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LES MÊMES, LE MARQUIS DE MAUVIEUSE, BLAISE VERDET

MICHEL, annonçant.

Monsieurle marquis de Mauvieuse^ monsieur Biaise Verdet.

LE MARQUIS et VERDET, s'inclinant.

Madame... mademoiselle...

VERDET, allant à Rhodel et lui serrant la main.

Bonjour, maestro I

M"' BOUCHER, s'empressant auprès du marquis.

Marquis, prenez donc ce fauteuil...

LE MARQUIS, un peu gaga.

Le fauteuil... Oui, il est très bien,

positivement bien. (Il s'assied et croise les mains sur le pommeau de sa canne.)

M™= BOUCHER, à Verdet.

Eh bien, lé feréz-vous ce portrait de ma nièce pour votre exposition?

VERDET

Une impression, madame... Je vous ai dit que je ferai de mademoiselle une impression... Vieux jeu, le portrait... Faut révolutionnerl'art..

Une impression , tant que vous youdrez, mais jamais un portrait, j'ai des idées très arrêtées là-dessus...

Demandez au marquis.

LE MARQUIS, qui a écouté sans intérêt, change de position.

Certainement . . . certainement . . .

avez raison... Impression... Il n'y a

que ça... (Il se met à sucer sa canne. ^ MICHEL, annonçant.

Monsieur le comte de Béraud, monsieur le duc de Trésel.

M"' BOUCHER, vite, se portant au-devant des nouveaux venus. Au duc, dans une profonde révérence.

Mille grâces, monsieur le tue, de

fouloir pien accepter notre modeste hospitalité.

TRÉSEL. Il s'incline légèrement puis s'avance vers Thérèse, s'arrête devant elle et la salue correctement.

Mademoiselle...

Pendant ce temps, M"" Boucher serre les mains de Béraud d'une manière qui le remercie d'avoir amené le duc.

THÉRÈSE, souriante.

Je joins mes remerciements à ceux de ma tante, monsieur, et je vous souhaite une cordiale bienvenue.

(Remarquant Rhodel qui se tient à son côté; comme le duc et lui se regardent fixement:) C'est ici,

monsieur, entre amis et sans cérémonies. Permettez-moi de vous présenter un de mes bons camarades, M. Jacques Rhodel, dont les œuvres, à défaut de la personne, doivent vous être connues.

Trésel et Rhodel se saluent très froidement. Le duc, aussitôt, tourne sur ses talons et se dirige vers Béraud. On voit que Rhodel voudrait prendre congé et que Thérèse le retient, comme si elle se sentait, contre le duc, un besoin de protection affectueuse.

VERDET, doucement, au marquis.

C'est une gaffe, hein!... Au fait, vous devez être bien renseigné, vous qui êtes de ce temps? Ce garçon est un aimable souvenir d'une liaison de plusieurs années qu'eut avec madame Rhodel, alors à l'Opéra, le vieux duc de Trésel?

LE MARQUIS, clignant de l'œil, discrètement, et pour indiquer qu'on pourrait entendre.

Oui.

VERDET, très à mi-voix.

. Pendant que la duchesse, n'est-ce pas, rôdait dans les écuries?

LE MARQUIS

C'est la légende. — Le vrai Trésel, c'est lui. Il a l'air comme il faut, d'ailleurs ; on ne dirait pas un artiste.

VERDET, froissé.

Dites donc, marquis...

LE MARQUIS, ahuri.

Pardon, cher... pardon... me croyais au club.

Des groupes se forment dans le salon. M"*= Boucher, un peu à l'écart, surveille le thé, préparé au samovar, et Michel apporte les lampes,

TRÉSEL, revenant vers Thérèse.

Alors, mademoiselle, vous voulez conquérir Paris?

THÉRÈSE, enjouée.

Pourquoi pas, monsieur? Serais-je la première ?

TRÉSEL, railleur:

Rien qu'avec votre talent?... Aussi avec votre beauté.

THÉRÈSE

Comment? x\vec ma beauté?

TRÉSEL, toujours impertinent.

Paris vous dira la manière de s'en servir. Il est aux victorieuses, mais les victorieuses sont à lui... Soulevant de justes adulations^ des enthousiasmes, déjà vous êtes connue. Votre nom circule.

VERDET, bas au marquis.

En attendant que ce soit elle.

TRÉSEL, continuant.

Vous triompherez, j'en suis sûr, au théâtre.

THÉRÈSE

Ah I le théâtre, les applaudissements, la vie émotionnée qu'il procure!...

TRÉSEL

Vous aimez aussi le luxe?

THERESE, simplement.

C'est une forme de l'art.

TRÉSEL

Sortez-vous beaucoup, mademoiselle?

THÉRÈSE

Très peu. D'ici au théâtre, du théâtre ici, voilà mes seules promenades. Pourtant, le dimanche, mes

grandes joies sont d'aller, avec ma tante, dans les concerts... car j'adore la musique.

M"* BOUCHER, qui s'est rapprochée et qu'on sent avoir besoin de parler et de placer une anecdote,

Ohl le goncerti Figurez-vous, monsieur le tue...

THÉRÈSE, voulant empêcher sa tante de dire une sottise, poursuit avec vivacité.

Et puis c'est amusant tous ces musiciens... On dirait des ouvriers tisserands, avec le va et vient des bras qui trament une musique, une étoffe invisible et harmonieuse...

M"" BOUCHER, qui ne renonce pas à son histoire.

Oui, figurez-vous, monsieur le tue, Thérèse y a obtenu, l'autre chour, un succès... mais un succès!... Elle est si cholie, n'est-ce pas I... Des messieurs très pien, la recartaient tout le temps avec leurs lorgnettes pour la rapprocher et s'imaginer qu'ils l'avaient tans leurs bras...

TRESEL

Je parlais justement, à mademoiselle, de ses succès présents et futurs, madame.

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