‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 54 sur 130 · L’ÉCOIÆ STOÏCIENNE OU PNEUMATIQUE · texte numérisé non relu

L’ÉCOIÆ STOÏCIENNE OU PNEUMATIQUE

sujet, elles ne sont pas transformées en sensations, c’està-dire en plaisir ou en douleur.

Arétée pousse plus loin que Tintée la curiosité; il admet comme lui cette insensibilité normale des corps compactes, mais il se demande pourquoi les os, les dents et les parties fibreuses deviennent quelquefois extrêmement sensibles quand ils ont subi une altération pathologique. C’est en parlant de ee phénomène étrange et non, comme on le lui fait dire, à propos de la goutte en général, qu’il a écrit sa fameuse phrase : '« Les dieux seuls en savent la véritable cause, les hommes n’en peuvent donner qu’une explication plausible ». Malheureusement, l’explication proposée par lui n’est guère plausible. Elle serait, de plus absolument incompréhensible, si l’on oubliait qu’Àrétée est un pneumatique, un stoïcien, et qu’à ce titre il a sur le pneuma, sur la chaleur innée, les idées que nous avons rappelées au début de ce chapitre. Un corps très dense de sa nature ne sent ni le contact des objets, ni les violences extérieures, par conséquent il ne peut souffrir, la douleur n’étant qu’une perversion de la sensibilité. Ainsi, h l’état normal, les os et les dents ne sont pas sensibles. Mais la vie dans ces organes est entretenue par la chaleur innée, et cette chaleur est pour les stoïciens le véritable agent de la sensibilité. Il suffit donc d’un trouble dans cette chaleur intérieure pour que la sensibilité soit en quelque sorte apportée du dedans; ce n’est pas la partie matérielle, la substance solide, c’est le fluide vital lui-même qui souffre et porte la notion de sa souffrance au centre conscient. Or, précisément, pour Arétée, la cause de la goutte est une altération de la chaleur innée.

Après quelques mots sur la sciatique, l’auteur aborde la description de l’arthritis et de la podagre réunies et confondues. Voici ce tableau tant vanté : on y reconnaîtra facilement les traits empruntés à Athénée et il Archigène. « L’arthritis commence ainsi : la douleur occupe d’abord le gros orteil, puis la partie antérieure du talon, celle qui porte sur le sol, puis la voiïte plantaire, enfin la cheville se gonfle en dernier

L l GOUTTE ET TE 1< HUM A TI SME

lieu. On donne au mal une cause qui en est bien innocente; les uns ont été blessés par une chaussure neuve, les autres ont trop marché; un autre encore a reçu un coup ou s’est laissé marcher sur le pied; ils n’avouent ni les uns ni les autres que la cause est en eux-mêmes, et, quand on leur dit ce qui en est véritablement, cela leur paraît incroyable. Ainsi la maladie devient incurable; le médecin n’a pu la combattre a ses débuts, alors qu’elle était sans force; comme on l’a laissée s’accroître avec le temps, tout traitement est devenu inutile » .

« Chez quelques-uns le mal persiste dans les articulationsdu pied jusqu’à la mort, chez cl’autres il parcourt toute l’étendue du corps; le plus souvent il passe des pieds aux mains, et en effet, les conditions sont les mêmes pour cesdeux régions : elles sont de même nature, grêles et dépourvues de chair, rapprochées du froid extérieur et éloignées de la chaleur interne. Les coudes et les genoux sont pris ensuite, puis l’articulation de la hanche; enfin, la douleur passe de là aux muscles du dos et du thorax. La marche envahissante de ce mal est incroyable. Il s’attaque aux vertèbres de la nuque et du dos, va jusqu’à l’extrémité du> sacrum, et toutes ces régions participent à la douleur commune et souffrent pour leur compte. Les tendons et lesmuscles sont douloureux et tendus; les muscles des mâchoires et des tempes sont pris ; les reins, la vessie sont envahis à leur tour; enfin, chose surprenante, le nez, les oreilles, les lèvres mêmes souffrent aussi; tout cela en effet est formé de fibres et de muscles. Un malade souffre des sutures de la tête et, bien qu’il ignore l’anatomie de la région atteinte, il décrit les sutures oblique, droite, transverse, sur le devant et sur le derrière de la tète, se plaignant à ce niveau d’une douleur fine et tèrèbranle (i). C'est que

(i) t<j/v7)v oi tTjv o3‘JV7jV z*t la~£~ao;xivr)v. Ici l'emprunt

fait à Archigène est flagrant. Les deux expressions soulignées appartiennent

Page 1