LÀ fiOUm B*BAU
— Assez ! s'écria Fayol en se levant pâle de fureur ; choisis tes témoins.
Choppart essaya de s'entremettre, ainsi que les sous-officiers présents; mais tout fut inutile : Henri voulait punir l'atteinte portée à la réputation de Suzanne ; sa pr<Aité et son amour y étaient également intéressés ; quant à Fayol, on avait touché à l'un de ces souvenirs qui se cachent comme lescicatrices d'une blessure honieuse , et, à tout prix , il voulait se venger.
Tous deux quittèrent le café, et gagnèrent, à l'extrémité du faubourg, une carrière abandonnée , où se vidaient habituellement les querelles. Les témoins qui les avaient accompagnés, voyant le duel inévitable, s'occupèrent d'en régler les conditions. Pendant ce temps, Henri et Fayol avaient quitté leurs habits , et s'étaient placés vis-à-vis l'un de l'autre.
La colère du premier s'était apaisée , et avait fait place i une résolution confiante.
Il se présentait à son adversaire sans trou-
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ble , et comme pour Taccomplissement d'un acte de justice : on eût dit un de ces combattants des jugements de Dieu qui entraient dans la lice avec l'assurance d'une bonne cause. Fayol n'était ni moins hardi ni moins assuré; mais, agité d'une impatience haineuse, il creusait le sol du bout de son sabre en attendant le signal : une expression cruelle plissait ses lèvres, et son* œil, qui mesurait Henri , semblait choisir la j^ace où le frapper.
Enfin , au signal donné par les témoins , tous deux s'avancèrent l'un sur l'autre « et les fers se croisèrent.
Fayol, plus fort et plus adroit que Henri, ne tarda pas à prendre l'avantage. Trois fois son sabre effleura la poitrine du fourrier, qui , obligé de rompre , parait à la hâte et presque au hasard ; aussi , au bout de quelques minutes , l'issue du combat ne fut-elle douteuse pour aucun des spectateurs. Le sergent tenait Raynal sous son fer comme une
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victime dont on priolonge Tagonie pour montrer son adresse ; il semblait jouer avec sa résistance , et un sourire dédaigneux errait sur ses lèvres , tandis que ses coups , à chaque instant plus pressés, étourdissaient Henri, et ramenaient insensiblement à l'impossibilité de se défendre. Déjà le fourrier ne parait plus que faiblement , les témoins s'étaient rapprochés par un mouvement instinctif et semblaient attendre le moment de le voir tomber ; Fayol levait le bras pour achever une victoire qui ne pouvait plus lui être contestée, lorsque le sabre incertain du fourrier glissa le long du sien ; il jeta un cri , et sa main laissa échapper l^arme qu'elle tenait.
— Touché? demanda Ghoppart surpris.
Le sergent répondit par un blasphème.
Les témoins s'empressèrent autour de lui pour le soutenir , mais la honte et la rage^ l'empêchaient de sentir sa blessure. Les écartant tous , il voulut ramasser son arme... sotk bras mutilé ne put la soutenir. Un nuage
passa sur ses yeux , ses jambes fléchirent , et il fut forcé de s'asseoir sur Therbe.
Henri , dont tout le ressentiment était tombé à la vue du sang , s'approcha.
— Ah ! pourquoi nous avez-vous conduits à cette extrémité , Fayol ? dit-il d'un ton de regret et de doux reproche.
Le sergent détourna la tête avec une sourde malédiction.
— Au diable les explications ! interrompit Ghoppart. Le vin tiré a été bu , il n'en faut plus parler. Entre camarades on se donne un coup de sabre , et on ne s'en aime que mieux; les petits présents, comme on dit , entretiennent l'amitié : oubliez le passé , et sans rancune !
— Je n'en conserve point , reprit Raynal en tendant la main au sergent.
Mais celui-ci recula , fît un effort pour se lever, et lançant à Henri un regard impla- ' cable , il s'appuya spr le bras de l'Angevin et partit.
