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CHAPITRE IV

L'Insuffisance hépatique d’ après l'analyse des urines

A. —Analyse des urines dans les affections hépatiques. — L'examen le plus attentif au lit du malade ne nous révèle ni le type, ni ‘le degré des lésions hépatiques. Tout ce que les moyens ‘actuels nous permettent de constater, c'est: un foie augmentéde volume, dépassant de un, deux ou plusieurs travers de doigts le rebord costal et légèrement douloureux ; une rate légèrement tuméfiée ; un léger subictère cutané contrastant parfois avec la faible coloration des fèces ; de l’œdème des membres inférieurs, des troubles gastro-intestinaux progressifs, des épistaxis, du purpura, un ensemble de signes -qui apparaissent au cours d’une tuberculose en évodJution et qui font songer à une atteinte du foie ; enfin -des urines rares et rougeâtres.

Au lit du malade on peut apprécier une certaine altération du foie, grâce à un état d’auto-intoxication, à un délire hépatique, à un prurit, etc., mais ce ne sont là que des renseignements peu précis. Pour se rendre compte de l’état fonctionnel du foie, ‘il est nécessaire d’avoir recours à l’analyse chimique des urines. Cette analyse permet de déterminer : l'insuffisance, l’exagération, ou la viciation des fonc-

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tions du foie, ce que Gilbert appelle l'anhépathie, l’hyperhépatie et la parhépathie, constituant le chi- ‘misme hépatique.

. a) L'uréogénie dans l'insuffisance hépatique est manifestée par une diminution du taux de l’urée de vingt-quatre heures ;

b) Z' Rnénsétarse signifie insuffisance hépatique, lorsqu'il n'y a pas de lésion du rein, très fréquente dans les cirrhoses ;

c) L’hyperazoturie veut dire hyperfonctionnement hépatique, en tenant toujours one du rôle du “rein ;

d) Le coefjicient azoturique (0,85) varie dans l’in- ‘suffisance hépatique ; généralement il est inférieur à la normale, mais cela n’est pas constant;

. e) Le coefficient de l'oxydation du soufre (A. Robin)

. ou mieux le rapport du soufre complètement oxydé ‘au soufre incomplètement oxydé, augmente dans l'hyperfonctionnement, et diminue dans l’insuff- -sance ;

f) L'ammoniurie expérimentale (Gilbertet Carnot), consiste en l’augmentation de l’ammoniaque urinaire. par rapport à l'azote total, mise en évidence par l'ingestion de 4 à 6 grammes d’acétate ou de lactate. d’ammoniaque. Chez les individus sains,. l’ammoniaque ingéré se transforme en urée ; chez les indivi- -dus malades, on constate son passage en grande “partie dans les urines :

g) La glycogénie est déterminée par la glycosurie digestive ou bien par la glycosurie alimentaire provoquée (épreuve de Cobrat-Lépine). La glycosurie ‘digestive se constate en recueillant les urines frac-

tionnées et en vérifiant la présence ou l’absence du sucre dans les urines qui suivent les repas, surtout celui du soir. La glycosurie alimentaire provoquée se pratique suivant les règles fixées par Achard, Widal et Castaigne et qui consistent à faire ingérer le matin à jeun 150 grammes de glucose pur dans 300 à 500 grammes d’eau, absorbée en un quart d'heure, et ne rien faire prendre après. Les urines sont recueillies d’heure en heure. Chez un individu au foie malade, le sucre passe dans les urines . d'autant plus vite et en quantité d’autant plus grande que la cellule hépatique fonctionne moins bien. En cas d’hyperfonctionnement hépatique, le malade peut ingérer de grandes quantités de sucre sans que ce dernier passe dans l'urine:

h) L’indicanurie est un symptôme d'insuffisance hépatique (Gilbert et Weil) ;

i) La toxicité urinaire est augmentée dans l'insufsance hépatique ;.

j) La glaucurie intermittente (ChaufTard) est l’élimination intermittente du bleu de Chen dans l'insuffisance hépatique ;

k) L’urobilinurie, signe d'insuffisance ou de viciation de la fonction hépatique, ne serait, d’après Gilbert et Herscher, qui accordent à l’urobiline une origine rénale, qu’un signe de cholémie ;

e)' L’amino-acidurie. — Les amino-acides sont détruits par le foie, donnant de l’urée et de l’ammoniaque, Normalement, on n’en trouve que très peu dans l'urine. A l’état pathologique leur quantité est considérablement augmentée ; ainsi dans la cirrhose, dans l’ictère grave, dans l’intoxication par le phos-

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phore. L'amino-acidurie est donc un signe d’insuffisance hépatique. Marcel Labbé et Bith ont repris les expériences sur l’amino-acidurie et sont arrivés aux mêmes conclusions ; mais, à leur avis, les acides :aminés peuvent provenir de l’alimentation et des tissus organiques ; en conséquence ces deux auteurs proposent pour juger de l’amino-acidurie, de! faire ingérer au préalable un acide aminé tels le glyco-. colle, le tryptophane ou le peptone.

C’est surtout l’examen de l’élimination azotée et du pouvoir glycogénique du foie qui permettent de conclure à un chimisme normal, diminué ou exagéré.

B. — Analyse des urines chez les tuberculeux. — Chez les tuberculeux les urines sont normales au début, lorsqu'il n'existe pas encore d’hyperthermie. Avec la dénutrition et la fièvre, il se produit une diminution des matières solides. A la suite des sueurs abondantes, les urines peuvent devenir rares, foncées, ainsi que dans toutes les pyrexies.

L'urée est augmentée au début, diminuée ensuite, pour tomber à 10 grammes, 8 grammes et même 6 grammes ; |

L'acide urique augmente surtout sous l'influence de la fièvre, mais diminue à la fin de la maladie ;

La créatinine, la leucine et la tyrosine paraissent se comporter comme l'acide urique ;

L’excrétion des sulfates est peu modifiée ;

Les phosphates et les chlorures augmentent dès ‘que l’amaigrissement commence ; ils disparaissent complètement à la période ultime ;

La potasse et la soude sont diminuées,la chaux est augmentée ; | L'albuminurie est fréquente et peut exister en l’absence de toute altération rénale, c’est une albuminurie dyscrasique due aux troubles gastro-intestinaux, aux altérations hépatiques, aux troubles de la nutrition générale, à l'intoxication tuberculeuse, aux médicaments ; :

La glycosurie a été rapportée aux altérations hépa- : tiques, 2: troubles nerveux, à la gêne de la respiration, à la perversion de la nutrition générale ; NT

Pas d'indicanurie ;

La toxicité urinaire des phtisiques serait diminuée d'après Le Noir, On n’y trouve pas de bacilles de Koch et les urines ne provoquent pas dé tuberculose par inoculation, si les voies urinaires ne sont pas atteintes par le processus tuberculeux.

- La glaucarie intermittente est positive.

Après avoir passé en revue ces différerits éléments de l'analyse chimique de l’urine,nous allons aborder, dans le chapitre suivant, l'étude de la réaction glycuronurique.

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