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tout qui est clit généralisé, et qui peut mieux que les autres revendiquer en propre le nom de rhumatisme. 11 provoque toujours, d’après mon observation, une fièvre continue présentant quelques exacerbations. »
Le diagnostic différentiel entre le rhumatisme et la goutte . . ^ ou arthritis, est assez bien établi : « Dans le rhumatisme
généralisé et dans celui qui s’en rapproche le plus la lésion
des parties atteintes (celle qui fournit l’humeur morbide et
celle qui la reçoit) a un caractère transitoire, aussi n’en est-
on atteint le plus souvent qu’une fois. Dans l’arthritis au
contraire la lésion est permanente et devient une manière
d’être des parties. Secondement, c’est une cause externe
qui provoque presque toujours le rhumatisme, telle qu’une
insolation, le refroidissement en pleine sueur, surtout à la
tête, les longues courses en plein air par la neige et le
froid, la colère, les repas copieux, les veilles, les excès
vénériens.
Pour provoquer l’arthritis au contraire la cause interne suffit. En outre le rhumatisme (ici Chesneau se conforme aux idées deBaillou et de son école) affecte plusieurs parties à la fois, l’arthritis n’affecte que les jointures. Enfin le rhumatisme, et surtout le rhumatisme proprement dit, bien qu’il ait parfois ses rémissions et ses recrudescences, ne revient le plus souvent jamais ou ne revient que rarement après sa cessation complète, tandis que l’arthritis, si elle vous a saisi une fois, a toujours ses accès revenant h de longs ou de courts intervalles, même après une rémission complète ».
Parlant du traitement convenable, Chesneau observe que le rhumatisme diffère encore de l’arthritis en ce qu’il réclame de plus fréquentes saignées et qu’il écarte, en raison de la fièvre élevée, les purgations énergiques, et, comme topiques, les réfrigérants en acte parce qu’ils seraient n uisibles.
Rappelons que cherchant à donner de Par thritis une définition plus précise que n’avaient fait ses devanciers, Ches-
neau avait dit : « Tout ce qui se passe dans les jointures et s’accompagne de douleur, que ce soit une maladie ou seulement un symptôme, n’est pas dit arthritis, a moins que la douleur 11e soit due à 1’alïlux d’une humeur séreuse et acre, afflux revenant plusieurs fois et périodiquement, ce qui fait supposer une faiblesse préalable de l’articulation envahie. Quand on est atteint une seule fois ou à de longs intervalles de douleurs articulaires, l’affection n’est pas désignée sous le nom d’arthritis, mais sous le nom aujourd’hui reçu, recepto jeun no mine, de rhumatisme (1) ».
Les citations qui précèdent, et dont nous ne nous dissimulons pas la monotonie, définissent et précisent la part de la médecine française dans l’établissement de l’entité mor-
bide appelée rhumatisme, part prépondérante. Mais la première étape franchie, d’autres nations, l’Angleterre et la Hollande surtout, prirent l’initiative des plus notables progrès. Ce sont des médecins anglais comme Sydenham et Cullen, hollandais comme Boerhaave et de Gorter, qui ont défini le rhumatisme tel qu’il a été compris jusqu’à ces derniers temps.
L’œuvre étant toute d’observation et de sagacité clinique, on peut s’étonner que Thomas Sydenham n’y ait pas contribué dans une plus large mesure, car, il faut l’avouer, le chapitre Rhn/natisine 11e vaut pas le petit traité de la podagre. Pourtant, l’auteur s’inspirait déjà des mêmes principes : dans la dédicace du livre dont ce chapitre fait partie, il formule sa méthode, sa philosophie et la place avec beaucoup de clairvoyance sous le patronage de son ami Jean Locke, encore peu connu; dans le livre lui-même, on sent qu’il accepte pour son compte la théorie de la table rase et qu’il fait tout seul son éducation et sa doctrine médicales sans se soucier de ceux qui l’ont précédé. Lui aussi rejette cette
(i) Chesneau. Loc. cit., p. 389.
•sorte d’idées innées que nous devons à la tradition. Mais, nous le répétons, en ce qui concerne le rhumatisme, il a été moins heureux dans scs remarques, moins favorisé du reste par les circonstances, que lorsqu’il peignait le goutteux d’après lui-même. Enfin, il nous semble que Sydenham a été desservi par ses secrétaires ordinaires : les fragments que l’on cite de ses œuvres gagnent à être lus dans des traductions, ■comme celles de Jault ou de Lasègue, qui en atténuent quelque peu les étrangetés. Le texte latin, en effet, lui fait parler une langue suspecte, chargée par surcroît de métaphores et d’hellénismes inattendus chez un homme qui, on le sait, •« ne se piquait pas d’érudition ». Et cela est vrai de tous ses livres, même du de podagra.