Pendant que le père Braillé et sa nièce devenaient ainsi, malgré eux, les acteurs d'un drame lugubre, la comédie commencée entre Rivel, sa fille et l'ancien chouan , marchait à son dénoûment.
Consulté par le mattre sabotier, M. flianarch l'avait vivement engagé à arranger le mariage d'Ursule et de Ghoppart , afin d'éviter tout scandale ; il avait même proposé de $*en-
276 tk GOUTTE d'eau.
tremettre à cet effet ; mais Rivel , qui se rappelait la menace faite par Ursale, refusa.
Il ne doutait point qu'une fois mariée, elle ne réclamât ce q^ii lui appartenait du chef de sa mère, et il ne pouvait se faire à l'idée d'abandonner à sa fille une partie de la fortune qu'il avait laborieusement amassée. Il tenait à celle-ci comme tous les avares, non pour l'usage, mais pour le bonheur de la possession ; c'était l'unique passion qui le réchauffât. £n le dépouillant , on ne touchait point seulement à son aisance , on lui arrachait quelque chose de lui-même, on ôtait pour ainsi dire à sa vie l'intérêt et le soleil : aussi résolut-il d'éviter cette spoliation à tout prix.
Il se rendit d'abord chez le garde-chasse, afin de sonder ses intentions.
Choppart, accoutumé à louvoyer selon son caprice â travers le défendu ou le permis, et qui, pour l'amour comme pour tout le reste, avait toujours trouvé un singulier plaisir à enjamber les lois, devait se trouver nécessai-
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rement peu disposé du mariage. Il répondit donc au marchand par des fins de non-rece* voir assez maladroitement formulées, mais qui ne laissaient aucun doute sur sa résolution. Sûr ainsi de la résistance de son adversaire, mattre Rivel reprit son rôle officiel de père, et somma le chouan d*épousersa fille :
celui-ci essaya de temporiser, mais le sabotier se montra inflexible. Il reprocha à Ghoppart.s^ conduite, l'avertit qtfil épouserait Ursule sans dot , et le menaça , s'il refusait , de dénoncer publiquement sa séduction.
Cétait intéresser à la fois au refus l'égoïsme et la vanité dq garde<;hasse. Il répondit, avec un jurement énergique, à maître Rivel que sa fille ne se nommerait jamais madame Ghoppart , et comme le marchand insistait avec force rodomontades, il le mit à la porté par les épaules. Le sabotier n*en voulait point davantage. U avait satisfait au respect humain en faisant une démarche près du chouan ; repoussé, il pouvait s'envelopper dans sa di-
gnité blessée, et se relaser désormais à toute nooTelle tentative.
n rentra chez loi avec Tair superbe de Louis XIV insulté par Lauzun , déclara que Choppart avait tout rejeté, et défendit de jamais prononcer son nom devant lui.
Le curé, qui n'avait aucun intérêt à soupçonner la ruse du cousin, se contenta de partager son indignation; mais. les médiants ont un flair pour le mal : Ursule sentit la honteuse joie de son père à travers sa colère étudiée, et devina ce qui s'était passé. Son amour pour Choppart n'était guère qu'une préférence, et, en ^e donnant à lui, elle avait bien moins cédé à la passion qu'à cette espèce de curiosité des sens, cause de chute pour tant de jeunes filles. Mais elle était lasse de la vie monotone qu'elle menait chez son père, et des froids plaisirs qu'elle y trouvait. Alléchée par les premiers pétillements de voluptés incomplètes, eUe eut voulu en boire à longs traits ; elle avait soif de mouvements
et d'émotions; elle rêvait un théâtre plus vaste 9 des habitudes plus libres, des intrigues mieux entrecoupées d'incertitude et d'espoir, et aboutissant à la plénitude d'orgueil que donne le succès. Ses relations avec Choppart n'étaient, pour ainsi dire, qu'un essai de cette vie nouvelle ; et, comme Achille tressaillant à la vue des armes, elle avait eu la révélation de «a nature.
