‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 28 sur 130 · LES ASCLÉPIADES · texte numérisé non relu

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livre en effet nous paraît un des plus jeunes de la collection ; il a dû être écrit vers le milieu du quatrième siècle et précéder de bien peu les ouvrages similaires de Dioclès et de Praxagore. Par l’idée, par le plan, par le contenu, il est plus éloigné encore que le Deuxième prorrhétique des enseignements et des habitudes d’Hippocrate. C’est un livre de médecine populaire qui étudie, l’une après l’autre, les diverses affections. 11 se termine par un petit cours d’hygiène alimentaire.

Voici ce qu’il dit de la goutte : « La podagre est la plus violente de toutes les maladies articulaires, la plus longue et la plus tenace; elle se produit quand le sang qui est dans les petits vaisseaux a été vicié par la bile et le phlegme, et, d’autant qu’il s’agit là des vaisseaux du corps les plus ténus et les plus étroitement serrés, de nerfs et d’os nombreux et rapprochés, le mal atteint le plus haut degré de persistance et de ténacité. Les mêmes moyens qu’à V arlhritis conviennent ici ; la maladie est longue et douloureuse, mais non mortelle. Si la douleur reste fixée sur les gros orteils, on brûlera les vaisseaux de l’orteil un peu au-dessus du condyle et on les brûlera avec du lin écru (i) ».

Nous voyons résumés là un essai de pathogénie et une thérapeutique qui nous remettent en mémoire les vieilles doctrines humorales. Mais il s’y ajoute une localisation exacte des lésions et surtout une comparaison, qui mérite de nous arrêter, avec une affection voisine, avec l’arthritis.

Qu’est-ce que l’arthritis du traité des iVffections ? C’est le rhumatisme articulaire aigu de nos jours, et ce n’est que cela. Il est facile de s’en convaincre en rapprochant, comme l’a fait l’auteur, la description de l’arthritis de celle de la podagre, les deux affections étant mises ainsi en parallèle, en opposition.

(i) Des alTeclions par. 3i. T. VI. p. i/j3.

« Dans Y artliritis, la fièvre survient, une douleur aiguë s’empare des articulations du corps, et ces douleurs, tantôt plus aiguës, tantôt plus douces, vont se fixer tantôt sur une articulation, tantôt sur une autre. Il convient d’appliquer sur la partie douloureuse des rafraîchissants, de débarrasser le ventre des matières par des lavements ou un suppositoire, et de donner en potages et en boissons ce qui vous paraîtra utile. Quand la douleur s’est relâchée, on donne un purgatif, puis on fait boire du petit lait cuit ou du lait d’ânesse. Cette maladie provient de la bile et du plilegme qui , mis en mouvement, se sont fixés sur les articulations ; elle est de courte durée et aiguë, mais non mortelle ; elle attaque les jeunes plus volontiers que les vieux (i) ».

La lecture et la comparaison des deux paragraphes que nous venons de citer emportent la condamnation de l'opinion courante sur la rareté ou l’absence du rhumatisme articulaire aigu dans l’antiquité et sur la confusion commise alors par tous les médecins entre la goutte et cette affection. « Les anciens, dit Charcot, ont toujours confondu la goutte et le rhumatisme articulaire dans une description commune sous le nom d’arthritis ou de maladie articulaire ( articuloruni pcissio ); et il ne semble même pas qu’aucun d’eux ait jamais songé à établir entre les deux affections une séparation tranchée (2) ».

Nous aurons souvent, au cours de cet ouvrage, l’occasion de montrer combien est excessive, ou mieux inexacte, l’opinion formulée par Charcot. Mais, dès maintenant et en

(1) Ibid. T. YI. p. a43.

On lit dans le Régime dans les maladies aiguës :

« Les auteurs des Sentences cnid iennes ne prescrivent qu'un petit nombre de i’emèdes, car leur traitement se réduit pour l’ordinaire, sauf dans les maladies aiguës, à donner dos médicaments purgatifs, du petit lait et du lait, suivant la saison ». C est précisément le traitement de la podagre et de l’arthritis selon l’auteur des Affections.

(2) Charcot. Note à la traduction de la Goutte de Garrod par Ollivier. Paris, 18G7, p. 5.

