois expériences pour le sang artériel 0,103 p. 100 de sucre, pour le sang massétérin 0,090 ; différence, 0,013 ; le sang parotidien renfermait 0,097 p. 100 de sucre et le sang carotidien pris en même temps 0,098.
Les auteurs de ces expériences ont établi que pendant la mastication les organes en question sont irrigués par trois fois plus de sang que pendant le repos ; il faut donc multiplier par 3 les différences obtenues ; il en résulte que le sang a perdu dans le masséter 0,039 p. 100 de sucre et dans la glande seulement environ 0,003 p. 100. Le travail de la mastication a donc triplé la disparition du sucre dans le muscle, tandis qu’il ne l’a que légèrement augmentée dans la glande. Ces différences correspondent aux combustions accrues par le travail et à la plus grande activité des échanges gazeux dans le muscle, tandis que l’activité sécrétoire n’augmente que faiblement les combustions et les échanges gazeux. Il est prouvé par là qu’il existe des relations étroites entre la disparition du sucre, la production de chaleur et de travail physiologique. Ces recherches sont fort intéressantes, mais elles présentent ce seul inconvénient que les différences observées entre les teneurs en sucre du sang artériel et du sang veineux ne dépassent pas la limite des erreurs possibles. Quiconque a fait de nombreux dosages de sucre, après l’emploi des meilleures méthodes de désalbumination, doit être convaincu qu’entre deux analyses d’unmême sang des différences de 0,01 à 0.015 p. 100 peuvent aisément se présenter et ne permettent pas des conclusions trop étendues.
Il est du plus haut intérêt de savoir si le glycogène musculaire a sa part dans la production du travail, et jusqu’à quel point. D’après quelques observations très affirmatives il se décomposerait pendant le travail musculaire. S. Weiss téta-
Seegen. 14
nisa des cuisses de grenouille jusqu’à complet épuisement et y rechercha la quantité de glycogène comparativement aux muscles non tétanisés des cuisses du côté opposé. Les muscles tétanisés renfermaient 24 à 50 p. 100 de glycogène de moins que les muscles non tétanisés. Chauveau et Kaufmann trouvèrent dans le masséter après un repos prolongé 0gr,177 de glycogène, tandis que le masséter du côté opposé, examiné après un travail de mastication d’une demi-heure, en renfermait 0gr,139. Chez des animaux mis au jeûne et forcés de produire un travail mécanique pénible, Ivülz et autres ont constaté la disparition rapide du glycogène. De mon côté j’ai constaté que le muscle maintenu vivant au moyen de sang artériel est capable de transformer de grandes quantités de glycogène en sucre. Il est permis d’en conclure que le muscle forme aux dépens de sa réserve de glycogène le combustible nécessaire au fonctionnement organique, c’est-à-dire du sucre. Ces mêmes observations prouvent clairement que le glycogène musculaire est utilisé pour la production du travail physiologique. Mais il est facile de se rendre compte que ce rôle du glycogène est très limité. Déjà les expériences de jeûne sont très affirmatives à cet égard. Il ressort, en effet, de nombreuses observations que le glycogène musculaire ne diminue que très lentement pendant l’abstinence, et il faut une diète absolue de quinze jours et plus pourvoir disparaître tout le glycogène des muscles. Prenons un chien de 40 kilogrammes; son système musculaire représente environ les 45 p. 100 du poids de l’animal, ce qui donne environ 18 kilogrammes. Si la teneur moyenne en glycogène est prise égale à 0,4 p. 100, ce qui d’après mes recherches est exagéré, tout le glycogène musculaire de ce chien pèserait à peu près 7 grammes ; si nous adoptions le chiffre le plus élevé, obtenu par O. Nasse pour quelques muscles, soit 0,9, comme moyenne pour tout le système musculaire, nous n’aurions encore que 16 grammes pour tout le glycogène musculaire. Le foie d’un chien de 40 kilogrammes pèse environ 800 à 1000 grammes. En admettant même que la période d’abstinence ait été précédée par une alimentation amylacée abondante, la teneur du foie en glycogène serait
TREIZIÈME LEÇON