Quoi qu’il en soit, voici les principaux passages du chapitre Rhumatisme 1) :
« Cette maladie survient en toute saison, mais surtout en automne et frappe de préférence ceux qui sont encore florissants de jeunesse, « ceux (/ni ont le genou vert ». En voici la cause occasionnelle la plus fréquente : un sujet, •échauffé par un exercice trop violent ou pour tout autre raison, subit tout à coup un refroidissement. La tragédie commence par une sensation de froid et un frisson, puis viennent la chaleur, l’inquiétude, la soif et toute cette foule lamentable de symptômes dont s’entourent les fièvres. »
« Au bout d’un jour ou deux, quelquefois plus tôt, le malade est pris d’une douleur atroce, tantôt dans un membre, tantôt dans l’autre, dans les poignets, les épaules et surtout les genoux. Cette douleur est mobile, passe alternativement -d’un endroit a l’autre, laissant au dernier touché un peu de •rougeur et de gonflement. Durant les premiers jours, la fièvre et les symptômes que nous avons rappelés peuvent coïncider; puis la fièvre s’évanouit peu à peu et il ne reste que la douleur; quelquefois même, celle-ci devient plus
(1) Th. Sydenham. Opéra universa, Londres, i685, p. 3oa et suiv.
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cruelle, la matière qui causait la fièvre s’étant portée sur les membres ; ce qui le prouve, c’est la recrudescence fréquente de la fièvre, quand la matière morbifique est repoussée à l’intérieur par un usage intempestif des médicaments externes ».
« Quand le mal évolue sans fièvre, on lui donne souvent le nom d’arthritis, quoiqu’il diffère essentiellement de cette affection, chose facile à constater pour peu qu’on ait étudié à fond ces deux maladies. C’est pour cette raison sans doute (jue les écrivains de la médecine ont passé d’un pied si sec par-dessus le rhumatisme, sicco ilium pede transiverint. A moins de penser que cette espèce morbide est nouvelle et est venue s’ajouter à Y Iliade des maux anciens ».
« Quoi qu’il en soit, cette maladie est maintenant fréquente et, bien qu’elle emporte rarement son homme, la fièvre une fois tombée, la violence des douleurs et leur longue durée ne permettent pas de la négliger. En effet, si elle n’est pas bien traitée, ce n’est pas des mois seulement c’est des années, c’est toute la vie quelquefois qu’elle torture un malheureux; il est vrai que dans ce cas ce n’est pas avec une énergie toujours égale, mais seulement par accès périodiques et répétés, comme dansl’arthritis, qu’elletourmente le patient ».
ce 11 peut même se faire qu’après avoir longtemps et cruellement sévi, ces douleurs cèdent d’elles-mêmes et que néanmoins le malade reste absolument impotent jusqu’à sa mort, qu’il garde les jointures des doigts comme retournées, déformées par des saillies noueuses, comme dans la goutte, saillies occupant plutôt la face interne que la face externe. Malgré cela l’estomac reste bon et le rhumatisant, sain d’ailleurs, a une vie tolérable ».
cc II y a une autre variété de cette maladie, bien que vulgairement elle 11e soit pas regardée comme appartenant à la môme famille, c’est celle qui sera très justement nommée Lumbago rhumatismal ». Sydenham décrit en quelques mots ce lumbago et note l’analogie de ses symptômes avec Delpeuch. 3 a
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ceux de la colique néphrétique, puis il aborde le traitement.
« Chacune de ces deux variétés de la maladie semble provenir de l’inflammation, ce que prouvent et les phénomènes énumérés et surtout la couleur du sang de la saignée, qui ressemble au sang des pleurétiques comme un œuf à un autre œuf : or on ne trouverait personne pour douter que ces derniers ne souffrent d’une inflammation. Cela étant, je pense qu’il ne faut pas chercher le traitement du rhumatisme en dehors de la saignée. Entre temps, on tempérera le sang et on en réprimera l’ardeur excessive par des médicaments rafraîchissants et incrassants et aussi par un régime convenable ».
