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CHAPITRE V

Recherche chimique âe l'acide glycuronique

À. — Importance et signification de l'acide

glycuronique. — Si le rein est le grand élimina-

teur des poisons, le foie en est le principal destructeur. Cette glande a, en effet, la propriété d'arrêter au passage les substances toxiques, que lui amène la veine porte,de les transformer et d’annihiler leur action. Son influence se fait surtout sentir sur les alcaloïdes végétaux, sur les poisons putrides et notamment sur ceux de l'intestin, sur les peptones, sur les sels ammoniacaux, certaines albumines et les poisons microbiens. Le foie agit encore sur les pigments et sur les matières colorantes.

Lorsqu'une affection hépatique abolil ces diverses. fonctions, il en résulté une série de phénomènes toxiques contre lesquels le rein essaie de lutter, ce qui donne naissance à une augmentation de la toxi-

cité urinaire. En même temps la fonction glycogé-

nique est atteinte, et l’on observe de la glycosurie sous ses deux variétés : glycosurie permanente, glycosurie intermittente ou alimentaire. |

C’est par conséquent en étudiant l’urine que l’on obtiendra des notions sur l’état des cellules hépatiques. Le foie pathologique étant impuissant à rete-

nir les matières toxiques, il s’en suivra soit une

rétention de toxines dans l’organisme et mort rapide, soit une élimination par la voie rénale et, partant, hypertoxicité urinaire.

Les recherches de Wittich, de Dastre et. Arthus, de Klein et de Hoffmann démontrent les relations qui existent entre les fonctions glycogénique et biligénique. Les travaux de Schmidt et ceux de ses élèves ont fait voir que le foie n’agit sur l’hémoglobine que lorsque ses cellules contiennent du glycogène. Roger’ prouve que l’action du foie sur les poisons et sur les microbes varie en raison de larichesse glycogénique de cet organe. De telle sorte qu'être renseigné sur une de ces fonctions, c'est en connaître l’autre. Encore qu’en clinique les méthodes d’appréciation soient délicates et trompeuses, on est parvenu à établir une corrélation étroite entre la richesse glycogénique du foie et son action sur les poisons.Un foie, dit Roger, incapable de fixer le sucre, est en méme temps incapable d'arrêter les poisons. |

Or,nous savons qu’on apprécie la fonction glycogénique et, par conséquent, la fonction toxicolytique, par la glycuronurie ; car celle-ci traduit la neutralisation de certains poisons par le glycose.

Chez les taberculeux, où les poisons augmentent par la désassimilation, les troubles digestifs et les poisons microbiens,le foie jouera un rôle fort important, et c’est par le rein que nous serons renseignés sur l'augmentation des poisons.

Nous savons, d'autre part, que l'acide glycuronique est un produit a Rome du -glycose. : Be

COH me COOH, acide. eleuronique qui

comprend quatre fois la fonction alcoolique secondaire, une fonction acide et une aldéhyde, laquelle lui donne son pouvoir réducteur, ce qui explique son action sur la liqueur de Fehling.

Il est possible que l’acide glycuronique se produise quand le chainon aldéhydique du glycose (COH (CHOH).CH,OH) est entré en conjugaison

avec des substances plus ou moins toxiques, telles .que les composés aromatiques, le camphre et ses

dérivés, divers alcools, certains alcaloïdes. Dans l'urine fraîche, on ne trouve du reste jamais l'acide glycuronique libre, mais sous forme de composés. Quel que soit le régime alimentaire de l’individu,ces composés glycuroniques apparaissent dans l'urine du sujet normal, lorsqu'on lui fait absorber une substance de la série grasse, ou une substance aromatique, ou une substance terpénique ou sesquiterpéniques, ou enfia des substances hctérocycliques.

Les conjugués glycuroniques sont tous lévogyres. L’acide glycuronique, en s’unissant à ces différentes substances, diminue leurs propriétés toxiques. Comme c'est le foie qui semble jouer le rôle principal dans la production de l'acide glycuronique, cette réaction explique le rôle protecteur .de cet organe dans les intoxications.

Les conjugués glycuroniques, bouillis avec un acide minéral étendu (HCI on SO;H, à la solution de ro à 15 0/0) sont hydrolysés et décomposés én acide glycuronique et un corps hydroxyle, qui est

soit le corps conjugable ingéré, soit un dérivé d’oxy-

dation de ce dernier. Les acides glycuroniques conjugués sont dédoublés également parles ferments des

que

glycosides, par l’émulsine, par les bactéries. C’est pourquoi certaines urines abandonnées à ellesmêmes, subissent la modification suivante : de lévogyres elles deviennent dextrogyres, par production d'acide glycuronique libre.

B. — Méthode de recherche chimique de l'acide glycuronique. — Nous possédons plusieurs méthodes de recherche de l'acide glycuronique, à savoir: | |

1° La méthode de Tollens ;

2° La méthode de Salkowski ;

. 3e La méthode de Bial :

4° La méthode de Tollens et Rorive perfectionnée par Grimbert et Bernier, ou la méthode du mercure ;

5° La méthode de Roger, ou /a méthode du plomb.