Malheureusement elle ne pouvait entrer dans la vie indépendante et agitée qu'elle désirait que par le mariage. Tant qu'elle demeurait attachée à ce morne foyer comme une barque au port, elle n'avait à espérer ni un horizon nouveau, ni les enivrantes agita* tions de l'orage. Il fallait donc trouver un pilote aventureux qui ne craignit pas de l'exposer à la pleine mer : or tel était Choppart, mal à l'aise lui-même dans cette petite ville, et qui ne demandait qu'à en sortir. Quant à son caractère, elle s'en inquiétait peu. Ursule cherchait moins un mari qu'un complice, et
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comptait principalement sur les mauvaises passions du garde-chasse. C'était là, en effet, pour tous deux, le seul moyen de rapprochement, et le plus sûr pacte d'alliance ; ils devaient sympathiser par leurs vices.
La mercière ne paiia de rien à son père, dont eUe craignait les manœuvres; mais, après avoir pris les renseignements qui Ini étaient nécessaires et s'être entendue avec le curé, elle écrivit à Ghoppart de venir.
Celui-ci balança d'abord. U prévoyait le but de l'entrevue demandée , et s'attendait à la scène de reproches, de prières et de larmes usitée en pareil cas. C'était pour lui, séducteur d'habitude , un lieu commun pathétique dont il se gardait, comme de la centième représentation d'un drame que l'on sait par cœur. Cependant cette fois il fut curieux de voir si Ursule le prendrait sur le même ton ; car si la fille de maître Rivel avait deviné son énergie, lui-même soupçonnait en elle une nature plus ferme que celle de
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ses pareilles. On eût dit que ces cœurs de fer, en se rapprochant, s'étaient reconnus à la froideur et au tintement du métal.
Il se décida donc à se rendre chez Ursule à l'heure indiquée.
Celle-ci l'attendait à l'entrée du jardin. Elle l'introduisit sans rien dire, le conduisit à sa chambre , et ferma les deux portes à clef.
Choppart regarda faire avec une sorte d'étonnement.
— Veuillez vous asseoir, dit Ursule en lui montrant une chaise du doigt, nous avons à causer longuement.
— Et il s'agit de choses qui ne permettent point les interruptions, à ce qu'il parait, observa Choppart, qui Jeta un coup d'œil vers les portes refermées.
— Vous savez quelles sont ces choses, réprit Ursule froidement , car mon père vous a déjà parlé.
— C'est donc toujours la même histoire , ma brune?
28S LA GOUTTB B'fiAD.
— Toujours. M. Manarch , que nous avons consulté , a déclaré que notre mariage était indispensable.
— 8ans doute ! dit Choppart avec un geste bourru, les noces amènent les baptêmes, les baptêmes les enterrements, et c'est autant de grain à moudre pour la sacristie ; mais que je sois damné si je leur donne jamais de ma farine f J*ai en horreur le sacrement.
— C'est-à-dire que vous ne voulez point m'épouser, dit Ursule en attachant sur le garde-chasse des yeux hardis.
Choppart leva la tête, et se trompant sur le feu qui brillait dans ses regards, il sentit une velléité de rapprochement.
— Allons, ne te fâche pas, mon Égyptienne, dit-Il en cherchant à attirer la jeune fille sur ses genoux ; si je refuse de t'épouser, vois-tu, c'est pour t'aimer plus longtemps ! Une fois ma femme, tu ferais partie de mon mobilier, je m'accoutumerais à toi, 6t un beau jour je le mettrais au rebjut comme une vieille car-
ndssière ; c'est ma nature. J'ai toujours laissé mon jardin en friche pour vendanger pardessus le mur du voisin. Aussi point du conjungo. L'amour qu'on met à la chaîne devient plus hargneux qu'un chien de garde.