« Dès que je suis appelé, j’ordonne une saignée de dix onces au bras du côté affecté, et un julep rafraîchissant et incrassant, par exemple sous cette forme : R. Infusion de nénuphar, de pourpier et de laitue, aâ quatre onces, sirop de limons une once et demie, sirop violât, une once; mêlez pour un julep à boire h volonté ».
cc Le jour suivant, je prescris une saignée semblable, et, après un jour ou deux d’intervalle, selon les forces du malade, une troisième; puis, laissant passer trois ou quatre jours (selon les indications que donnent les forces, l'àge et la constitution, ainsi que les autres circonstances'', je fais saigner pour la quatrième et ordinairement pour la dernière fois. Il est rare que je dépasse cette quatrième saignée, à moins que le malade n’ait suivi un régime ou n’ait pris, sans nécessité, des remèdes trop échauffants. De même l’emploi des médicaments anodins ou parégoriques réclame une plus grande effusion de sang. Aussi, quelle que soit l’intensité des douleurs et pendant tout le cours de la maladie, je crois devoir m’abstenir religieusement de ces remèdes, quand j’ai l’intention de demander la guérison aux seules émissions sanguines; ils ne font que rendre la maladie plus fixe, l’empêcher de céder aussi facilement à la saignée, aussi est-on obligé de répéter celle-ci plus souvent qu’il n’eût été besoin, sans l’administration trop généreuse
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de ces médicaments. Remarquons du reste que dans la période d’état de la maladie, ils sont incapables de procurer cette analgésie que leur nom promet ».
« Après les saignées, faites aussi souvent que nous venons de le dire, les douleurs diminueront beaucoup, sans s’évanouir tout à fait; mais apres la réparation des forces que la soustraction du sang a fait perdre, et surtout grâce au retour de la saison prochaine plus favorable à une restauration complète que celle où le sujet est tombé malade, les symptômes disparaîtront jusqu’au dernier et notre homme se portera désormais comme un athlète paner atice ».
« Il faut remarquer toutefois qu’il ne serait pas sage de saigner, à d’aussi courts intervalles qu’au début du mal, quand le rhumatisme, en durant quelques années, a poussé de profondes racines; il convient au contraire d’espacer les saignées de quelques semaines. Elles finiront ainsi par détourner tout à fait la matière morbifique ou du moins amenèront l’extirpation de ses derniers restes après l’application d’un cautère à une jambe et la prise matin et soir d’un esprit volatil quelconque dans du vin des Canaries ».
iVprès cette étude thérapeutique, où quoi qu’en pense l’auteur, le souvenir de Baillou et de Rivière a eu plus de part que sa propre expérience, Sydenham, qui vient de blâmer très sensément la manie de ses contemporains de voir partout le scorbut, et de qualifier de scorbutiques toutes les affections mal définies, se donne à lui-même le plus étrange des démentis, et crée de toutes pièces un rhumatisme scorbutique que caractériseraient des douleurs vagues, très mobiles, occupant soit les parties internes, soit les parties externes, ne provoquant ni fièvre, ni gonflement, et affectant l’allure d’une maladie chronique. L’auteur lui-même s’était demandé s’il ne s’agissait pas là d’une affection hystérique. Et il est bien probable en effet que le système nerveux seul devait être mis en cause dans ces cas, d’autant que les femmes surtout étaient atteintes, ou les hommes d une nature faible, et que les douleurs « d’un caractère
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vague et incertain, étaient accompagnées de symptômes confus et anormaux ».
Au dire de Sydenham, ces troubles ue cédaient pas aux remèdes des affections hystériques, mais étaient au contraire « combattus et vaincus le plus facilement du monde par l’usage des remèdes suivants, qu’il garderait secrets s'il ne préférait l’intérêt public au sien. En effet, par ces seuls moyens, il a guéri un très grand nombre de malades, auxquels les saignées, quoique répétées, les purgations, la diète lactée, les coquilles pulvérisées, etc., n’avaient servi de rien ».
Ces remèdes consistaient en un électuaire et en une infusion des plantes dites antiscorbutiques : cochlearia, cresson de fontaine etc. Il n’est aucun médecin qui n’ait vu de ces douleurs neurasthéniques, comme on dit aujourd’hui, résister aux plus énergiques médications, pour céder quelquefois aux plus simples modifications dans le régime. Elles sont encore trop souvent appelées rhumatismales par une véritable erreur de diagnostic ou par complaisance pour les préjugés et les répugnances du malade.
Ainsi, et c’est là ce qu’il importe de retenir, sous le nom unique de rhumatisme, Sydenham a décrit :
i° Notre rhumatisme articulaire aigu, 2° diverses arthropathies déformantes auxquelles nous imposons l’appellation commune de rhumatisme chronique et qui n’ont pour la plupart aucune parenté avec la maladie précédente; 3° en troisième lieu, une affection musculaire, le lumbago, qu’il qualifie sans dire pourquoi de rhumatismale, obéissant à son insu à la tradition qui avait toujours placé cette douleur lombaire dans le même groupe nosologique que la sciatique ou les douleurs articulaires, que ce groupe portât le nom d’arthritis, de catarrhe, de goutte ou de rhumatisme ; 4° enfin un ensemble assez confus de phénomènes douloureux qui, alors même qu’ils paraissent dépendre d’un état pathologique des muscles, des jointures ou des os, n’en sont pas moins des névralgies, au sens le plus large de ce mot, névralgies qui n’ont rien de commun avec le rhumatisme
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articulaire et trahissent une altération fonctionnelle du système nerveux tout entier.
