‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 3 sur 130 · P RE FA CF · texte numérisé non relu

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La pathologie générale, la thérapeutique et l’hygiène y sont également intéressées, et l’on ne saurait dire combien de vies humaines y sont suspendues. Eh bien, c’est de nos jours, dans la plus belle époque peut-être que la médecine ait connue jamais, que l’on a mis en oubli cette notion classique depuis des milliers d’années, classique encore à la fin du siècle dernier.

Quelles causes donner d’un pareil aveuglement, sinon le mépris du passé et l’orgueil du présent qu’inspiraient à eux-mêmes et à leurs contemporains les découvertes des Bichat, des Laennec et de tant d’autres ? On crut la médecine née avec ces grands hommes, comme on avait cru jadis qu elle était née avec Hippocrate, et l’on fit table rase, comme on l’avait fait alors, de tout ce qui existait avant eux.

On souriait, comme d’une chose trois fois absurde et ridicule, delà question posée par Alexandre d’Aphrodisie ou par Lun de ses contemporains, seize cents ans auparavant : pourquoi la phtisie, la gale et l’ophtalmie sont-elles contagieuses, alors que telles autres maladies ne le sont pas ? Et cependant cette triple affirmation était juste et le problème énoncé était un des plus beaux parmi ceux que ce siècle devait résoudre.

L’histoire de la goutte nous fournira des exemples pareils. Comment la notion du rhumatisme articulaire aigu se perdit au point qu’on a cru les anciens exempts de cette affection, comment le traitement de la goutte par le colchique d’automne, après de longs et merveilleux succès, fut tout ;i coup abandonné pour reparaître enfin et retrouver son ancienne faveur, nous le montrerons au cours de ce travail.

Peut-être chaque jour laissons-nous tomber de même quelque idée, quelque pratique utile qu’un chercheur de l’avenir se donnera la peine de découvrir ii nouveau. Mais, dirat-on, ces idées et ces pratiques sont recueillies, reproduites a des milliers d’exemplaires etsauvées ainsi de la destruction. De la destruction peut-être, non de l’oubli. Précisémentcette

foule innombrable d’imprimés qui va se multipliant est une cause de ruine pour les notions justes et neuves. Elle les engloutit pêle-mêle avec les erreurs et les redites et, si jamais elles reparaissent au jour, le hasard y a d’ordinaire plus de part qu’une recherche méthodique.

Le remède à cela, c’est l’histoire particulière des maladies, c’est-à-dire une série de monographies nous montrant comment une même affection a été observée, comprise, décrite et traitée depuis les temps classiques jusqu’ànos jours. Malheureusement la littérature médicale nous offre peu d’exemples d’un semblable travail et ne nous en fournit aucun modèle. La célèbre « histoire de la syphilis » de Rosenbaum n’est pas une histoire et ne traite pas de la syphilis. C’est une étude très fouillée et très complète de la débauche dans l’antiquité.

Du reste une tâche semblable ne peut être menée à bien avant que la philologie n’ait tiré de l’ombre certains manuscrits qui y dorment, encore et n’ait mis entre nos mains des textes sûrs que nous puissions interpréter en médecins. Or, ce travail se poursuit lentement. Pourtant les efforts de l’érudition ont, depuis cinquante ans, modifié quelques préjugés, reçus jadis comme des axiomes, dessiné des physionomies nouvelles, déplacé des renommées. La figure d’Hippocrate se dégage enfin du brouillard de la légende ; son œuvre personnelle commence à se définir, et il n’est plus permis de citer indistinctement sous son nom les livres les plus disparates, les plus éloignés les uns des autres par la forme, la doctrine, le temps même et le lieu de leur composition. Les deux gloires médicales d’Éphèse, Rufus et Soranus, ont repris au premier rang la place usurpée par des traducteurs comme Cælius Aurelianus, par des compilateurs comme Paul d’Egine, par des hommes de lettres comme Celse, par des médecins trop artistes et trop peu médecins comme Àrétée.

Enfin, aux deux bouts du moyen âge, on trouve maintenant, comme les deux ailes d’un édifice qui se construit peu

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