d’environ 5 à 6 p. 100, donc en tout de 48 à 60 grammes. Supposons, en outre, que pendant la période de jeûne le glycogène hépatique passe graduellement dans les muscles; cet animal n’aurait toujours à dépenser, pendant tout cette période, que 70 à 80 grammes de glycogène. Il ne viendra à l’idée de personne de penser que la combustion de cette faible quantité de glycogène puisse suffir à la calorification et à toute l’activité physiologiqne de cet animal. Les conditions sont encore bien plus mauvaises chez les animaux qui ont accompli un travail forcé au début de la période d’abstinence. Il est certain, nous l’avons vu plus haut, qu’un animal qui jeûne, soumis à un travail forcé, perd tout son glycogène au bout de quelqnes heures. Or un animal qui est dans ces conditions ne périt pas après le premier jour de jeûne, et peut même vivre encore de nombreux jours, et quoiqu’il ne tarde pas à être incapable de produire un travail mécanique pénible, il ne doit pas moins, tant qu’il vit, suffire au travail physiologique intérieur, qui est loin d’être insignifiant, et régénérer constamment la chaleur qu’il perd. C’est à bon droit qu’O. Nasse a dit, dans son travail sur le glycogène musculaire : « Il est évident que le glycogène ne peut suffire au travail mécanique et qu’il faut rechercher d’autres sources de l’énergie musculaire. » Cette assertion est bien plus vraie encore lorsqu’on l’applique non seulement au travail musculaire, mais encore à l’activité physiologique de tout l’organisme. Le glycogène ne peut contribuer que pour une petite part au fonctionnement de tous les organes. Nous pouvons donc formuler la conclusion suivante : Le sucre du sang est la source dynamique de l’activité physiologique de tout l’organisme. Le glycogène musculaire , qui constitue probablement pour les muscles une réserve formée aux dépens du sucre du sang, peut devenir , par sa décomposition , une source de force pour le muscle et l’un des agents du travail musculaire.
Il s’agit maintenant avant tout de savoir quel sera, d’après les faits établis plus haut, le régime le plus favorable à l’accomplissement du travail interne et du travail physique et à la conservation de l’intégrité absolue de l’organisme humain, en d’autres termes, quel sera le régime le plus apte à fournir à
l’économie, sous forme de sucre du sang, les forces de tension nécessaires au maintien de son intégrité.
C’est Yierordt, c’est von Voit et Pettenkofer, qui ont déterminé, en partie empiriquement, mais surtout par des expériences de jeûne et d’alimentation sur l’animal et sur l’homme, quel doit être le régime de celui-ci pour ne rien perdre de son poids; d’après von Voit, un homme vigoureux, travaillant modérément, a besoin de 118 grammes d’albumine, de 56 grammes de graisse et de 500 grammes d’hydrates de carbone ; si la quantité d’albumine introduite était inférieure, la proportion des albuminoïdes dans le corps s’abaisserait audessous de la normale, quelles que fussent les quantités de graisse et d’hydrates de carbone absorbées. Ce régime alimentaire passa longtemps pour être conforme aux exigences physiologiques, malgré les objections opposées par Beneke, Flügge, au sujet de la grande quantité d’albumine exigée (soit en viande près de 600 grammes). Mais ces objections furent impuissantes à amoindrir le rôle prépondérant qu’on faisait jouer aux albuminoïdes dans l’alimentation. Ce rôle leur était attribué pour deux raisons; d’abord, de tous les aliments, les albuminoïdes seuls sont capables d’entretenir l’organisme sans l’aide d’aucune autre substance, c’est-à-dire sont seuls capables de lui fournir les matériaux nécessaires à la réparation des tissus et toutes les forces de tension requises; puis, tout le monde sait qu’un individu à muscles fortement développés est capable de fournir une plus grande somme de travail. Voit (1) lui-même, tout en reconnaissant que « l’étendue de la destruction des albuminoïdes n’est pas en rapport avec le travail fourni », pensait cependant « que la somme possible de travail est en rapport avec l’étendue de la destruction des albuminoïdes en tant qu’un homme vigoureux et, par suite, capable de produire plus de travail, doit conserver en état d’intégrité une plus grande masse d’organes riches en albumine (notamment les muscles) et pour ce motif doit introduire plus d’albumine sous forme d’aliments ».
