LES A SC LEP IA DES
ai ou est plus fréquent en été. En tout cas, dans cet aphorisme, le mot arthritis ne saurait désigner la podagre qui a, selon Hippocrate, une étiologie toute spéciale et ses retours réguliers en des saisons dont la sécheresse n’est pas le caractère dominant.
Deux mille ans après l’époque hippocratique, pour des raisons moins nombreuses et moins solides que celles que donne l'auteur des Affections, Baillou séparera à nouveau le rhumatisme du groupe des maladies des jointures : il invoquera les douleurs généralisées à tout le corps, l’impossibilité du moindre mouvement sans une souffrance atroce, d'où une fausse apparence de paralysie, une chaleur âcre de la peau sans grande accélération du pouls et ce fait que l’affection nommée par le vulgaire catarrhe et par lui rhuniatisme n’a pas les retours périodiques de la goutte. Il admettra d’ailleurs une étroite parenté des deux maladies et le passage facile de l’une à l’autre, le rhumatisme n’étant qu’une préparation à la goutte qu’il nommera arthritis (i).
Le mot arthritis a eu une destinée singulière. Opposé d’abord au mot podagre, il veut dire rhumatisme articulaire aigu, plus tard il absorbe la goutte dans sa signification élargie, comme au temps d’Arétée, de Soranus, et de Galien : il se voit enfin retirer par Baillou ce même rhumatisme qui avait été sa raison d’être et il ne désigne plus que la podagre par une interversion complète, et presque plaisante. De tels changements dans les mots ne laissent pas d’obscurcir 1 histoire des choses de la médecine et de justifier des recherches de la nature de celles que nous poursuivons.
La podagre et l’arthritis n’étaient pas pour les Asclépiades les seules maladies articulaires : ils avaient su reconnaître et esquisser un autre type morbide, de physionomie plus com-
(i) G. Baillou. Liber de rheumatismo cl pleuritide dorsali, op. omnia. Genève, 17G2, t. IV, p. ai3 et suiv.
plexc, de traits moins arrêtés, si mal défini encore que nous ne savons quel nom lui réserver et que nous le laissons, le plus souvent, confondu dans le groupe hétéroclite des rhumatismes chroniques. C’est encore au Deuxième prorrhétique que nous en empruntons la description.
« Chez ceux à qui des douleurs viennent aux articulations avec des gonflements, et cessent, sans avoir les caractères de la podagre, vous trouverez les viscères tuméfiés et un dépôt blanc dans l’urine ; et si vous interrogez le sujet, il dira qu’il souffre souvent aux tempes; il dira aussi qu’il a des sueurs nocturnes. Mais si ni ce dépôt dans l’urine, ni les sueurs n’existent, il est à craindre que les articulations ne soient estropiées ou qu’il ne s’y forme ce qu’on nomme mélicéris. Cette maladie survient h ceux chez qui des épistaxis, habituelles dans l’enfance et dans la jeunesse, ont cessé; on questionnera donc sur l’hémorragie, pour savoir si elle avait lieu dans la jeunesse ; s’il y a des démangeaisons dans la poitrine et dans le dos ; et si le ventre cause des douleurs intenses sans dérangement ; et s’il y a des hémorroïdes, car tel est le commencement de ces affections. Si ces sujets sont de mauvaise couleur, 011 leur demandera s’ils souffrent de la tête ; et ils diront que oui. De ces malades, ceux chez qui le ventre est douloureux à droite, ont des souffrances plus fortes, surtout quand le reliquat de la douleur est dans l’hypochondre, au foie (1) ».
Ici, le nom cl’arthritis n’est pas prononcé parce qu’il ne s’agit pas de notre rhumatisme articulaire aigu. Il s’agit de ces formes subaiguës de polyarthrite que l’on englobe sous le nom de rhumatisme, sans attacher grande valeur à cette appellation. Les principaux caractères en sont énumérés : la douleur et le gonflement passager des jointures, les sueurs, les urines sédimenteuses, la possibilité d’un passage à l’état chronique entraînant la déformation des articulations, l’exis-
(1) Prorrhctiquc, liv. II, § 4 2 , t. IX, p. 73.
