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CHAPITRE XVII

LE RHUMATISME AVANT RAILLOU

Xi la monotonie insipide des derniers galénistes, ni les conceptions délirantes de Paracelse, ni le mysticismesincère de Van Helmont, ni même les hypothèses adroites de Sylvins n’ont laissé de traces reconnaissables dans la pathologie de la goutte, telle que nous la comprenons aujourd’hui. Leur œuvre à tous manquait également d’observation et de critique, les deux qualités qui importent le plus au progrès de la médecine.

En revanche, nos sentiments sur la nature de la goutte et sur les rapports qu’elle affecte avec les autres maladies articulaires portent l’empreinte des cliniciens du seizième siècle, Fernel, Mercado, Baillou et autres. Les mots mêmes de rhumatisme, de goutte et d’arthritis ne peuvent être entendus dans leur acception actuelle, bien différente de l’ancienne, si l’on ne se reporte aux controverses dont ils ont été 1 objet, ;i l’époque dontnous parlons, et si l’on n’associe ii 1 histoire de la goutte proprement dite l’histoire des diverses affections groupées aujourd’hui sous le nom de rhumatisme.

Pour exposer avec quelque clarté cette question confuse, pour ramener il sa mesure légitime le mérite de chacun de ceux qui y ont attaché leur nom, il nous faut dire comment elle se présentait à l’esprit d’un médecin instruit du xvPsiècle. Si nous écartons le galénisme que condamnait l’observation Dëlpecch. :i8

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journalière et le système de Paracelse qui répugnait à la raison, ce médecin avait à choisir entre deux doctrines : l’une ramenait la pathologie aux temps hippocratiques, l’autre avait grandi dans l’école néo-latine, avait reçu sa forme dernière durant le moyen âge et, presque délaissée des médecins, s’était réfugiée dans le peuple auquel elle avait fourni sa langue médicale. C’est cette dernière qui devait l’emporter avec Fernel et avec Baillou.

Il semble cependant qu’aux jours de la Renaissance l’érudition si profonde et si commune, l’esprit de révolte contre la scolastique et contre l’arabisme auraient dû assurer a la première de ces doctrines de plus nombreux adeptes. 11 s’agissait en somme de faire pour la médecine ce qu’on faisait avec tant de zèle pour les autres sciences, pour les lettres et pour les arts, de la ramener à l imitation des modèles grecs de la belle époque. Mais il fallait pour cet effort une indépendance singulière; il fallait admettre que la décadence médicale avait commencé avec Galien, que celui-ci avait défiguré l’œuvre des anciens; il fallait chercher dans la collection hippocratique et mettre en lumière les livres dédaignés par l’école dogmatique comme inconciliables avec ceux qu’elle avait arbitrairement choisis pour seuls canoniques ; il fallait par exemple opposer au traité de la Nature de V homme le traité des Affections , les Lieux dans l'homme et le Deuxième prorrhètique. Il est vrai que, cet effort accompli, tout devenait facile et que l’histoire des affections articulaires illustrait avec une netteté parfaite les obscurités de la clinique.

Les Asclépiades du v° et du iv° siècle avant notre ère, ceux de Cos comme ceux de Cnide, distinguaient parmi les maladies des jointures, abstraction faite des lésions traumatiques, les espèces suivantes :

1° La Podagre ; nous n’avons pas besoin de redire avec quelle netteté ils avaient défini cette affection, avec quelle exactitude ils en avaient noté la marche, les causes et les symptômes principaux ;

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