(1) Voit, Ueber die Kost in ôffentlichen Anstcdten, 1876.
TREIZIÈME LEÇON
Mais graduellement se sont multipliées les expériences qui prouvent qu’il suffit d’une quantité moindre d’albuminoïdes pour conserver l’intégrité de l’organisme d’un homme adulte et toutes ses aptitudes fonctionnelles, à la condition que les aliments non azotés soient introduits en quantité snffisante ; je ne citerai que les expériences de Pflüger et Bohland (1), de Hirschfeld (2) et de Kumagawa (3). Ces deux derniers ont expérimenté sur eux- mêmes le régime pauvre en albumine. L’alimentation de Hirschfeld consistait en riz, pommes de terre, beurre ou lard et en bière; il ne perdit pas de son poids et fut même en état de fournir une somme de travail importante; comme résultat il constate « qu’un homme vigoureux peut rester d’abord pendant quinze jours, puis pendant dix jours en équilibre de matériaux azotes avec un régime qui ne comporte pas plus de 35 à 40 grammes d’albumine ». Kumagawa, expérimentant le régime européen, puis le régime mixte japonais, enfin le régime végétal, est arrivé à conclure « qu’avec un régime dont le contenu d’albumine assimilable est inférieur à la quantité d’albumine qui disparaît par le jeûne, un homme adulte peut non seulement maintenir dans l’organisme l’équilibre des azotés, mais dans certaines conditions même faire provision d’albumine, pourvu que la graisse et les hydrates de carbone introduits suffisent pour fournir le nombre de calories nécessaires ». Ces essais de régime ont apporté la démonstration expérimentale du fait clairement énoncé pour la première fois par M. Rubner, que les substances alimentaires peuvent se substituer les unes aux autres en proportion de la quantité de chaleur de combustion qu’elles fournissent.
Rubner (4) ajustement reconnu que le rôle des aliments est de fournir au corps un nombre de calories suffisant pour l’exécution du travail physiologique. Il a constaté expérimentale-
(1) Pflüger’s Archiv f. d. ges. Physiol., Bd.*XXXVI.
(2) F. Hirschfeld, ZJntersuchungen über den Eiweissbedarf des Menschen. Pflüger'1 2 3 4 s Archiv. Bd. XLI.
(3) Kumagawa, Vergleichende Untersuchungen über Ernàhrung. Virchow’ s Archiv , Bd. CXVI.
(4) Max Rubner, Pie Vertretungswerthe der hauptsàchlichen organischen Nahrungsstoffe im Tliierkôrper. Zeitschr. f. Biologie , Bd. XIX u. Bd. XXI.
ment que chez un chien de poids donné la somme des calories formées dans l’unité de temps reste sensiblement la même, tant pendant l’abstinence que par un régime riche en albuminoïdes; pendant le jeûne, ces calories étaient fournies en majeure partie par la graisse décomposée et en plus petite partie par l’albumine détruite, tandis que dans l’alimentation par les albuminoïdes le contraire avait lieu. Il a également évalué le nombre des calories formées par les aliments ingérés chez des personnes de toute condition et a trouvé : 1° que ce nombre varie d’après le travail produit, 2° que l’albumine, la graisse et les hydrates de carbone prennent une part très variable à la formation de ces calories, selon la composition du régime.
C’est en se servant de déterminations calorimétriques qu’on a déterminé les valeurs isodynamiques des différents aliments, c’est-à-dire les poids des divers matériaux nutritifs capables de produire dans l’organisme la même quantité de calorique. Une fois qu’on a établi combien il faut de calories à un individu pour produire un travail donné, il devient facile de déterminer le régime, qui doit se composer d’une somme d’aliments capables de fournir la somme de calories nécessaire sans que l’organisme ait à en souffrir. Ce régime doit renfermer un minimum d’albumine pour remplacer la petite quantité d’albuminoïdes disparus de l’organisme par usure ; en ce qui concerne l’équilibre dynamique, dont le maintien constitue le principal rôle de l’alimentation, peu importe quelles sont les substances alimentaires introduites, pourvu qu’elles renferment le nombre de calories nécessaire.