LES ASCLEPIADES
tence d’une prédisposition, d'une diathèse dont les épistaxis, les migraines, les coliques hépatiques, les éruptions prurigineuses el les hémorroïdes seraient les signes habituels. Cette page trop oubliée est la première et non la moins belle de l’histoire de l’arthritisme.
Ainsi, les Asclépiades avaient su s’élever à une conception générale des affections, saisir le lien qui unit les divers accidents morbides cl’une même existence, ébaucher ce qu’on appellera plus tard une diathèse, et dessiner d’un trait merveilleusement exact la figure de notre arthritisme. Si nous ajoutons que nos arthropathies et nos arthrites secondaires étaient décrites à part sous le nom de dépôts sur les jointures, que les douleurs de notre rhumatisme musculaire étaient rejetées parmi les courbatures sous le nom de lassitudes spontanées et nettement séparées des affections articulaires, on reconnaîtra que nos plus vieux maîtres s’étaient montrés cliniciens habiles et pathologistes éclairés.
Revenons sur le traitement que les Asclépiades opposaient ii la podagre et à l’arthritis. Il n’est qu’indiqué dans le traité des Affections, il est exposé tout au long dans ce même passage sur le typhus articulaire que nous avons déjà cité. « Quand la douleur se fait sentir, on fait des applications chaudes, après avoir oint avec de l’huile. La douleur se relâchant, on fait prendre un bain de vapeur général et on administre l’ellébore. Le lendemain, faites cuire du petit-lait de chèvre et préparez-en deux conges (i), édulcorant l’un des conges avec du miel et salant l’autre, le patient boira alternativement une tasse de l’un et une tasse de l’autre, jusqu’à ce qu’il ait tout pris. »
« Le soir, après l’évacuation, il aura pour potage un oxybaphe (2) de lentilles et un oxybaphe de bettes grasses, sau-
(1) Le conge contenait environ trois litres et quart.
(2) L’oxybapho contenait une quinzaine de cuillerées ou 67 centimètres cubes.
poudrées de farine. Il mangera du poulet, ou du pigeon, ou de la tourterelle, ou du mouton, ou du cochon gras. 11 prendra de l’ellébore tous les six jours. Dans les jours intermédiaires, il aura pour aliments de céréales du pain très cuit, de la polenta pétrie avec l’huile et le miel; pour mets, une volaille rôtie sans sel, sinon, bouillie; mais le bouillon sera sans fromage, ni sésame, ni sel ; en fait de poissons, il prendra les plus charnus, mais grillés de la même façon que les viandes, ou bouillis après avoir été saupoudrés avec de l'origan et frottés avec de l’huile. Il boira un vin blanc, s’il lui est bon; sinon, un vin noir. Pendant le jour, il prendra l’exercice de la promenade, et après le dîner et le matin. Dans la saison, il boira continuellement du petit-lait et du lait; vous pouvez encore, si vous le jugez convenable, donner du lait d'ûnesse cuit (1) ».
Sans prononcer le nom de la podagre ou de l’arthritis, l’auteur des Affections nous donne à la fin de son traité une ordonnance qui rappelle et complète la précédente : « Voulez-vous, chez une personne indisposée, relâcher le ventre par l’alimentation, vous donnerez de la pâte d’orge avec le mets, qui sera ou des salaisons marines cuites dans la sauce, ou des viandes cuites de jeune brebis, de chevreau, de jeune chien, de volaille, et des bettes, ou des blettes, ou de la patience, ou de la courge, si c’en est la saison; pour légumes verts, le céleri, l’aueth, le basilic; pour vin, un vin mielleux, vieux, blanc, coupé d’eau (2) ».
Voilà ce qu’on entendait par « soigner son genre de vie -et avoir un ventre obéissant. »
Passons à la médication externe. On connaît le sentiment d’Hippocrate au sujet des affusions froides. Cette pratique, très approuvée dans l’antiquité, a été fort critiquée, et avec raison, par les modernes, malgré la haute autorité dont elle
(1) T. VIII, p. 2G9.
(2) T. VI, P. a53.
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