M»« BOUCHER
Ohl Elle arrivera, monsieur le tue... Et pour les capacités, ce ne sontpasles capacités qui lui manquent.
TRÉSEL, bas, à Béraud.
C'est la contenance...
M"" BOUCHER, continuant.
Ce ne sont pas les pons conseils non plus. Tous les jours, je ne cesse de lui dire : « Thérèse, ma fille, il est temps de se téprouiller... Tu as des appuis, c'est très pien. Mais cela ne suffit pas... Le pon Dieu, n'est-ce pas, monsieur le tue, ne prend intérêt qu'à ceux qui savent le comprendre et utiliser les dons qu'il leur a protigués. Ah 1 on peut tire que cette enfant là aura tonné de l'inquiétude à mes vieux chours. Si j'étais riche, encore!
Mais j e j oins tout juste les teux pouts et je fais, pour elle, des frais... des frais !.. Tenez, hier encore, je lui ai acheté des chemises, tes pelles chemises avec de la tentelle... Thérèse , va les chercher tes chemises, et monsieur le tue, qui s'y connaît, te
dira si elles sont pelles! (Mouvement embarrassé de Thérèse. Le duc comprend sa situation et laisse passer, comme ne les ayant pas entendues, les dernières paroles de M""» Boucher.) Enfin, leS
sacrifices ne sont rien, n'est-ce pas, quand les enfants ne sont pas incrats.
Et Thérèse, foyez-fous, est une ponne fille. N'ayant pas de fortune, le théâtre est la seule chose qu'elle puisse entreprendre. Mais, franchement, ça me crève le cœur, allez, de la voir travailler. Elle, si cholie, si gracieuse 1 Ahl si j'étais riche encore, je lui ferais une pelle tôt et je la marierais avec un monsieur très pien, avec un noble... Mais, voilà, nous n'avons plus beaucoup d'archent et nous faisons ce que nous pouvons.
Mon pauvre mari a été pien fou, de son vivant. Il chouait à la Bourse, monsieur le tue. Ft la Pourse, voyezvous^ c'est un puits. On met des louis, des piWets de banque sur la margelle ; un coup de vent, et tout tombe à l'eau, dans le trou. (Regardant autour d'eUe.) Ça n'est pas bien beau, ici. Mais, autrefois, mon père afait une cholie maison et il recevait peaucoup de monte. Un chour, le roi de Bavière est fenu. C'était un petit homme et il était en retincotte. Ça m'a fait un trôle d'effet. J'étais toute betite et je me figurais un roi comme un chéant, avec un crand manteau, un î,4obe dans la main, une couronne sur la tête... Le duc de Nassau, aussi, était de nos amis, et celui-là je l'ai
peaucoup connu. (Mouvement de Trésel ennuyé de ce bavardage. M'"' Boucher croyant voir du dédain
dans l'attitude du duc.) Oh ! afant qu'il fût dépossédé... Quand il était encore tue.
La vie est pien triste... pien triste I
(Elle va vers le samovar.)
BÉRAUD, qui s'est approché de Thérèse.
Mademoiselle, on m'a conté une histoire qui vous concerne.
Et cette histoire ?
BÉRAUD
Prétend qu'un jour, au commencement de votre arrivée à Paris, vous avez tenté de vous jeter dans la cage d'un escalier.
THÉRÈSE
On ne vous a pas menti. Dans une heure d'ennui, de désespoir, de nerfs... je ne sais plus bien... j'avais
résolu de me tuer.
TRÉSEL
Mais pourquoi choisir un escalier?
THÉRÈSE
Se noyer, se jeter par la fenêtre, c'est la rue. Les badauds viennent regarder votre cadavre inondé ou broyé.
TRESEL
Vous avez bien fait de prendre la rampe.
LE MARQUIS
Vrai, mademoiselle, vous avez eu une telle pensée? C'eût été mal de nous priver de vous... Est-ce qu'une jolie femme doit jamais se tuer?
(H se rapproche d'elle.) VoUS êteS adorable, n'est-ce pas, Trésel ? (Il met son monocle.)
Vos mains sont d'une finesse... d'une blancheur... Et jesuissûr que Verdet,
en artiste, vous dirait... (Il prend la main de Thérèse.) Oui, C'est blanC...(la détaillant)
partout...
RHODEL, sèchement.
On dirait que vous jouez aux dominos.
Thérèse, confuse sous le compliment du marquis, se rapproche de Rhodel, heureuse d'entendre sa voix.