Cette conception très juste des lois de la nutrition devient plus simple encore si l’on se rappelle que le sucre du sang est la source unique de force dans l’organisme, c’est-à-dire que c’est seul le sucre qui fournit les calories nécessaires au fonctionnement des organes. Voici donc comment se pose la question : quel est l’aliment le plus approprié pour fournir à l’organisme les matériaux nécessaires à la glycogénie? Nos expériences nous ont appris que ce sont les substances albuminoïdes et les corps gras qui par leur transformation donnent le sucre du sang ; dès lors la réponse à la question posée est aisée : il est absolument
TREIZIÈME LEÇON
indifférent aux dépens de quelle substance se forme le sucre? en d’autres termes, peu importe que nous mangions de la graisse ou des albuminoïdes. Cependant si théoriquement c’est indifférent, il n’en est pas de même au point de vue pratique. Car pour former une quantité déterminée de sucre du sang, il faut une proportion très différente de l’un ou de l’autre de ces deux aliments. Pour former 100 grammes de glycose, il suffit d’environ 40 grammes de graisse, tandis qu’il faut introduire plus de 300 grammes de viande dans l’organisme pour former la même quantité de sucre. Un homme d’activité modérée, un médecin par exemple, dépense environ 2700 à 2 800 calories. Pour les fournir il faut environ 760 grammes de glycose, et pour former cette quantité de glycose environ 300 grammes de graisse sont nécessaires, ou bien près de 2300 grammes de viande. Il est donc évident de prime abord que de manger exclusivement ou en majeure partie de la viande pour former le sucre du sang dont nous avons besoin pour maintenir l’équilibre de nos forces constitue une consommation de luxe. Ce luxe est double, d’abord parce que l’aliment que nous consommons coûte cher, puis parce que nous forçons l’organisme à accomplir un travail qui ne lui est utile d’aucune façon, celui de dédoubler la molécule d’albumine et d’éliminer l’azote.
Les hydrates de carbone ne prennent pas directement part à la formation du sucre du sang. Mes expériences d’alimentation par ces composés ternaires ont fait voir qu’à moins d’introduction exagérée de saccharose ou de dextrine, le sucre alimentaire ingéré directement ou formé dans le canal intestinal ne prend pas part à la glycogénie hépatique, attendu que le sang des veines sus-hépatiques est toujours plus riche en sucre que celui de la veine porte ; il est possible que le sucre d’alimentation se dépose dans le foie sous forme de glycogène. Mais comme la provision de glycogène ne répond pas à l’abondance des aliments introduits, il faut que le glycogène en excès trouve une autre destination, et il y a tout lieu de supposer qu’il se transforme en graisse. Tscherwinsky, Soxhlet, J. Munck, etc., ont établi d’une manière indiscutable que de la graisse peut se
former aux dépens des hydrates de carbone. Les physiologistes en question firent des expériences sur des animaux auxquels ils donnaient, outre de très petites quantités d’albumine, des hydrates de carbone en abondance ; or ces animaux devinrent si obèses qu’il n’était pas possible d’admettre que toute leur graisse venait du dédoublement des albuminoïdes.
Si donc les hydrates de carbone ne se transforment pas directement en sucre, ils arrivent à ce but par une voie indirecte grâce à la graisse qu’ils forment, et s’ils ne peuvent être mis sur le même rang que la graisse dans la série des aliments, c’est que leur transformation en graisse exige une somme de travail dont l’introduction directe de la graisse dispense l’organisme.
La conception exacte du rôle de l’alimentation nous conduit donc à cette conclusion : que les substances albuminoïdes n'ont aucun droit au rang élevé qu elles ont occupé jusqu'à présent dans la série des aliments tandis que , d'un autre côté , une part bien plus large doit être faite à la graisse dans l' établissement du régime alimentaire .
QUATORZIÈME LEÇON
ÉLIMINATION DU SUCRE PAR L’URINE : a) A LA SUITE D’iNTRODUCTION EXAGÉRÉE DE SUCRE, b) SOUS L’iNFLUENCE DE POISONS, 6) COMME MANIFESTATION MORBIDE.
