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CHAPITRE XI

LES BYZANTINS. LE COLCHIQUE

Constantinople avait hérité des grandeurs de la Rome impériale; elle hérita aussi de ses mœurs, de son hygiène et de ses maladies. La goutte y fut une maladie commune : elle frappa presque tous les empereurs, même les plus sobres, même les plus sages, victimes sans doute des fautes paternelles. Nicéphore Calliste nous montre l’empereur Maurice chassé de sa capitale, assailli par une tempête au travers du golfe de Nicoméclie et entravé brusquement dans sa fuite par un accès de sa goutte habituelle et il ajoute : « Ce mal survient, avec une déplorable fréquence, chez ceux qui font leur séjour de la ville impériale (i) ». Et cependant Maurice « était exact et rigoureux dans son régime, n’accordant à son ventre que le nécessaire et n’usant que d’aliments très simples ».

Une preuve saisissante de la fréquence extrême de la goutte en Orient, c’est la place démesurée qu elle occupe dans les œuvres des médecins byzantins. Surlesdouze livres qu’Aétius consacre à la pathologie spéciale, un livre entier est rempli par l’étude de la goutte et de la sciatique. Dans le

(i) Nicéphore Calliste. Hist. ecclcsiast. Liv. XVIII, cli , xl. Patrol. de Migne, t. 147, p. 4o8.

LES BYZANTINS. — LE COLCHIQUE

i traité d’Alexandre de Tralles la part proportionnelle faite à :1a goutte est identique. Aussi aurions-nous à analyser de ! longs et nombreux chapitres s’ils n’étaient le plus souvent ; une simple réédition des travaux que nous connaissons déjà.

Nous relèverons seulement ce qu’ils peuvent contenir d’orii o-inal.

La médecine byzantine n’a rien ajouté ii l’histoire clinique de la podagre. Croyant la pathologie portée à sa perfection parGali’en, elle se consacre à la pratique, recueille, essaie les recettes que l’expérience journalière lui suggère ou que les relations toujours plus faciles de l’empire avec les peuples lointains amènent à sa connaissance. Elle a accru ainsi la matière médicale d’une foule de drogues inutiles, mais elle l’a enrichie aussi de l’agent le plus puissant dont dispose la thérapeutique de la goutte, l’hermodacte ou colclii- <jue d’aulonine[ i). La découverte des propriétés curatives de cette plante, l’étude de ses caractères botaniques, sont les deux faits qui dominent, en ce qui concerne notre sujet, la médecine orientale, celle des Byzantins et celle des Arabes ; ce sont presque les deux seules raisons qui nous obligent à nous y arrêter.

On peut déterminer avec précision l’époque oii les vertus de l’hermodacte furent connues des médecins et utilisées par eux. La première formule où ce médicament figure est de Jacques Psychriste, qui vivait vers le milieu du cinquième siècle, avait soigné à Athènes le philosophe Proclus et était devenu le médecin et le conseiller de l’empereur Léon le Grand, qui régna de à 4 7 4 - D’autre part on a la preuve qu’à la fin du quatrième siècle, et au commencement du cinquième, les médecins n’employaient pas encore l’hermodacte. Le mot en effet ne se lit en aucun endroit des livres d’Oribase, non plus que dans les traités écrits en latin dans

(1) Nous justifions longuement cette synonymie clans un chapitre spécial. Voir ch. xx.

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