Ce sont les deux dernières seules que nous avons suivies dans nos recherches et que nous allons décrire en détail. :

I. — La méthode de 1 - et Rorive perfectionnée par Grimbert et Bernier, ou la méthode du mercure :

1° On prend 10 centimètres cubes d’urine ;

2° On y ajoute 5 centimètres cubes d’acétate mercurique (solution saturée à froid) afin de supprimer certains chromogènes qui pourraient troubler la réaction, surtout les dérivés indoliques et scatoliques ;

3° On filtre;

4° On prend 5 centimètres cubes du liquide filtré et l’on y ajoute 1/2 centimètre cube d’une solution alcoolique de naphto-résorcine à r/100; il se forme : un précipité ;

PUR Ten

be On ajoute encore 5 centimètres cubes de HCI ; le précipité se redissout ;

6° On porte à l’ébullition au bain-marie pendant un quart d'heure; le mélange devient noir ;

9° On refroidit le mélange sous un courant d’eau : 8° On ajoute 10 centimètres cubes d’éther sulfurique et l’on agite en obturant le tube.

Si le liquide contient de l’acide glycuronique, l’éther prend une coloration violette. S'il n’en contient pas, il devient jaune. Mais entre le violet et le jaune nous pouvonsobtenir des teintes intermédiaires fort nombreuses et nuancées, que nous avons réduites à dix et qui sont les suivantes : ;

Violet foncé ou violet numéro 1

Violet clair ou violet numéro 2

Violet très clair ou violet numéro 3

Lie de vin Rose pourpre ou rose numéro 1 * Rose clair ou rose numéro 2

Rose pâle ou rose numéro 3

Acajou foncé ou acajou numéro 1

Acajou clair ou acajou numéro 2

Jaune. |

Cet essai de gamme, nous semble-t-il, peut suffire à classer les différents degrés de cette réaction. Pour la facilité de l'interprétation des faits, nous avons divisé cette gamme en trois groupes : :

12" Groupe ou groupe violet contenant les premières quaire couleurs ;

2° Groupe ou groupe rose, les trois suivantes ;

3e Groupe ou groupe jaune, les trois dernières.

Un foie normal donnera une réaction violet

Se jou

numéro I ; les différents degrés d'insuffisance hépatique correspondront aux différentes colorations : violet, lie de vin, rose, acajou ; un foie dont l’action toxicolytique est nulle, fournira une coloration jaune clair.

Nous ferons remarquer immédiatement qu'en général, plus la réaction est claire et plus le pronostic est sombre.

II. — La méthode de Roger ou méthode à plomb : 1° On prend 10 centimètres cubes d'urine ; 2° On y ajoute II gouttes d’ammoniaque et 3° Quatre centimètres cubes d’extrait de Saturne ; on obtient un précipité blanc ; 4° On centrifuge, on jette le liquide et 5° On lave le précipité une ou deux fois à l’eau distillée avec 1 0/0 d’ammoniaque ;

6° On fcentrifuge, on jette le liquide surnage le précipité ;

7° On dissout le précipité avec 6 centimètres cubes d'HCI ;

8 On met dans un tube à essai 5 centimètres cubes d’eau distillée, le précipité lavé à l’'HCI, un demi centimètre cube. de naphto résorcine, on porte à l’ébullition au bain-marie pendant un quart d'heure ; ensuite, dans le liquide noir refroidi on verse 10 centimètres cubes d’éther sulfurique, on agite, et l’éther prend ici les mêmes couleurs que dans la méthode du mercure.

Les différentes teintes violet, lie de vin, rose pourpre, etc., sont dues à l’acide glycuronique ou à des corps voisins ; mais ce qui est certain c’est que

ces différentes teintes dénotent des degrés d'insuffi-

sance hépatique.

D'après les recherches de ab. on trouve tou-

jours dans les urines de l’homme normal des conju-

gués glycuroniques. La quantité, appréciée par la

réaction, varie avec le régime: elle augmenie avec

le régime carné, diminue avec le régime végétarien,

lacté ou l'inanition ; avec - jeûne prolongé, la réac-

on. est négative.

Mais pour distinguer une aglycuronurie physiologique due au régime,. d’une aglycuronurie pathologique, nous avons recours à l'épreuve du camphre.

Où fait ingérer au malade o gr. 50 à 1 gramme de cambphre et dans le cas d’une aglycuronurie physiologique nous retrouvons une réaction positive ; elle est négative dansile cas d’aglycuronurie pathologique. Le camphre bloque la fonction aldéhydique

du glycose, qu’il empêche de s'oxyder, et reste uni

à l’acide glycuronique, donnant dans les urines l'acide camphro-glycuronique. L'acide glycuronique provient du glycose et prend naissance dans le foie. L'expérience de Paul Mayer démontre que cetie opinion est exacte. Il soumet des lapins à un jeûne prolongé ; au bout de douze jours environ, le glycogène ayant disparu ou diminué, on leur fait ingérer du camphre et l’on trouve dans l'urine une quantité minime d'acide glycuronique. Mais si on leur administre du glycose en même temps que du camphre, on décèle dans l'urine la présence d’une quantité normaie d’acide glycuronique. Cela prouve que c’est bien aux dépens du sucre que Pacide glycuronique se forme. | Fainsilber

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