L'ÉCOLE STO ICI E Y XE OU P X EU MA TIQUE
dans les bains (i) ». Un même auteur devait admettre une même explication pour les calculs rénaux et pour les tophus goutteux.
Ce qui est dit ensuite des pieds et des mains, dépourvus de chair et exposés au refroidissement, rappelle la théorie de la goutte donnée par Sénèque, d’après le chef même de la secte pneumatique. Ces raisons suffiraient presque à entraîner notre conviction s’il n’en était une autre plus forte, que nous avons indiquée déjà, l’analogie qui existe entre les trois fragments cités par Aétius, et reproduits plus haut, et le chapitre consacré par Arétée à l’arthritis et à la podagre. Expliquons-nous.
La ressemblance frappante de l’œuvre d’Arétée et de celle d’Archigène, telle qu’on la trouve dans Aétius par lambeaux, a été signalée, pour la première fois, par Wiggan qui a fondé sur elle la plus ingénieuse des hypothèses imaginées à propos de cet écrivain, désespoir de la critique (2). a Pourquoi notre auteur (Arétée) a-t-il pu rester inconnu de Galien ? L’on trouve une raison très probable. Les fragments d’Archigène [j’ai montré qu’Arétée et lui vivaient à peu près ;i la même époque et appartenaient à la même secte), les fragments qu’on trouve disséminés dans Aétius, ressemblent absolument aux écrits d’Arétée, au point qu’on peut lire très souvent chez l’un et chez l’autre, non seulement la même méthode de traitement, méthode originale souvent et propre ii nos deux auteurs, mais encore les mêmes descriptions, les mêmes réflexions faites dans le même esprit et presque dans les mêmes termes. Aussi 11e doit-on pas s’étonner ■qu’Archigène, empruntant pour son livre ce qu’Arétée avait écrit dans le sien, exerçant la médecine à Rome, capitale
(1) Argiiigène, cité par Aétius. Texte grec publié par Daremberg, clans son édition de Rufus, p. 90.
(2) Wiggan. Préface à son édition d’Arétée. Reproduite dans les éditions •de Boerhaavc. Leyde, 1781, et de Kuhn. Leipzig, 1828.
LA GOUTTE ET LE H HUMA Tl SME
du monde entier, ait éclipsé, par l’éclat de sa renommée, le nom de son devancier, d’autant plus que celui-ci use le plus souvent d’une langue, hippocratique peut-être, mais
tombée en désuétude de sorte que les médecins ayant
dans les mains un Archigène écrit dans le dialecte vulgaire et renfermant les mêmes notions pouvaient négliger les livres d’Arétée, et que Galien ne les a même pas connus (i). » En somme Wiggan semble croire à un plagiat et en accuser Archigène.
Nos conclusions sont toutes contraires. D’Archigènc et d’Arétée l’un a imité l’autre, cela n’est pas douteux pour qui les compare. Mais pourquoi incriminer Archigène plutôt que l’autre ? C’est que Wiggan, comme tous ceux qui ont écrit sur Arétée depuis la découverte de son livre, a été dominé par ce sentiment que tout ce qui peut ternir sa gloire doit être non avenu. On s’est fait de lui, par avance, l’idée qu’il était un second Hippocrate et qu’il méritait les mêmes honneurs que le premier. La vérité est qu’on a beaucoup exagéré l’importance d’Arétée. Il est pourtant facile de le replacer à son rang, dans le temps et dans le milieu où il a écrit.
Sans qu’il soit besoin de reprendre en détail une étude qui serait ici hors de propos, on peut regarder comme démontré qu’Arétée a vécu dans la dernière moitié du second siècle après Jésus-Christ, qu’il était le contemporain de Galien. On s’explique ainsi qu’il n’ait été cité ni par Soranus, ni par Galien, ni par l’auteur du Médecin qui, tous les trois, énumèrent les principaux pneumatiques, jusques ety compris Archigène, et qu’en revanche son nom apparaisse dès le commencement du troisième siècle, mentionné à trois reprises par Alexandre d’Aphrodisie (2).
A l’appui de cette solution, on peut alléguer le témoi-
(1) Arctæi opéra, cd. Kuhn. Lipsiæ, 1828, j>. lui.
(2) Alexandre (I'àpiikodisiiï. De febribus, ch. xvi, xxiv cl xxx.