‹ La gourmandiseChapitre 9 sur 11 · ONT FA13I · texte numérisé non relu

ONT FA13I

— Le docteur a raison! crièrent les convives, l'idée est excellente, tout grand établissement produirait chaque jour une belle recette.

— Et les petits établissements aussi, reprit le docteur. Ah! croyez-moi, mes amis, celui qui fait un modeste repas ressent, autant que l'opulent gastronome, cette sorte de compassion rétrospective qui naît d'un besoin ou d'un plaisir satisfait, lorsque l'on songe à ceux qui sont privés de la satisfaction de ce plaisir ou de ce besoin. Or

* Nous ne savons si l'idée de l'auteur a quelque chance d'être adoptée, mais elle nous parait excellente et d'une pratique on ne peut plus facile. Ce ne serait pas d'ailleurs la première fois, tant s'en faut, que la vie réelle devrait d'heureuses innovations à ses romans, si pleins de philosophie, oii la fiction semble ne se montrer si attrayante que pour èlra d'autant plus utile.

LA GOURMANDISE. iS3

donc je me résume : Si tous les propriétaires de restaurants et de cafés suivaient mon conseil, ils s'entendraient avec les membres des bureaux de bienfaisance et exposeraient, en un lieu apparent, leurs troncs avec ces mots ou tels autres : pour ceux qui ont faimî J'en suis convaincu, soit charité, soit orgueil, soit respect humain, vous verriez pleuvoir dans ces troncs d'abondantes aumônes. Et puis, enfin, l'homme le plus égoïste, qui a dépensé un louis ou plus à son dîner, éprouve, malgré lui, un ressentiment pénible et une sorte de déboire amer à l'aspect de ceux qui souffrent. Une généreuse aumône l'absoudrait à ses propres yeux; et au point de vue hygiénique, cher chanoine, ce petit acte de charité lui rendrait vraiment la digestion délicieuse.

— Docteur, je m'avoue vaincu, s'écria l'abbé Ledoux; je bois, sinon aux Sept péchés capitaux en général, du moins, en particulier, à la Gourmandiseî

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