‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 55 sur 130 · L’ÉCOLE STOÏCIENNE OU PNEUMATIQUE · texte numérisé non relu

L’ÉCOLE STOÏCIENNE OU PNEUMATIQUE

le mal attaque toutes les connexions osseuses aussi bien que les jointures des mains et des pieds ».

On reconnaît le mode de travail d Arétée : il exagère, il amplifie, il dénature pour obtenir un tableau plus saisissant. Le début de la goutte par les diverses articulations du pied n'est plus aussi exactement décrit (pie dans le passage parallèle d’Arehigènc qui avait dit : le mal débute ou par telle jointure, ou par telle autre; Arétée fait de ces diverses localisations possibles une série d’étapes nécessaires. De même, voulant nous apitoyer sur le sort du rhumatisant perclus de tous ses membres, il 11e sait s’arrêter à temps; Archigène n’avait pas dépassé l’articulation temporo-maxillaire et le nez, il y ajoute les lèvres, les oreilles et les sutures du crâne, invoquant à l’appui de son dire une histoire qu’on a peine à prendre au sérieux. Nous retiendrons seulement de cette page deux points : l’hésitation bien exprimée du goutteux à avouer la nature et la cause de son mal, encore tout cela était-il un lieu commun depuis Athénée, Archigène et Soranus; en second lieu, la mention des conditions physiologiques particulières aux mains et aux pieds parce que cette observation que l’on lit dans tous les auteurs pneumatiques leur servait d’argument pour justifier leur théorie de la goutte, «pi on pourrait appeler la théorie thermique.

C’est à propos de la formation des tophus qu’Arétée la formule plus nettement. Il a sous les yeux le paragraphe d’Archigène que nous avons cité et où la génération des tophus est attribuée soit à un excès de chaleur qui fait se déposer des matières pierreuses comme il arrive dans les vases où l’on fait bouillir de l’eau, soit à un excès de froid

;i ce vocabulaire spécial qui irritait si fort Galien. Archigène disait que les douleurs des parties fibreuses étaient è>x~c-xp>j.svoi (Galien, t. VIII, p. 91), mol que Daremberg traduit par fixes et terébrantes (Galien, trad. Daremberg, II, p. Ü22.) D'autre part, il avait donné L épithète de iu/vw; ôÇu;, finement aigue à une autre variété de douleur (Ibid., p. 92).

LA GOL T TU ET LE ItllUMATISME

qui congèle l’humeur morbide. Il retient et admet ces deux procédés pathogéniques pour les calculs : « Les calculs, ditil, ont une double cause : chez les vieillards c’est leur froid naturel et leur sang épais, car le froid condense plus vite les matières épaisses comme on peut le voir aux sources d’eaux chaudes qui en se refroidissant se concrètent en un dépôt pierreux; chez les enfants, au contraire, ce sont les impuretés cuites à la chaleur du sang, comme par un véritable feu, qui sont l’origine des calculs (i) » ; mais en ce qui concerne les tophus de la goutte, il se montre plus exclusif qu’Archigène, et les attribue seulement au refroidissement.

« Des concrétions se forment dans les jointures. C’est d’abord un liquide puriforme, puis l’humeur s’épaissit et il s’échappe une matière très dense; enfin, ce sont des tophus durs et blancs, de petites saillies grosses comme une verrue ou même davantage; leur contenu est épais, blanc, ressemble à de la grêle (2), et, de fait, la maladie tout entière est froide comme la prèle. La chaleur et le froid

semblent bien établir des différences, mais pour moi la maladie est une et sa cause est toujours une diminution de la chaleur innée. Cependant s’il survient brusquement une tuméfaction et une chaleur superficielle et que le froid appliqué donne une sensation agréable, on dit que la goutte est chaude. Si, au contraire, la douleur est profonde, fixée dans les parties fibreuses, si la jointure est affaissée, froide et non tuméfiée, on peut dire la goutte froide. On aura besoin alors de remèdes réchauffants pour rappeler la chaleur à la surface, et, le plus souvent, il faudra y joindre les agents fortement irritants ».

On comprend pourquoi Arétée a insisté, comme l’avait fait avant lui Athénée traduit par Sénèque, sur la disposition

(1) Arétée, p. 172.

(2) Cette même comparaison sc retrouvera sous la plume de Paracelse.

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