TRÈS EL
Vous êtes seul? J'aurais supposé que vousviendriez avec Esther... pour enterrer...
SAVINEL
Votre vie de garçon?
TRÉSEL
Oui... Je vais donner à Thérèse son congé, ce soir. Ma résolution est bien arrêtée. Comment l'exécuteraisje?... Le hasard m'aidera. Elle aurait dû comprendre qu'elle m'ennuie, qu'elle m'agace, que je ne puis pas vivre plus longtemps de la sorte. Elle a les yeux fermés pour ne pas voir que je l'ai assez affichée et qu'elle
doit se tirer d'affaire... car, vous avouerez, on ne peut pas être mieux lancée...
SAVINEL
Compliments, cher ami... Quant à moi, Esther Chatam ne me trompe plus; elle est libre. Je lui ai appris gentiment que c'était fini. Il y a eu un peu d'émotion. Mais je lui ai offert un joli carnet en souvenir de moi, et, très tard, ce matin (après nous être assez prouvé que nous ne nous en voulions pas), nous nous sommes serrés la main.
TRÉSEL
Vous n'êtes pas un homme aimé des femmes.
SAVINEL
Si je me compare à vous...
TRÉSEL
Ah! je ne m'en vante pas!
Comment me débarrasser de cette petite? J'ai assez des roucoulements et des idylles. Elle m'a adoré quatre
mois complets; j'avoue quejenepeux pas plus... Au reste, j'ai l'intention, vous seul le savez encore, de faire une fm, mon cher Savinel. Nous nous en sommes vaguement entretenus déjà.
J'estime qu'un galant homme doit, avant de commencer une nouvelle vie, liquider le passé.
SAVINEL
Je serai le banquier chargé de la liquidation, n'est-ce pas, mon gendre ?
TRÉSEL
Vous êtes pressé... Certes, il n'est pas commode, le sacrifice que je vous fais. Thérèse est pétrie d'une autre chair que toutes les petites belles.
Tant pis ! Elle se pliera à ce caprice comme elle s'est pliée aux précédents... Elle comprendra qu'une fille de théâtre ne meurt pas d'amour, mais qu'elle en peut vivre.
SAVINEL, ironiquement.
C'est infect !
IIIÉSEL, qui n'a pas saisi.
Parbleu, oui! c'est infect de me cramponner comme si j'étais sa ressource suprême...