‹ La gorgone; comédie en un acte, en versChapitre 4 sur 8 · FABIO, GEMMA · texte numérisé non relu

FABIO, GEMMA

Gemma, jetant des regards à Marietta qui s'est retirée lentement sur un nouveau signe de Fabto.

Fabio, cette femme Vient chez vous souvent.

Fabio.

C'est mon modèle.

Gemma.

En effet.

Vous me l'aviez déjà dit. C'est bien. Elle n'est Pas trop mal ; un peu frêle. Et pour quelle œuvre grande Pose-t-elle ?

Fabio.

C'est pour . . . Me'dée.

Gemma.

Une commande ?

Fabio.

Non.

Gemma.

Eh bien, nous verrons. Si votre habile main Réussit à pétrir de ce type incertain,

El surtout peu royal, la grande enchanteresse. J'achèterai ce tour de force.

{Apercevant tout-à-coup la Gorgone.

Maître, qu'est-ce Que cela ? C'est étrange et c'est très-beau. Je nai Jamais, je crois, ici, vu ce buste.

Fabio.

Non.

Gemma.

'Vrai !

Elle a bien du cachet cette tête à couleuvres ! Hé ! c'est tout simplement la perle de vos œuvres. Maître Fabio. Là ! je l'ai dit. Vous savez, Je prononce souvent des arrêts motivés Sur mon impression première. Elle est très-bonne Parfois.

Fabio, galamment.

Madame !

Gemma.

Aussi, je ne laisse à personne, Et dans quoi que ce soit, le soin de me tracer Comment je puis agir, comment je dois penser ; Je suis majeure et libre et je ne suis pas folle.

Fabio.

Oh ! Madame, qui vous fait croire . . .

Gemma.

Une parole Que j'entendis tantôt au Pont- Vieux. L'on disait : Lasse de son veuvage, elle a fait le projet Dépouser Carlotti.

C'est un bruit ridicule.

N'est-ce pas ? Et qui rend tout le monde incrédule. Cette union serait la folie . . .

GE.MMA.

Et pourquoi ?

Fabio.

Vous me le demandez, à moi. Madame, à moi ?

Ge.mma.

Mais sans doute. Pourquoi donc prêterais-je à rire. Pour cette union-là? Si j'y daigne souscrire !

Fabio.

Cependant ... le futur . . .

Gemma.

Est-ce que Carlolti N'est pas, à tous égards, un superbe parti ?

Fabio.

Vous trouvez? Mais . . . alors . . .

Gemma.

Alors pourquoi me plaindre.

Des caquets, n'est-ce pas ? Eh bien, pour ne rien feindre, Je vous dis carre'ment que les gens sont fort sots De m'arranger ainsi ma vie en quatre mots. Ah ! Ton sait que je suis lasse de mon veuvage ! Ah ! déjà l'on m'endosse un nouveau mariage ! C'est d'une impertinence ! Où donc ai-je annoncé Que mon cœur n'est plus libre et qu'il s'est prononcé ? Eh ! le sais-je moi même? Et faut il que je dise Qu'en cela, comme en tout, j'en veux faire à ma guise ?

Oh ! vous avez raison.

Gemma.

Oui, pour me marier.

S'il m'en revient l'envie, oh ! je veux essayer D un moyen bien à moi, de quelque stratagème. Peut-être, pour trouver un époux par moi-même. Car j'en ai fait serment : cette fois, il me faut Un époux merveilleux, sans vice et sans défaut. Qui m'aime pour moi, non pour mes biens, qui me laisse Mes goûts, ma fantaisie et ... la clef de la caisse.

Fabio, avec intention.

Ce n'est pas exiger trop, Madame, et vos vœux Sans peine et promptement seront remplis.

GE.MMA, continuant .

.leveux

Qu'il soit parfait pour moi : sur ce seul point j'insiste. Après cela, qu'il soit bourgeois, ou même artiste . . .

FABIO, vivement.

Même artiste, Madame i

Gemma.

Et pourquoi non ?

Fabio.

Sculpteur

Peintre, n'importe.

Fabio.

Alors, moi-même ... à ce bonheur Je pourrais aspirer . . , aussi ?

Gemma, avec coquetterie.

Plus que tout autre.

Fabio.

Oh ! Madame î

GE.MM.\, de même.

Je sais quel ge'nie est le vôtre.

il me faudrait encor savoir . . .

Fabio, avec empressement .

Savoir ?

Gemma.

Savoir . . .

Si je vous plais, mon cher.

FABIO, avec empressement .

Pour moi, je crois pouvoir Vous assurer . . .

Gemma.

Holà ! . . . Fabio, mon cher Maître, Vous aussi, vous voulez donc me surprendre en traître?

Fabio.

Oh! Madame.

Il suffit. Je n'en suis pas encor A me donner le soin de chercher ce trésor ; Je ne suis pas pressée. Et . . . parlons d'autre chose. Je suis venue ici pour ma deuxième pose. Mais où donc est mon buste hier par vous ébauché i Je veux le voir.

Fabio, avec embarras.

Madame . . .

Gemma.

Où lavez-vous caché?

Là, sur ce chevalet, aii lieu de ma personne. Se pavane aujourd'hui cette affreuse Gorgone ; Où donc est-il ?

Kahio.

11 est . . .

(A part.)

Diable :

(Haut.)

Je lai détruit; J'en étais mécontent . . .

Gemma.

Ah!

Fabio.

J'avais mal traduit Votre esprit, votre grâce . . .

Assez I

Fabio.

Une autre ébauche Est là qui vous attend, et je serai moins gauche. Si vous daigniez poser ?

Gemma, s apprêtant à sortir .

Pas maintenant, tantôt.

Je vais chez Carlotti tout de suite. Il me faut Savoir si c'est lui même ou les sots de Florence Qui me font le jouet de leur impertinence.

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