‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 24 sur 130 · II I P P OC RA TE · texte numérisé non relu

II I P P OC RA TE

ceux qui animaient Amman et nous animeraient aujourd'hui. Peut-être au cours d’une maladie pins grave, si elle relevait pour eux de la même pathogénie que la goutte, n'hésitaient-ils pas. Hippocrate, en efïêt, n’a pas limité an pied ni à la podagre sa théorie génitale, il l’a étendue aux affections de la hanche, à celles notamment qui s’accompagnent de lésions profondes. Une même erreur physiologique devait conduire à un même excès chirurgical ; et le pas fut franchi.

Une mention, assez inattendue, de cette opération barbare se trouve dans Grégoire de Tours. L’abbesse de Poitiers était accusée par une rivale cl’avoir fait transformer un jeune homme en eunuque et de l'avoir introduit, revêtu d’habits de femme, dans son monastère. « L’accusatrice ayant désigné le jeune eunuque par son nom, l’Archiatre Réovalis intervint et dit : « Ce garçon, étant tout petit, avait une maladie de la cuisse, et l’on désespérait de sa vie ; sa mère vint trouver sainte Radegonde, la suppliant qu’elle fit faire quelque chose pour lui. La reine m’appela et m’ordonna de le secourir autant que je le pourrais. Alors, comme je l’avais vu faire autrefois aux médecins de Constantinople, je coupai les testicules et rendis l’enfant guéri à sa mère en larmes (i). »

L’épisode raconté par Grégoire eut lieu peu de temps après la mort de Radegonde, mort arrivée en 58y. Il est curieux de retrouver à Poitiers, sous les Mérovingiens, ce commentaire en action cl un aphorisme d Hippocrate.

Bornée à l’influence des excès vénériens sur l’apparition de la goutte, la théorie hippocratique a été acceptée par presque tous les médecins, sans qu’aucun d’eux ait donné en sa faveur des preuves bien sérieuses. Et pourtant que d’objections ! Il suffit de regarder autour de soi, à une époque où l’on dit que la goutte est devenue rare, pour voir combien

(i) Grégoire de Tours. Ilist. franc., liv. X, ch. xv.

LA GOUTTE ET LE lilIUMAï ISME

cette théorie est loin de la vérité. La goutte aime, au cours des longs repas, le récit des prouesses bachiques ou amoureuses, mais ce sont la verba et voces : le goutteux n’est pas un homme d’action, il ne l’est dans aucun sens.

La paillardise ne conduit pas à la podagre, la chasteté n’en détourne pas. Sur ce dernier point, nous souscrivons volontiers à l’opinion de Galtier-Boissière et acceptons les motifs qu’il en donne. « Grâce à la civilisation, nous n’avons plus parmi nous ni eunuques, ni castrats ; mais la société catholique romaine a ce que, dans l’évangile selon saint Mathieu, on appelle des eunuques volontaires, qui ne sont pas préservés de la goutte par le célibat. » L’observation suivante, qui concerne un prêtre « aussi estimable par ses vertus que distingué par son esprit » a la clarté et la valeur d’une expérience. « Né de parents dans un état voisin de l’indigence, il avait été précepteur chezun riche banquier obèse, qui était devenu goutteux, lui, ainsi que son cuisinier et son cocher. Ce prêtre n’avait eu lui-même la podagre qu’à 4b ans, après avoir eu pendant fort longtemps du sable dans ses urines, sans que jamais cela l’eût fait beaucoup souffrir. Aucun de ses parents, à sa connaissance, n’avait eu ni la gravelle, ni la goutte (i). » Cette histoire est celle de tant d’autres fils de paysans ou d’ouvriers, devenus podagres pour avoir fait meilleure chère, pour avoir moins peiné que leurs pères, sans avoir plus qu’eux sacrifié à l’amour.

Déjà, au temps de Rabelais, on invoquait les mêmes arguments. François Yallois, Prosper Martianus, cités par Schneider, Van Helmont, voyant la goutte si fréquente dans les monastères, soutenaient que la chasteté ne préservait pas de cette affection, et Vallois, par respect pour l’autorité d’Hippocrate, voulait que l’on traduisit le Ante usant

(i) Galtier-Boissière. De la goulte. Paris, 18O0, p. 5(5.

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