‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 22 sur 130 · III PP OCR A TE · texte numérisé non relu

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chez les cavaliers. C’est là le point de départ de la théorie d’Hippocrate et le commencement de son erreur.

En même temps que l’abus de l'équitation, il aurait dû retenir un autre trait des mœurs thessaliennes, la gloutonnerie. Les Thessaliens étaient célèbres par leurs formidables mâchoires : ils n’exigeaient certes pas la chère délicate des Siciliens, mais ils méritaient qu’Aristophane les montrât mangeant « à pleines charretées » (i). Mais, comme Hérodote, avec lequel il a plus d’une ressemblance, Hippocrate ne croit guère à l’influence de l’alimentation sur la production des maladies. Le milieu, les conditions atmosphériques, les circonstances extérieures, voilà pour lui les seules causes des affections de l’homme/

11 quitte la Thessalie, oubliant les excès de nourriture dont il a été le témoin, satisfait d’avoir confirmé par son expérience propre l’enseignement de ses maîtres de Cos : la goutte ne se montre pas avant la puberté, et d’y avoir ajouté cette notion nouvelle : l’équitation est une des causes de la goutte. Le lien est encore fragile entre ces deux propositions; quelques observations faites à Thasos, à Abdère et à Périnthe, le rendront plus solide, au moins en apparence.

Hippocrate passa quelques années à Thasos. Toutes les maladies que nous nommons infectieuses paraissent avoir sévi durant cette période, depuis les oreillons jusqu’au typhus, en passant par l’infection puerpérale, les diverses septicémies et la fièvre récurrente. Aussi n’eut-il guère le loisir d’étudier la goutte. Et cependant, pour une partie au moins de ses habitants, Thasos réunissait toutes les conditions favorables à l’éclosion et à la diffusion de cette maladie. Les Thasiens avaient une terre fertile, des mines d’or, des carrières de marbre blanc ; les revenus qu’ils en tiraient étaient tels qu’au temps d’Hérodote ils ne payaient

(i) Aristophane. Fragm. 4 1 3 . Éd. Didot, p. 5o3. Outre ces mots d'Aristophane, Athénée cite d'autres extraits de divers auteurs, exprimant la même opinion au sujet des Thessaliens.

‘aucun impôt; ils buvaient un des vins les plus fameux de l'antiquité et étalaient bravement sur leurs monnaies la tête deBacchus; enfin ils cultivaient les arts et étaient fiers de leur compatriote Polygnote.

Tous ces avantages, il est vrai, étaient le partage des seuls citoyens et Hippocrate, à Thasos comme ailleurs, ne soignait pas l’aristocratie locale; il soignait la population la plus misérable du port, ouvriers, esclaves, étrangers venus de Clazomène ou de Paros, logeant en garni, dans des cabanes ou à la belle étoile. Misère, promiscuité, intempéries, c’cst un milieu fait à souhait pour l’étude des maladies aiguës, non pour l’étude de la podagre. Aussi est-ce d’une façon très indirecte que le séjour à Thasos a fourni un appoint à la théorie génitale de la goutte. Voici à quelle occasion.

De Thasos, Hippocrate se rendit à Abdère. Il v vit une femme dont l’aspect le frappa et lui rappela une de ses malades de Thasos. C’était une servante dont il raconte ainsi l’histoire: « A Abdère, Phaétuse, la femme de charge de Pythéas, avait eu des enfants auparavant ; mais, son mari s’étant enfui, scs règles se supprimèrent pendant longtemps; à la suite douleurs et routeurs aux articulations. Cela étant ainsi, le corps prit l’apparence virile, cette femme devint velue partout, il lui poussa de la barbe, la voix contracta de la rudesse; et malgré tout ce que nous pûmes faire pour rappeler les règles, elles ne vinrent pas ; cette femme mourut au bout d’un temps qui ne fut pas bien long. Il en arriva autant à Nanno, femme de Gorgippe, à Thasos ; d'après tous les médecins que je rencontrai, la seule espérance de voir reparaître les attributs de la femme était dans le retour des règles ; mais chez elle aussi, malgré tout ce qu’on fit, elles ne purent venir; cette femme ne tarda pas à succomber n (i).

