‹ La gorgone; comédie en un acte, en versChapitre 3 sur 8 · FABIO · texte numérisé non relu

FABIO

Gemma?

Marietta.

C'est cela.

Fabio.

Vous rêvez !

Je rêve? Pourquoi, Maître?

Fabio, observant Marietta.

Allons ! Je vous écoute.

Expliquez-moi Gemma dans cette œuvre.

Marietta, à part.

Il se doute !

(Haut, avec assurance.)

Oui; c'est elle! jamais on n'a mieux réussi.

Voilà bien son nez d'aigle et son front rétréci

Où se grave en sillons son quinteux caractère ;

Voilà son œil souvent enflammé de colère.

Et sa lèvre pincée où trône le dédain.

Oh! c'est elle, cher Maître'. Oh! jamais votre main

N'a si bien dans l'argile incrusté la pensée. Votre œuvre, par nulle autre, ici n'est surpassée.

FABIO, avec ironie.

Et de ces beaux serpents que dites-vous?

MARIETTA

Je dis Qu'ils sont bien à leur place.

Fabio.

Ah! vraiment! Vos avis Sont d'un esprit! d'un goût! . . . Allons, vous êtes folle!

Cher Maître !

Envers autrui vous avez la parole Dure.

MARIETTA

Maître!

Fabio,

Apprenez que ce buste idéal Est une Gorgone.

MARIETTA

Ah !

Fabio.

Quoiqu'il ne soit pas mal.

Il n'est pas de moi.

Marietta.

Non ? Mais qui donc a pu faire Ce chef dœuvre?

Fabio.

Un élève . . . un ami . . . presque un frère.

Marietta, à pan.

Bon:

{Haut.)

De Florence?

Fabio.

Non.

C'est un rival en an :

Prenez garde ! ... et peut-être en amour.

Fabio.

Par hasard, Seriez-vous jalouse !

Marietta.

Oh! moi? De qui?

Fabio.

Mais de celle Dont la beauté pour vous dans ce buste étincelle, De Gemma ... la Gorgone !

MARIETTA

Oh ! moi. Maître, d'abord Vous ne m'aimez point; puis, vous aimez moins encor Celle-là.

Fabio.

Vous croye7?

Marietta.

Quelle est votre espérance?

Dans huit jours, c'est le bruit qui court dans tout Florence, Gemma donne sa main de veuve et ses trésors Au riche Carlotti.

Fabio, vivement.

Ce sont de faux rapports.

Des bruits absurdes !

Ah!

Fabio.

Cest une indigne histoire !

Marietta.

Vous en êtes bien sûr?

Voyons ; pouvez-vous croire Un instant qu'elle, jeune et riche, elle, une fleur De grâce et de beauté', puisse donner son cœur A ce grossier marchand ?

MARIETTA

Permettez, mon cher Maître, Je n*ai pas dit son cœur, j'ai dit sa main . . .

Fabio.

Un être

Sans vertu, sans esprit

Superbe Lung Arno.

MAftlETTA.

Il possède un palais

Fabio.

, Mais l'homme est des plus laids.

Marietta.

Avec un masque dor, la laideur est jolie.

Celte union serait un acte de folie !

Marietta.

Que vons importe ?

Fabio.

Vous la détestez donc bien !"

Marietta.

L aimeriez-vous vraiment ? . . . Vous ne répondez rien ? (On frappe.)

Fabio, à part.

Quelqu'un ? C'est elle même.

[Marietta s'est précipitée vers la porte et ouvre Gemma apparaît.^

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