‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 19 sur 130 · RAPPORTS DE LA GOUTTE AVEC LA FONCTION GENITALE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE LA GOUTTE AVEC LA FONCTION GENITALE

La médecine des Asclépiades était restée obscure jusqu’au temps de Périclès. Elle ne pouvait rivaliser avec la médecine des philosophes, n’avait rien à opposer aux œuvres brillantes des Empédocle, des Alcméon et de tant d’autres. Avec Hippocrate tout change. La médecine clinique, celle que l’on pratiquait depuis longtemps à Cos et à Cnide, arrive brusquement h la gloire ; l’autre décline et sa ruine est si complète qu’il nous reste bien peu de monuments de son époque de vigueur et d’éclat. Le discours que tient Timée de Locres, ou que Platon lui prête, est le résumé de plusieurs siècles d’enseignement, mais c’est aussi le testament d’une grande école.

Le caractère propre des deux médecines explique leur sort si différent. L’œuvre médicale des Ioniens ou des Italiques participait à la renommée des traités philosophiques auxquels elle se trouvait mêlée ; elle se faisait d’ailleurs accessible à tous par son tour large, par son dédain des faits et des détails, par sa forme élégante, que nous dirions aujourd’hui plus littéraire que scientifique. Les Asclépiades au contraire s’adonnaient a l’observation terre à terre, non ii la spéculation ; ce que nous savons de leurs préceptes et de leurs méthodes nous prouve leur souci constant de la pratique, leur crainte du bruit et de la foule. Leur école était l’asile des vertus professionnelles. L’obscurité y était une marque de probité, de pureté pour parler comme eux.

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Leurs leçons s’adressaient à leurs seuls élèves, non aux profanes. Ou 1 on a vu une sorte de réglé religieuse, nous ne voyons que les maximes d’une fièvre morale corporative.

Ainsi ees deux médecines, celle des philosophes et celle des Asclépiades, suivaient parallèlement leur route, étrangères l’une à l'autre, lorsque parut Hippocrate de Cos qui revêtit, avant de la vulgariser, la médecine de son école des mêmes formes séduisantes dont les philosophes avaient paré la leur. Dès lors une comparaison devint possible : elle devait être funeste aux théoriciens et assurer le triomphe de la médecine d’observation.

Contemporain de Timée, Hippocrate était, comme lui, héritier de plusieurs siècles de recherches et de réflexions, mais ces travaux étaient jusqu’à lui restés obscurs, presque anonymes. C’était le patrimoine commun des fils d’Esculape. Avant de l’enrichir pour sa part, Hippocrate l’ouvrit à tous, même aux profanes : on le lui attribua tout entier ; et le labeur d’une longue série de médecins devint aux yeux des anciens, est resté, aux yeux des modernes, le bien propre d’un seul.

De cette confusion est né le type presque fabuleux d’un divin vieillard, auteur unique de cette encyclopédie étrange, où il n’y a ni unité de plan, ni unité de forme, ni unité de doctrine et qu’on appelle cependant les œuvres d’Hippocrate.

Là se trouve ce que les Asclépiades de Cos et de Cnide ont su et dit de la goutte, là aussi la pensée propre du novateur qui a rejeté dans l’ombre et ses successeurs et ses devanciers. Pour dégager et exposer ces diverses conceptions, un premier travail d’analyse s’impose, plus difficile en apparence qu’il n’est en réalité. Il faut restituer à chacun sa part et dire : ceci appartient à un médecin inconnu de Cos ou de Cnide, cela appartient à notre Hippocrate, au fils d’iléraclide. Limitée à notre sujet, cette distinction peut se faire sans trop de témérité. Nous étudierons donc en deux chapitres séparés la goutte d’après Hippocrate et ses écrits

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légitimes, et ensuite la goutte d’après les autres Asclépiades. Cette recherche nous apprendra incidemment quel homme fut Hippocrate et nous montrera derrière l’image effacée du vieillard, du demi-dieu, une figure plus jeune, plus vivante, plus vraie..

L’auteur des Aphorismes, des Epidémies et du traité des Airs, des Eaux el des Lieux a sur la goutte des idées originales, un système bienà lui, qui eut peu de prise sur l’esprit de ses contemporains et de ses élèves immédiats. 11 le formule clans les Aphorismes en quelques phrases que voici :

ce Section V. 25. Les gonflements et les douleurs sans plaie, clans les articulations, la podagre, les ruptures (musculaires) sont généralement soulagées par d’abondantes affusions d'eau froide qui diminuent la tuméfaction et amortissent la douleur; un engourdissement modéré a la propriété de dissiper la douleur ».

« Section VI, aph. 28. Les eunuques ne deviennent, ni goutteux, ni chauves. »

29. « Une femme n’a pas la goutte avant que ses règles n aient cessé. »

30. « Un jeune garçon n’a pas la goutte avant l’usage dit coït. »

49. « Dans les affections goutteuses, l’inflammation tombe et se dissipe en quara nte jours (1).»

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