On s’est beaucoup occupé de la question de savoir si l’urine renferme du sucre à l’état normal. Brücke et Ben ce- Jones considéraient ce fait comme démontré, et, sur la foi des observations de Brücke, Kühne affirmait que l’urine physiologique peut renfermer jusqu’à 0,1 p. 100 de sucre. De nombreuses expériences m’ont apporté la conviction qu’avec les moyens d’investigation qui sont à notre disposition il n’est pas possible d’affirmer d’une manière certaine la présence de sucre dans l’urine normale (1). Ivülz ne fut pas capable de déceler du sucre dans plus de 100 litres d’urine. Abeles a traité 300 litres d’urine par la solution chaude de chlorure de plomb, recueilli et examiné le précipité et, enfin, a obtenu une solution offrant toutes les propriétés du sucre : réduction, fermentation et déviation à droite du plan de polorisation. R. Moscatelli a traité de la même manière 30 à 200 litres d’urine provenant d’hommes bien portants , mais il ne put y découvrir de sucre ni au moyen de la solution de Trommer, ni par la fermentation, ni enfin par le saccharimètre.
Tout récemment, Molisch pensait avoir trouvé une méthode capable de déceler le sucre dans l’urine normale et consistant à traiter celle-ci par l’a-naphtol et l’acide sulfurique. J’ai fait voir que cette méthode n’est pas sûre, des traces de corps albumi-
(1) Seegen, Genügeh die bisjetzt angewendeten Methoden , um kleine Mengen Zucker in Harn mit Bestimmiheit nachzuweisen? Sitzungsber. der k. Akad. d. 'Wissensch., Bd. LXIY.
noïdes produisant la même réaction et l’urine normale en renfermant toujours, d’après Posner et autres. Mais chaque jour ce sont de nouvelles recherches qui ont la prétention de démontrer la présence du sucre dans l’urine physiologique. Je crois cependant que tous les physiologistes sont d’accord aujourd’hui pour reconnaître que l’urine normale ne saurait renfermer une quantité de sucre suffisante pour être décelée dans de petites quantités de ce liquide par nos moyens actuels d’analyse.
J’ai fait connaître, il y a déjà fort longtemps, une méthode permettant de déceler sûrement de très petites quantités de sucre dans l’urine. C’est l’essai dit par le charbon. On filtre l’urine sur du noir animal jusqu’à ce qu’elle soit limpide comme de l’eau. Le charbon retient totalement l’acide urique qui peut devenir une cause d’erreur, tandis qu’au contraire il abandonne une partie du sucre absorbé à l’eau de lavage. On fait plusieurs lavages et l’on examine et la liqueur filtrée et les eaux de lavage. Par cette méthode on peut reconnaître 0,01/). 100 de sucre avec pleine certitude. Je n’ai jamais vu réussir ce procédé avec l’urine normale, et il en ressort avec évidence que si le liquide urinaire renferme du sucre, ce ne peut être qu’une quantité inférieure à 0,01 p. 100. L’homme sain rend environ 1 500 à 1 800 centimètres cubes d’urine dans les vingt-quatre heures ; la plus grande quantité de sucre qui serait ainsi excrétée ne pourrait donc dépasser 0sr,15 àOsr,18, car tout excédent serait facile à reconnaître.
Pavy (1) prétend avoir extrait, de 100 centimètres cubes d’urine, le sucre sous forme de saccharate de plomb ( !) et en évalue la quantité à 0,027 jusqu’à 0,009 p. 100. Il pense que l’excrétion de sucre par l’urine est en rapport avec la teneur en sucre du sang, et il considère comme démontré que le sang ne peut renfermer une plus grande quantité de sucre par cela même qne l’urine n’en contient qu’une quantité minime. Le sucre, d’après lui, est du reste si diffusible qu’il ne pourrait rester dans le sang et si nous admettions que le sang renferme
(I) Pavy, On certain points connected with diabètes , London, 1878.