— Je ni'y attendais , dit Ursule tranquillement; mais prenez garde, Choppa/t, vous pourrez vous repentir de ce que vous faites.
— C'est mon affaire , répondit le chouan ; je me suis toujours défié des gens qui me vouliaient plus de bien que moi-même.
— Ajoutez que vous vous inquiétez peu de laisser ici des ennemis et une mauvaise réputation.
— Comment?
— Vous comptez sur la place que M. le colonel de Massol sollicite pour vous.
— Qui vous a dit?.... interrompit Choppart.
— Mais cette place , continua Ursule tranquillement , est également sollicitée par Févéque, etM. Manarch la destine à son neveu.
— Au remplaçant de Glaîrou? dit le gardechasse ; malheur à lai s*il Tobtient !
— Que ferez-vons?
— Je lui enverrai une chevrotine entre les deux épaules ! s'écria Ghoppart.
Ursule secoua la tête.
— Nous saurons le défendre contre vous, répliqua-t-elle.
— Nous, dit le chouan en regardant la jeune fille; le blondin est donc votre propriété?... Est-ce que par hasard il voudrait me remplacer partout?
— Ne suis-je pas libre? demanda Ursule.
— Ainsi c'est vrai ! s'écria Ghoppart , qui se sentit saisi d'une sorte de retour amoureux à la pensée qu'Ursule passait à un autre.
— Que vous importe? reprit la mercière avec une hésitation qui semblait confirmer les soupçons.
— Gomment, que m'importe ! s'écria Ghoppart en se levant , quand un drôle , qui est déjà cause de la mort d'un pauvre vieux, me-
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nace de m'enlever la maîtresse que j'ai et la place que j'allais avoir !
— Qui l'a voulu ? demanda Ursule. Compromise par vous, puis refusée, ne m'avezvous pas mise dans la nécessité d'accepter le premier mariage qui me sortirait de ma fausse position ? Peut-être aviez-vous pensé que je resterais à votre discrétion et que nul autre ne voudrait de moi maintenant ; mais il y a encore des gens qui tiennent à une place et à une dot»
— Quant à la dot, observa Ghoppart avec une grimace significative, il faudra attendre que le père Rivel ait usé ses dernières culottes ; car il m^a déclaré lui-même qu'il ne donnerait rien.
— En vérité ! dit Ursule, dont les soupçons étaient ainsi confirmés; eh bien? on lui fera changer d'avis.
— Par quel moyen ?
^ £n l'assignant à rendre compte de la moitié des biens de la communauté.
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— Au fait ! 8'écria Ghoppart en se frappant le front, vous avez la part de votre mère !
^ — Et pour ne pas la rendre , il voudrait empêcher mon mariage.
— Dieu me damne ! je crois que vous avez raison ; et quand je me rappelle maintenant tout ce qu'il m'a dit !... A l'en croire, sa succession ne valait pas celle d'un pauvre de l'hospice !
Ursule haussa les épaules.
— M. Guillaume a relevé l'état de ses biens sur les registres du percepteur, dit-elle.
— Ah ! fit Ghoppart devenu attentif.
— Le tout monte à dix mille écus.
— Dix mille écus !
— Dont la moitié m'appartient dès aujourd'hui, continua Ursule en tendant atf chouan l'extrait du rôle que lui avait remis le neveu du curé.
Ghoppart prit le papier et la main qui le présentait.
LA GOCTTE d'eAU. 287
— Je garde les deux, dit-il.
£t , comme Ursule voulait se dégager en jouant rétonnée :
— Allons, finaude, on t'a comprise, ajoutat-il gaiement : tu as mis la nappe et servi toute ta cuisine pour me faire venir Teau à la bouche ; je ne veux pas imiter ces enfants mal élevés qui boudent contre leur appétit. Si j'ai refusé ton père, c'est que ses injures et ses menaces m'ont fait perdre patience ; le vieux tartufe m'a pris au piège comme un loup de trois mois, mais je le lui revaudrai.