Mais, s'il a contribué, plus que personne, à étendre démesurément le domaine du rhumatisme, en y comprenant des arthropathies subaiguës ou chroniques, des alFections musculaires, fibreuses ou nerveuses sans rapport avec la polyarthrite fébrile, avec ce qui fut l’a r thritis des anciens, il a eu du moins le mérite de commencer une délimitation plus précise de cette dernière espèce clinique, de voir que les lésions et les symptômes prédominaient de beaucoup au niveau des articulations au lieu d’occuper également comme l’enseignaient Bâillon et ses élèves, les jointures et la continuité des membres. Il préparait ainsi l’isolement et la description non plus du rhumatisme tout court, comme on disait de son temps, mais d’un rhumatisme franchement articulaire.
Cette notion se répandit lentement: le compatriote de Sydenham Martin Lister écrivait encore en 1 6 9 4 : ce Le rhumatisme, bien que sous le rapport des douleurs cette maladie soit voisine de l'arthritis, affecte non seulement les jointures, mais aussi les espaces intermédiaires et y détermine parfois les douleurs les plus pénibles (1) ».
Frédéric Hoffmann suit les auteurs français Lepois, Baillou, Rivière et Chesneau ; pour lui dans le rhumatisme ce sont les muscles, leurs aponévroses d’enveloppe et leurs tendons d’insertion qui sont le siège des douleurs et le point de départ des spasmes, soit au niveau des membres . soit dans d’autres régions (2).
Boerh aave, dans la troisième édition de ses aphorismes {1722), donne une courte description du rhumatisme où il s’inspire surtout de Sydenham et un peu de ses souvenirs personnels, car il relevait alors cl’une grave attaque de rlni-
(1) Martin Lister. Tractatus de quibusdam morbis chronicis, in Œuvres de Richard Morton. Lyon, 1787, t. II, p. 82.
(2) Fr. Hoffmann. Opéra omnia. Genève, 17/18. t. II, p. 817.
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raatisme. « Celui-ci, dit-il, commence par une fièvre continue, détermine une douleur atroce, déchirante, cruellement accrue par le moindre mouvement, longtemps fixée au même point, occupant les jointures des divers membres (i). »
On trouve enfin dans la Pratique de de Gorter une définition excellente du rhumatisme articulaire aigu : « Une douleur atroce, fixe, durant longtemps sans suppuration consécutive, très augmentée par les mouvements du membre, accompagnée d’une fièvre continue, pas très ardente, d’un gonflement léger de la partie atteinte, d’une douce chaleur et parfois de quelque rougeur, atteignant les sujets sains et le plus souvent robustes, frappant les grandes articulations plus que les petites, se montrant surtout si le corps échauffé au préalable est exposé au froid, voilà ce qu’on nomme rhumatisme (2). »
Mais ce n’étaient là que des ébauches avant les œuvres maîtresses de Cullen (1776) et de Bouillaud (i835). A ces derniers commence l’histoire contemporaine du rhumatisme articulaire aigu : ils en ont établi, non la conception parfaite et dernière, mais celle qui s’est imposée jusqu’à ces derniers temps à l’esprit des médecins, celle d’une phlegmasie ayant pour siège anatomique les tissus articulaires et quelques autres tissus homologues.
Cette doctrine, à son tour, devait n’ètre qu’une étape, vite franchie, dans l’évolution des idées médicales, en matière de rhumatisme. On tend aujourd’hui à fixer la place de cette maladie hors du domaine des phlegmasies proprement dites; on vérifie les judicieuses inductions de Grisolle : « Le rhumatisme, qu’il soit ou non accompagné d’accidents inflammatoires, est une affection d’une nature spéciale, une affection sui generis, qui doit avoir une place à part dans le cadre nosologique, et qu’il faut dans tous les cas distinguer,
(1) Boerhaave. Aphor. in Van Swietcn comment. Paris, 177^1 P- f®1- 2
(2) De Gorter. Praxis mecl., pars prima. Liv. III, ch. 1 38, p. 64 - Pa tavii, 1752.
en théorie comme en pratique, des phlegmasies franches on vraies (i). »
C’est à côté des pyrexies d’autrefois, des maladies générales infectieuses d’aujourd’hui que l’on tend à placer le rhumatisme articulaire aigu, et l’on revient ainsi, par un lono- et inconscient détour, à de vieilles doctrines bien oubliées. Qu’est-ce, en effet, que la fièvre rhumatismale, que la polyarthrite fébrile, considérée comme étrangère h tout ce qui porte en nosologie le nom de rhumatisme, sinon l’arthritis des temps hippocratiques, l’arthritis, telle que la comprenaient encore, au seizième siècle, Mercaclo, Cardan et quelques autres?