QUATORZIÈME LEÇON
du sucre, nous devrions être tous diabétiques. Or, des faits nombreux, et à peu près irréfutables, prouvent que des centaines de grammes de sucre parviennent chaque jour dans le sang sans être éliminés par burine. Des dispositions particulières, peut-être la structure de bépithélinm normal des reins, empêchent donc le sucre de se diffuser lors du passage du sang dans les reins. Et tandis que Pavy pense que la présence de sucre dans l’urine prouve que le sang normal ne peut en renfermer des quantités notables, parce que ce sucre passerait aussitôt dans l’urine, nous dirons avec plus d’apparence de raison que précisément le fait indiscutablement établi de l’arrivée quotidienne de plusieurs centaines de grammes de sucre dans le sang, sans qu’il n’en passe dans l’urine de quantité appréciable, démontre clairement que les reins de l’organisme sain ne peuvent livrer passage au sucre.
Cependant, quoique burine physiologique ne renferme pas de sucre ou n’en renferme que des traces, ilpeut arriver que des quantités de sucre plus ou moins grandes se trouvent excrétées d’une manière anormale par le liquide urinaire. Ce sucre peut provenir de deux sources, ce peut être, a), du sucre alimentaire et, b), du sucre formé physiologiquement dans le foie.
Le sucre introduit directement ou formé dans l’estomac ou dans l’intestin grêle aux dépens des aliments est sans nul doute retenu en majeure partie sous forme de glycogène. Mais il peut arriver qu’une nourriture trop riche en sucre de canne, et particulièrement l’ingestion simultanée de grandes masses de saccharoses, détermine l’apparition d’une partie de ce sucre dans burine. Worm-Müller (1) a fait à cet égard d’importantes recherches sur l’homme. Pour 250 grammes de saccharose ingérés, burine en renfermait 0,7 à 0,8 p. 100, pour 50 grammes elle en contint 0,2 p. 100 ; burine ne contenait ni lévulose, ni glycose.
J’ai (2) fait plusieurs expériences sur des chiens auxquels
(1) Worm-Müller, Die Ausscheidung des Zuckers irn Hcirn. Pflüger's Archiv , Bd. XXXIY.
(2) Seegen, Ueber Zueker im Hcirn bei Rohrzuckerf intérim g. Pflüger’s Archiv, Bd. XXXVII.
on donnait, après deux jours de jeûne, et à la fois, 100 à 120 grammes de sucre de canne en morceaux. On recueillait burine et on y recherchait le sucre. On y constata à la fois de la saccharose et du sucre interverti. La proportion relative de ces deux variétés de sucre ne fut pas toujours la même. Certains jours l’iirine renfermait 1,1 à 1,5 p. 100 de sucre fermentescible. La proportion de sucre doué de propriétés réductrices était de 1,1 à 1,5 p. 100, tandis que la saccharose excrétée ne formait que 1/3 à 1/4 du sucre interverti excrété. Un autre jour la totalité de sucre excrété était de 7 p. 100, tandis que la proportion de sucre réducteur n’était que de 3 p. 100. Dans ce cas l’élimination de la saccharose était supérieure à celle du sucre interverti.
En somme, l’élimination totale de sucre par l’urine, quelque considérable qu’elle paraisse être à de certains jours, est faible comparativement à la quantité de sucre absorbée. Dans une série d’expériences on donnait 520 grammes de sucre dont 15,2 étaient éliminés, soit environ 3 p. 100. Dans une seconde série d’expériences on donnait 750 grammes de sucre et l’urine n’en contenait que 7gr,4, soit 0,9 p. 100 de la quantité absorbée.
De toute façon ces essais apprennent que dans l’alimentation exclusive par le sucre de canne, une plus ou moins grande partie de ce sucre est éliminée à l’état de saccharose aussi bien que de sucre interverti.
Le sucre d’alimentation est excrété en quantité bien plus grande dans la maladie qui a reçu le nom de diabète sucré. Dans la forme légère de cette affection, c’est le sucre alimentaire seul qui est éliminé par l’urine, car la glycosurie cesse avec l’ingestion de sucre; mais la glycosurie peut être très considérable selon la gravité du cas. Dans les cas les plus légers de cette catégorie, une grande partie des aliments amylacés peut encore être utilisée dans l’organisme, tandis que dans les cas plus graves la tolérance pour les amylacés est très faible et toute ingestion d’amylacés est suivie d’une glycosurie abondante.