— Ainsi, observa Ursule, vos répugnances pour le mariage ont disparu?
— C'est-à-dire que je te les sacrifie , ma brune, dit Ghoppart en attirant la jeune fille dans ses bras.
— Et vous parlez sérieusement?
— Si sérieusement, que tu peux dire à ton cousin d'allumer ses cierges et d'ouvrir son missel; je suis prêt à recevoir le licou conjugal.
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— Alors^ venez, dit Ursule : M. Maûarch, que j'ai averti, vient de monter, et devant lui mon père n'osera point élever d'objections.
— Allons , répéta Choppart , je prendrai ma revanche cette fois !
La jeune fille ouvrit la porte, et, suivie du garde-chasse, elle monta à la chambre de maître Rivel.
Celui-ci racontait au curé l'inutilité de toutes ses tentatives près de Choppart, et commencçait même à s'attendrir, afin de mieux persuader son auditeur, lors(|ue Ursule et Choppart se montrèrent subitement à l'entrée de la chambre.
La vue du fantôme du roi de Danemark n'effraya pas< davantage Hamlet. Le sabotier demeura la main en l'air, les yeux fixes et la bouche ouverte. Choppart salua de cet air dégagé qui ne le quittait jamais, et s'excusa d'interrompre l'entretien en annonçant qu'il avait à parler à Rivel.
Celui-ci voulait échapper à l'explication
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qu'il préroyait en se réfugiant dans l'indignation ; mais le chouan s'accouda tranquillement au dossier d'un fauteuil , et déclara qu'il attendrait que Faccès fût passé. M. Ma* narch s'entremit de son côté, et le marchand^ Yoyant sa colère inutile, se décida à se calmer. Le garde-chasse prit alors la parole, et lui demanda la main d'Ursule, n avait longtemps hésité, ajouta-t-il; mais maître Rivd l'avait enfin déterminé en lui apprenant que sa fille ne pouvait espérer ni héritage ni dot : riche, elle eût facilement trouvé un autre mari ; pauvre , elle ne pouvait compter que sur lui : son honneur lui faisait donc un devoir de lui dcmner son nom. U ajouta beaucoup de choses sur Téloquence des reproches qui lui avaient été adressés par le marchand, et sur la chaleur de sa tendresse paternelle. Tout cela était dit d'un ton si simple et si sérieux , que M. Manarch lui-m^e s'y laissa prendre. Rivel en sentit l'ironie ; mais il se trouvait dans la position de ce Lacédànonien
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qui se laissa dévorer par le jeune r^ard qu'il avait caché sous sa robe plutôt que de dévoiler son larcin. Retenu par la présence du curé et d'Ursule, auxquels il ne pouvait avouer ses manœuvres, il se vit forcé d'accepter les explications du chouan, et de recevoir ses éloges moqueurs. Il fallut, de plus, lui accorder sa demande, serrer la main qu'il tendait , en promettant l'oubli du passé ^ et choisir le jour du mariage. Pour comble de malheur, M. Manarch se chargea de remplir toutes les formalités, et de lever les difficultés s'il s'en présentait.
Rivel, étourdi de tant de coups, ferma les yeux, croisa les mains et se laissa couler à fond comme un honmie qui se noie.
Quant à Choppart, il était ravi. Au moment de sortir, le curé lui demanda où en était son affaire avec le colonel Massol, et après avoir écouté ses explications, lui promit que tout irait bien. Le chouan le remercia , et M. Manarch partit.
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Ursule , qui les avait reconduits jusqu'à la porte, se trouva un instant seule avec Ghoppart.
— Eh bien ! demanda-t-elle en le regardant.
— Eh bien ! ça va , ma brune, répondit-il en l'embrassant ; j'ai rendu à ton père la monnaie de son écu et le cousin me protège.
Hourra pour le mariage ! il n'y a que la soutane et les cotillons pour aider un homme à faire son chemin.
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