Et, dans l'incertitude où nous laissent les enseignements contradictoires de la chimie et de la microbiologie, n’est-ce pas aux mêmes caractères cliniques, aux mêmes conditions d’origine, de marche, de durée et de retour, qui avaient retenu l’attention de nos devanciers, que nous devons demander encore les meilleures, les plus décisives raisons de nous ranger à la doctrine nouvelle, ou plutôt renouvelée?
Si le rhumatisme articulaire aigu est une maladie étrangère aux autres espèces cliniques décorées, comme lui, du nom de rhumatisme, c’est qu’il a pour traits distinctifs d’être une maladie aiguë, franchement fébrile, de provoquer au niveau des jointures des douleurs violentes, variables et mobiles; de durer peu, de n’être pas mortel et d’attaquer les jeunes plus souvent que les vieux. Or, c’est là ce que disait, il y a vingt-trois siècles, l’auteur du traité des Affections.
Si le rhumatisme articulaire est, comme nous le croyons fermement, une maladie étrangère à la famille des affections dites arthritiques, c’est, comme le disait Cardan, qu’il n’est pas sujet aux retours périodiques, habituels à ces affections; que sa cause matérielle n’est pas liée à la constitution chi-
(i) Grisolle. Traité de pathologie interne, 9e édition, 1879, ff P- 1009.
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inique du sang; que celui-ci perd seulement, à titre temporaire, ses qualités normales, n’étant plus le sang pur des veines, mais un sang altéré, infecté, comme il arrive dans les fièvres; c’est aussi, comme le disait Mercado, que l’attaque est toute passagère et ne laisse rien après elle qui continue à évoluer, alors que dans les affections dites arthritiques, on n’est pas moins un malade parce qu’on est dans une période d’accalmie.
Qu’on se rappelle enfin les deux notions que nous avons extraites du livre de Chesneau : « C’est une cause externe qui provoque presque toujours le rhumatisme. Pour réveiller la goutte, la cause interne suffit. » Et cela n’est pas moins vrai des autres maladies que l'on groupe d’ordinaire sous la même étiquette que la podagre. Enfin et surtout, que l’on se rappelle l’affirmation si hardie et si juste de Taddeo Duno : l’arthritis (c’était, pour lui, comme pour son maître Cardan, le nom de notre rhumatisme articulaire aigu), l’arthritis n’est pas héréditaire comme est la goutte.
Raison nouvelle, raison puissante entre toutes, et dont il est facile de vérifier chaque jour le caractère d’exacte observation. La pratique hospitalière est, malgré les apparences, le milieu le plus propice à une juste conception de l’arthritisme, à une exacte définition de cette diathèse, parce que là seulement on en touche, on en relève les limites. Or, cette pratique nous montre le rhumatisme articulaire aigu assez commun dans des salles où l’on cherche, où l’on ne rencontre que par hasard les goutteux, les obèses, les diabétiques, les chauves, les migraineux, les asthmatiques, c’est-à-dire les seuls arthritiques avérés, ou peu s’en faut. Eh bien, que l’on précise dans l’esprit du rhumatisant interrogé les traits principaux de sa maladie et que l’on fouille ensuite de questions ses antécédents héréditaires, on y trouvera bien rarement une affection semblable a la sienne ; on se heurtera seulement à ces formes vagues de douleurs, de faiblesse et de malaise que les médecins embrassent encore, à l’exemple du vulgaire, sous le nom unique de rhu-
mutisme. Et il en ira de même des maladies diathésiques que nous énumérions tout à l’heure: elles ne seront pas plus communes dans le passé familial du sujet que dans sa propre histoire. Fils d'ouvrier, fds de paysan, il est frappé, plus souvent que d’autres, en raison même de son humble condition qui le condamne aux fatigues musculaires et aux intempéries, les deux causes essentielles du rhumatisme articulaire aigu. On ne saurait être plus loin du milieu où naissent les maladies qui, comme la goutte, sont l’effet et la peine du bien-être physique et de la culture intellectuelle, ces deux privilèges sociaux.