‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 2 sur 130 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Chaque maladie devrait avoir son histoire particulière, non point une courte notice rappelant quelques noms, quelques faits et quelques dates, mais un ouvrage de longue haleine où l’on trouverait réunis, mis en ordre et brièvement commentés tous les documents laissés par les siècles précédents. Nous disons tous, et la masse n’en serait pas très grande, car il faudrait retenir les seules pièces originales et laisser de côté les copies de toutes sortes, les abrégés et les amplifications, c’est-à-dire les trois quarts, sinon plus, de la littérature médicale. Beaucoup d’in-folio, beaucoup d'encyclopédies ne fourniraient aucune ligne à ce recueil.

En feuilletant le dossier d’une affection ainsi mise à part et isolée des autres, on suivrait aisément le progrès, plus ou moins rapide selon le temps, quelquefois le recul de nos connaissances. On saisirait l’évolution des doctrines, leur genèse et leur déclin ; on verrait les mots de la langue mé-

dicale naître et se modifier dans leur forme et dans leur sens, sous des influences qui ne sont capricieuses qu’en appa-

rence.

Mais, en dehors de ces raisons toutes désintéressées cpii suffiraient à justifier le moindre des travaux historiques, il en est une autre tirée de l’utilité, disons mieux, de la nécessité urgente : il est temps de veiller à la conservation des vérités acquises que rien ne défend aujourd'hui. De la, dans

la théorie comme dans la pratique, tant de retours à des errements condamnés par l’expérience, de là si souvent la résurrection, saluée comme une éclosion nouvelle, d’idées justes, d’observations exactes qui étaient vieilles, mais oubliées depuis longtemps.

De toutes les sciences, la médecine est celle où le défaut d’archives bien ordonnées, où le manque d’une histoire bien faite est le plus sensible et le plus à regretter.

Aucune n’est plus oublieuse de son passé, ni plus injustement. Elle ne prend pas le temps de regarder en arrière, tant elle est pressée d’arriver à son but, pour des raisons diverses dont une au moins est tout à son honneur. Parce qu’elle ne dérive pas seulement de la curiosité des hommes, mais aussi de leur charité, elle a hâte, avant la preuve dernière, de considérer comme définitifs des résultats dont elle escompte d’avance les bienfaits, ou au contraire de rejeter les tentatives qui n’ont pas réalisé dès le premier jour les espérances qu’elle en avait conçues. La déception vient aussi vite que l’engouement, et sans plus de motifs. Il serait difficile de dire pourquoi telle idée, telle médication ont été abandonnées avant une étude plus sérieuse, avant une expérimentation plus prolongée, qui en eussent peut-être établi la justesse ou l’efficacité.

Ce sont d’ailleurs ceux qui les premiers ont prôné une nouveauté qui les premiers la délaissent pour une autre. Ce sont les mêmes qui, selon l’occasion, crient en avant ou sauve qui peut ! Il est déplorable qu’on prenne trop souvent pour la marque d’un zèle scientifique ces entraînements suivis de promptes retraites, ces enthousiasmes successifs et contradictoires qui sont plutôt, à les considérer de près, une forme de scepticisme.

Et qu’on ne croie pas que seules des notions partielles, des idées accessoires, des acquisitions de peu de prix se perdent ainsi en chemin. Les choses les plus grosses peuvent s’égarer de même. Quel fait plus important à tous égards que celui-ci : la phtisie est une maladie contagieuse .’

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