LE RU U M A T I SME A VA NT B A I LL OU
2° Les Douleurs articulaires n affectant pas les caractères de la podagre, douleurs accompagnées de gonflement, tendant à la chronicité et suivies de déformations. Ces arthropathies étaient précédées plus ou moins longtemps à l’avance par des épistaxis, des migraines, des sueurs, des éruptions prurigineuses, des hémorroïdes, des coliques sans diarrhée et notamment des coliques hépatiques. A cette description tirée du deuxieme prort'hè tique (i), on reconnaît notre rhumatisme goutteux, le rhumatisme subaigu ou chronique des arthritiques. C’est lui encore que concerne la phrase suivante : « Certaines douleurs aux articulations excitent des démangeaisons quand il va pleuvoir (2) ». On trouve une mention de cette espèce morbide dans le formulaire de Scribonius Largus et dans quelques autres ouvrages, mais cela d’ordinaire sous une forme un peu vague ou trop brève, et il n’est pas douteux qu’on, ne l’ait souvent confondue avec ce qu’on nommait la goutte froide ;
3° Les dépôts aux jointures à'KZc'zâc'.eq e~ apOpa, arthrites simples ou purulentes qui survenaient au déclin de certaines fièvres ou de certaines maladies consomplives. On lit dans le Pronostic : « les fièvres qui se prolongent, sans que l’état du malade devienne grave et sans que douleur persiste par l’efïet d’une inflammation ou de toute autre cause évidente, déterminent la formation de dépôts, avec gonflement et douleur, dans quelqu’une des articulations et surtout des articulations inférieures (3) ». Il s’agit sans nul doute ici de nos arthrites secondaires, du pseudo-rhumatisme de quelquesuns;
4° L ' Arthritis. Les passages cités du traité des Affections suffisent ii établir l’identité del’arthritis ancienne et de notre rhumatisme articulaire aigu. Nous y avons ajouté chemin
(1) Éd. Littré, t. IX, p. 73.
(2) Des Humeurs. Ibid., t. V, p. 4q9-
(3) Éd. Littré, t. II, p. 181. Voir aussi Aphor., t. IV, p. 5 1 3 Épid., L VI, p. 273, etc.
faisant quelques mentions relevées clans la collection hippocratique, dans les autres œuvres de la médecine grecque et surtout dans la littérature latine. Nous avons vu que Caton, Lucilius, Cicéron, Vitruve, Musa, Pline et bien d’autres savaient distinguer la podagre de l'affection qu’ils désignaient le plus souvent sous son nom latin de morbus artic u la ris, quelquefois sous son nom grec d’arthritis. Scr. Largus écrit même xpQpïv.ç comme s’il s’agissait cl’un terme technique, étranger à la langue vulgaire et nouvellement introduit.
Podagre, douleurs et déformations chroniques des jointures, épanchements survenus au cours de certaines maladies, arthritis enfin, c’étaient là les quatre étiquettes sous lesquelles les anciens groupaient toutes les maladies qui avaient leur siège unique ou principal dans les articulations; et cette classification ne diffère guère de la nôtre que par la substitution aux appellations précédentes des mots goutte, rhumatisme chronique, rhumatisme secondaire, rhumatisme articulaire aigu.
Mais, en dehors des affections proprement articulaires, les anciens avaient observé certains états morbides sans localisation précise, sans cause déterminée ; c’étaient des douleurs diffuses occupant à la fois les muscles, les jointures et les os; c’était une fatigue générale, une gène de mouvement comparable aux courbatures qui sont l’effet des exercices violents ou des marches forcées. Aussi leur donnait-on une appellation commune, celle de lassitudes, de y.cTzc.. Nous avons pu négliger jusqu’ici cette forme morbide un peu vague que l’on ne pouvait en aucune manière confondre avec la podagre, mais il est bon d’y revenir maintenant parce qu’elle a eu quelque part à la constitution du rhumatisme tel que l’ont compris les auteurs du xvi° siècle et Baillou en particulier.
Les traités hippocratiques n’en parlent qu’en passant,