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ce qui concerne le traité des Affections, il nous semble qu’on ne saurait établir entre les deux maladies une séparation plus tranchée, puisque de Lune à l’autre le contraste est absolu. L'une est aiguë, l’autre est chronique, et l’on doit relever cette observation judicieuse des anciens qui ont bien vu que les accès de goutte les plus isolés, à ce qu’il semble, se rattachent en réalité les uns aux autres par un lien continu ; l’une attaque les jeunes, l’autre préfère les vieux ; l’une s’empare d’un grand nombre de jointures, l’autre occupe les jointures du pied et surtout les gros orteils; l’une est mobile, l’autre est fixe; l’une est franchement fébrile, l’autre ne s’accompagne pas de fièvre au moins en apparence.

Qu’on ne dise point que ces affirmations si nettes sont particulières h l’auteur des Affections, qu elles sont perdues dans un seul livre de la collection hippocratique. Ce serait une erreur. La notion de l’arthritis, du rhumatisme articulaire aigu était classique, banale en ce temps-là : ce n’est que beaucoup plus tard, à Alexandrie, qu’elle s’est obscurcie, sans s’effacer complètement.

On trouve, par exemple, dans un livre franchement cnidien, les Affections internes, une description des formes les plus sévères du rhumatisme articulaire aigu, où les troubles locaux, si intenses qu’ils soient, s’effacent devant la gravité de l’état général ; où il y a maladie de la substance entière, où il y a, comme dit l’auteur, tjçsç. « Ce typhus vient de cette façon : quand la bile corrompue se mêle au sang dans les vaisseaux et dans les articulations cl, qu’elle s’y arrête, il se forme, aux articulations surtout, du gonflement qui s’y fixe; parfois aussi ce gonflement survient dans le reste du corps ; et des douleurs aiguës se font sentir. La plupart sont estropiés par celte maladie quand la bile, interceptée dans les articulations, s’y durcit ([) ».

Le traitement consiste en applications chaudes, en onc-

(1) Maladies internes, ^ /j r , l. Vil, p. ■jX)q.

lions; quand la douleur se relâche on fait prendre un bain de vapeur et on administre l’ellébore ( veratrum album). « Si quelqu'une des articulations demeure obstinément gonflée, appliquez une ventouse et tirez du sang, piquez le genou avec une aiguille triangulaire, si la tuméfaction est au genou, mais ne piquez aucune autre jointure... En cas de guérison, le malade se tiendra en garde contre le froid et la chaleur et ne se gorgera pas trop d’aliments; car la récidive est à craindre. Cette maladie ainsi traitée guérit en six mois; car, même quand elle est soignée tout d’abord, c’est le terme qui décide si elle est mortelle ou non. Mais cette maladie est difficile; et chez la plupart elle entraîne la mort ».

Littré, dans sa traduction, intitule avec raison ce paragraphe rhumatisme articulaire aigu. La maladie qui y est décrite ne diffère de l’arthritis que par la gravité et par le nom. Nous retrouvons encore le rhumatisme et l’arthritis dans un autre livre dont on peut dire qu’il a la même origine et sans doute le même auteur que le traité des Affections : nous voulons parler des Maladies , livre premier. On y lit que Y arthritis ni la podagre ne sont mortelles à moins de complications, mais qu’elles laissent fréquemment des lésions permanentes des mains et des pieds et que la podagre est toujours longue (1).

Enfin Hippocrate lui-même, dans l’aphorisme suivant, donne au mot arthritis le sens que nous lui avons reconnu de rhumatisme articulaire aigu : « Les sécheresses engendrent des phtisies, des ophtalmies, des arthritis, des strauguries et des dysentéries(2). » En effet, comme les ophtalmies, comme les dysentéries, le rhumatisme articulaire

(1) Des maladies, liv. Ier, t. VI, p. 1 4 5 -

Dans ce paragraphe, la podagre et l’arthritis ne sont pas nommées 1 une a coté de l’autre, mais séparées par diverses maladies, les fièvres, les ophtalmies, les alléchons de la peau ; ce qui montre combien peu elles étaient confondues dans l’esprit de l’auteur.

(2) Aphorismes, sect. III, 16, l. IV, p. 4p3.

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