(i) Épid., liv. VI, t. V, p. 35G.

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Yoilii rondin*1 de I aphorisme '/<) : » une femme n’a pas la poulie »i Vil il I que h en règles n’aient cessé /«. On saisit Hiir le (ail |c mode d*' composition des aphorisn ies, les nus «| une jin.l esse absolue, les anlies an moins hasardés, suivant que l'auteur a généralisé sous une forme eoneise un plus ou moins grand nombre <l 'observai ions.

Ici I exemple de celle virago, prise d’une affection «pi llippocrale n’ose encore nommer goutte, coricorde si bien avec les résultats de ses reelierclies de I bessulie et, de Tlirare ipi il n liésite pas a y voir la confirmation absolue de son système. Il en est des modifications physiques comme des changements moraux : la femme se condamne aux

maladies de l’homme quand elle dépouille son sexe pour revêtir quelques-uns des attributs de I homme.

Il manquait, a la théorie génitale une consécration dernière, u ne preuve tangible, nous dirions aujourd'hui une preuve expérimentale. Hippocrate crut la trouver au cours de son voyage en I bruce et dans les pays voisins.

K n I année /pif) fl j, il était a Pé rinl.be sur la rive nord de I l lellcspont. P était, un poste d’observation merveilleusement choisi, (l’était le point- de contact de trois climats, de trois civilisations : l’Asie, le Nord barbare, le monde grec. Ou'il se bornât. :i recevoir et a coordonner les récits qu'apportaient les voyageurs, ou qu’il fit de Périntho un centre <1 excursions vers la Scythie d’une part, vers les provinces septentrionales de l’Asie Mineure de I autre, Hippocrate pouvait, recueillir et contrôler, sans trop de peine, les éléments de son fameux ouvrage sur les Airs, 1rs Linux et. les l.irux. Nous penchons vers la seconde* hypothèse qui en fait un témoin oculaire des momrs qu il décrit. Il nous semble que les Scythes Sauromal.es, que les habitants du Phase sont peints dans ce livre «I après nature. Laissant, de

(i ) V bruni:, t. V, p. iô.

5 b LA G 0 U T T E E T L E Ii II U M ATI S M E

côté le Phase et ses cités lacustres, nous nous occuperons un instant des Sauromates.

Hippocrate nous montre leurs formes épaisses, leur corps chargé d embonpoint, leurs articulations masquées par la graisse ; il note leur vie sédentaire, interrompue seulement par de longues chevauchées ; il nous dit qu’ils se nourrissent de viandes cuites et de lait de jument ; enfin, il relève chez eux la fréquence des affections articulaires et de 1 impuissance. Cette impuissance, c’était la maladie des anandres , des énarèes, c’était la Oy.s'.a voussc, qui a suscité tant de controverses, donné lieu à tant d’hypothèses depuis la vengeance de Vénus, qu’invoque Hérodote (i), jusqu’à l’inversion sexuelle que propose Rosenbaum et qu’il discute longuement (2).

Hippocrate a son système qui se rattache directement ii notre sujet: «Voici, selon moi, comment vient cette impuissance ; elle est le fait de l’équitation perpétuelle des Scythes, qui leur donne des engorgements aux articulations, attendu qu’ils ont toujours les pieds pendants le long du cheval, et qui va même jusqu’à occasionner la claudication et l ulcération de la hanche chez ceux qui sont gravement atteints. Ils se traitent de leur impuissance ainsi qu’il suit : au début du mal, ils ouvrent le vaisseau placé derrière l’une et l’autre oreille. Quand le sang coule, la faiblesse excite le sommeil et ils s’endorment ; puis ils s’éveillent, les uns guéris, les autres non. Mais ce traitement même me semble altérer la liqueur séminale ; car il y a derrière les oreilles des vaisseaux qui coupés privent ceux qui ont subi cette opération de la faculté d’engendrer : or ce sont ces vaisseaux-là qu’ils me paraissent couper... Cette maladie affecte, parmi les Scythes, non les hommes du dernier rang, mais les riches,

(1) Hérodote. Liv. I, io5.

(2) Rosenbaum. Hist. de la syphilis, ch. xiv-xxi. Trad. franç., 1 847 ’

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