Mais l’économie est bien plus sérieusement influencée par
QUATORZIÈME LEÇON
l’élimination du sucre formé dans le foie. Ce sucre, arrivé dans le sang, devient la source dynamogène de tout travail physiologique. Le sucre est pour la machine animale ce qu’est le charbon pour la machine à vapeur: c’est lui qui fournit les forces de tension qui, transformées en forces vives par oxydation, servent à la production de la chaleur et du travail mécanique.
De même qu’une machine, supposée bien construite, ne fonctionne convenablement que si l’introduction du combustible et la combustion sont réglées l’une sur l’autre et bien conduites, de même l’organisme ne fonctionne normalement que si la glycogénie et la destruction du sucre ont lieu sans perturbation et régulièrement. Tout trouble dans un sens ou dans l’autre détermine une perturbation sérieuse de l’économie. D’après l’opinion de CL Bernard, la teneur normale du sang en sucre ne doit pas dépasser 0,25 p. 100.
Cette opinion se fondait sur des analyses de sang faites chez des animaux rendus artificiellement diabétiques par le curare. Avant la curarisation le sang artériel renfermait 0,17 p. 100 de sucre. L’animal fut curarisé étant à jeun. La proportion de sucre s’éleva à 0,22 p. 100, mais il n’y en eut pas dans burine. On laissa l’animal se remettre, puis le lendemain on le nourrit abondamment et on attendit que la teneur du sang artériel fût revenue à 0,17 ; on le curarisa encore une fois ; le sang contint alors 0,26 p. 100 de sucre et on observa nettement de la glycosurie. « La limite extrême de sucre que le sang peut tolérer, dit Cl. Bernard, est donc comprise entre ces deux nombres. C’est environ 0,25 p. 100 pour le chien. » Ainsi, pour le physiologiste français il est nésessaire qu’il y ait glycémie ou surcharge de sucre dans le sang pour que ce sucre puisse être excrété par les reins, c’est-à dire pour qu’il se produise de la glycosurie.
On attribuait toujours la glycémie anormale à une formation exagérée de sucre dans le foie, et quoiqu’on ne put fournir de preuve directe de cette suractivité glycogénique, il était plausible d’admettre que dans certaines conditions anormales une fonction organique, une sécrétion glandulaire par exemple, pût
se trouver exagérée. On ne songeait jamais au second facteur, à l’accumulation possible du sucre dans le sang, et cependant il est bien évident qu’une semblable accumulation peut se produire lorsque pour une raison ou pour une autre la com bu stion du sucre n’est pas aussi active que la glycogénie, si, par exemple, elle est enrayée par une cause quelconque.
Or je suis arrivé à reconnaître que sous l’influence d’agents extérieurs, spécialement de quelques poisons, la destruction du sucre est entravée et qu’ainsi le second facteur, nécessaire pour le maintien de l’équilibre dans l’organisme animal, subit une perturbation notable. J’ai constaté que l’anesthésie par le chloroforme ou la morphine et que la curarisation gênent la décomposition du sucre du sang. Les expériences portèrent sur des animaux chez lesquels on prélevait du sang delà carotide avant la curarisation, puis après anesthésie ou curarisation complète. Dans quelques essais le sang carotidien fut prélevé, après la narcose, par échantillons successifs, à des intervalles plus ou moins éloignés. On dosait le sucre dans tous les échantillons.
Comme on pouvait craindre que la teneur en sucre du sang pût être altérée par ces saignées successives, j’ai fait diverses expériences préliminaires. Sur des animaux non intoxiqués on prélevait successivement trois à quatre échantillons de sang, aussitôt après les avoir liés sur la table d’expérience, puis un quart d’heure, une demie heure et jusqu’à trois quarts d’heure après. Chacun de ces échantillons était de 40 à 50 centimètres cubes. J’obtins comme résultat constant que tous les échantillons de sang prélevés sur le même animal renfermaient exactement la même quantité de sucre.
Le tableau suivant fait connaître les résultats des analyses du sang carotidien pris sur les animaux anesthésiés et curarisés :
QUATORZIÈME LEÇON
d’ordre
des
expé-
riences.