‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 51 sur 130 · L'ÉCOLE S TOI C IENNE OU PNEUMATIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE S TOI C IENNE OU PNEUMATIQUE

saient 1’un et l’autre que ces deux maladies appartenaient à une seule et même famille. Mais la raison la meilleure, quoique paradoxale en apparence, de rendre à Archigène la page que nous avons citée, c’est qu’elle ressemble étonnamment, mais par le fond seulement, aux pages correspondantes d’Arétée. Nous nous expliquerons tout à l’heure sur ce point.

A Archigène appartiennent aussi les paragraphes suivants : « Causes de la formation des tophus. La génération des tophus a pour matière >j Xyjv la partie dense des humeurs et pour cause efficiente Sparity.ïjv icctér/jTa la chaleur sèche, comme on peut le voir par les dépôts pierreux qui se forment dans les vases d’airain où l’on fait bouillir de l’eau chargée d’impuretés. D’un autre côté, les remèdes trop réfrigérants longtemps prolongés congèlent l’humeur dans toutes ses parties, denses ou ténues, comme un froid extrême amène la congélation de l’eau ».

« Pourquoi les inflammations goutteuses ne suppurent pas facilement ? La première raison pour laquelle les inflammations goutteuses ne suppurent pas facilement tient à la substance même des parties atteintes qui, en nature et en fait, sont peu disposées à un changement quelconque. Par nature, les parties fibreuses sont dures et leur rôle est de souffrir toutes les injures, surtout quand il s’agit de l’extrémité des mains et des pieds. De plus ces régions sont moins pourvues de chair, sont moins chaudes et moins humides, et par suite sont, plus que les autres, exposées au refroidissement. Enfin, les humeurs en mouvement dans l’inflammation goutteuse sont aseptiques àV^TCTOt de leur nature, et, de même, les remèdes employés contre la goutte ne poussent nullement à la transformation septique (i) ».

(i) Àétius. Ibid., p. 35 et 3G.

Relevons en passant cette remarque très juste sur les inflammations goutteuses qui. malgré les apparences, fièvre locale, rougeur quasi phlegmoneusc. tuméfaction, douleur extrême, ne suppurent jamais ou presque jamais.

Delpeuch. 12*

Les lignes que nous venons de reproduire sont certainement d’un auteur pneumatique. « La génération des toplius a pour matière la partie dense des humeurs et pour cause efficiente une chaleur sèche. » Or, c’était là des expressions, des idées particulières aux disciples d’Athénée. « Pour eux, dit le médecin , les éléments de l’homme sont, non pas les quatre éléments classiques, feu, air, eau et terre, mais leurs qualités abstraites, le chaud, le froid, le sec et l’humide, et parmi ces qualités deux sont considérées comme des causes efficientes , le chaud et le froid (par exemple) les deux autres comme des causes matérielles (1) ». Sénèque avait dit : « Nos stoïciens, comme tu le sais, soutiennent qu’il y a dans la nature deux choses dont tout dérive, la cause et la matière (2) ».

Ces formes de langage trahissent donc un stoïcien, c’està-dire, dans l’espèce, un pneumatique. Mais on peut aller plus loin et affirmer que ce pneumatique est Archigène. Il y a dans le passage que nous avons cité une idée plus ingénieuse que solide, c’est celle qui compare la formation des toplius à ces dépôts cristallins qui se produisent au fond d’un vase où l'on fait bouillir de l’eau qui 11’est pas très pure. Or, cette pathogénie un peu naïve, au moins dans les termes où elle est formulée (3), appartient à Archigène, qui l’a d’abord émise au sujet de la lithiase rénale : cc Les causes de cette lithiase, ce sont les indigestions fréquentes qui accumulent un excès de matière indigérée, déterminant au niveau des reins et de la vessie une chaleur fébrile qui brûle les humeurs, les condense et change le résidu en pierre, comme ces concrétions que I on trouve au fond de l'eau qu’on a fait bouillir dans des vases d’airain, surtout

(1) Œuvres de Galien. T. XIV, p. G98.

(2) Sénèque. Lettre à Lucilius, 65.

(3) Elle est indiquée dans le traité des airs, des eaux et des lieux, t. II. p. 39. Elle sera reprise par Galien, t. XVIIa, p. 835.

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