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SCENE PREMIERE

MICHEL, donnant la dernière main aux préparatifs.

Ça va bien... Ça va bien... (ii le fredonne.) Me voilà depuis tantôt quatre mois le valet de chambre du duc de Trésel. Ce n'a pas été sans peine, (ii

se regarde avec complaisance.) Mes mollets ne sont pas très gras; en revanche,

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ma cervelle Israélite me fait cueillir volontiers les idées qui courent et les louis qui traînent... Oli I je ne vole pas; c'est bon pour les imbéciles.

Pourquoi volerais-je?... Je gratte, et quand j'aurai gratté, je ferai des affaires comme M. Savinel... Quoi d'impossible à cela? Qui peut savoir d'où sort ce banquier qui chipe un million comme je gagne un cigare?...

On dit que le duc va épouser sa fille. Un peu à sec, le petit, (ii allume les flambeaux.) C'cst uue pauvre bougie brûlée presque jusqu'au bout; il ne lui reste plus que sa couronne, comme à la bougie sa bobèche... Qui aurait pu croire? Il a simplement, en face, loué à sa maîtresse un petit hôtel de deux mille francs. Et elle lui obéit; comme une chevrette, le suivant où il lui plaît, dans les endroits de fête, avec sa bande de gommeux et de cocottes; et dans les cabarets de nuit, aux courses, au. spectacle, au cirque, partout chacun admire comme elle

est bien apprivoisée, la comédienne

sauvage. . . (Se regardant encore de la tête aux

pieds.) On change à Paris... Je l'aime bien, après tout, Thérèse Raïa; c'est un tort, je le sais; mais c'est le sort des pauvres hommes de s'attacher ainsi à des choses qui ne rapportent rien... Comme je crains que le duc ne soit prêt à l'abandonner, je veille...

Un duc, joli pour un début. Mais M. Savinel la convoite; il m'a chargé de ses intérêts amoureux. (Expliquant.) Le banquier donnerait sa fille avec quelques millions à monsieur, dont il prendrait la maîtresse. — Ohl prévenance paternelle! (ii va voir sur le

perron si personne ne vient. j LcS iuvltés de

monsieur ne vont pas tarder à arriver... Ilya un grain dans l'air, je le sens, depuis deux semaines. Enfin, je suis là pour la protéger. . . en dessous... pour qu'elle soit heureuse, riche,

triomphante. (Avec une satisfaction de ses bons

sentiments). Mon bonhcur, à moi, ne sera pas complet sans le sien, (ii s'assied

sur une chaise à califourchon.) Si J6 n'âVaiS

point pour elle cette affection stupide, à quoi ne parviendrais-je pas?... Le duc est harcelé par ses créanciers et on ne sait pas ce qu'il y a à glaner chez un gommeux de grand nom couvert de dettes... C'est moi qui chicane avec les fournisseurs. Pourquoi ne nous entendrions-nous pas, quand ils sont intelligents ? Le premier sac amassé, je bricolerai à l'hôtel des Ventes, je jouerai à la Bourse... Dans dix ans, j'achèterai un journal. J'en serai rédacteur en chef, pour aller dans le monde... Il y a des exemples.

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