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la première moitié du cinquième siècle par Priscien, par Cassius Félix et par Cælius Aurelianus, qui avaient connu les pratiques et les drogues de la médecine grecque jusqu’au jour où les invasions barbares consommèrent la rupture entre les deux moitiés de l’empire, ou, plus exactement, jusqu’en /|3q, date de la prise de Carthage, événement qui sépara l’Afrique, leur patrie, du monde oriental.
A cette date de /| 3 9 , nous touchons précisément à l’époque où Jacques va exercer son art à Constantinople et y arriver à la notoriété, car on ne saurait admettre qu’il ait obtenu d’emblée, jeune et inconnu, les titres de comte et d’archiatre, l’amitié et la confiance de Léon. La chronologie impose déjà cette conclusion que Jacques fut un des premiers, sinon* le premier, à prescrire Lhermodacte. Ajoutons à cela que son origine, sa vie antérieure, ses voyages, son éducation avaient pu, mieux qu’à d’autres, lui fournir l’occasion de recueillir et d’expérimenter une médication nouvelle.
11 était né h Alexandrie(i), mais sa famille était de Damas. Son père llésychius avait, pendant quarante ans, parcouru le monde pour augmenter les ressources de sa pratique, puis il s’était fixé à Constantinople où il avait trouvé, non des médecins, mais des théoriciens qui ne savaient rien par expérience personnelle, 11’avaient rien appris que dans les livres d’autrui (Photius). Jacques, instruit par son père qu’il avait accompagné dans une partie de ses voyages, resta lui aussi dans la capitale, opposant au « verbiage » de ses confrères un système thérapeutique dont Alexandre nous donne quelque idée. Ayant affaire à un monde dont« le surmenage intellectuel, la poursuite de l’argent, l’ennui et les préoccupations remplissaient toute la vie (2) », il recommanda une
(1) Ce que nous disons de la vie de Jacques Psychriste est emprunté à Alexandre de ïralles, à Malala, à Photius et à Suidas. Ces deux derniers ont puisé à une même source, la vie d’Isidore par Damascius.
(2) Alexandre de Tralles. Liv. V, ch. iv.
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limentation frugale, des purgations fréquentes, des bains roids, en un mot un régime rafraîchissant. De là ce surnom 'le Psvchriste, le refroidi, que lui donnèrent ses envieux, ort nombreux au dire de Suidas.
Il aimait les cures rapides, surprenantes et ne craignait >as les médications hardies. C’est son disciple fidèle, Aslépiodote, qui devait restaurer l’usage de l’ellébore blanc j ue ses dangers avaient fait abandonner. 11 jouissait auprès Ile ses contemporains d’une faveur unique; il était plus qu’aimé, il était adoré de ses clients, considéré comme inaillible dans ses pronostics, traité de Sauveur et de nouvel I lEsculape. 11 passa même pour porter en lui une âme et une ^ertu divines. On lui éleva des statues à Constantinople et à Athènes, honneur excessif s’il ne fut qu’un praticien heureux, « chéri de dieu » comme on disait de lui, honneur mérité s’il prescrivit le premier le colchique aux goutteux et obtint par lui des guérisons soudaines qui avaient pour les profanes toutes les apparences d’un miracle.
Jacques paraît d'ailleurs s’ètre occupé du traitement delà .goutte avec un succès reconnu. Nous avons de lui, qui pourttant n’a rien laissé par écrit, un Uniment contre les doulleurs des nerfs, notamment contre celles qui proviennent 'de l’àcreté des humeurs, ex acredine humorum (i) et un céirat réservé aux formes aiguës de la podagre cc aux inflammations brûlantes des pieds. » (2)
Ma is la recette qui doit assurer la gloire de Jacques, c’est la suivante qu’Alexandre de Tralles nous a conservée : « Autre purgation que prescrivait Jacques Psychriste : Her- /nodacte, quatre scrupules ; scammonée, deux scrup. ; donner à boire dans de l’eau tiède après qu’on aura préparé le
(1) Oiubase. T. VI, p. 1G0. Cette recette est ajoutée au texte de la Synopsis par le plus vieux traducteur connu de cette œuvre, traducteur qui a écrit au temps de l’occupation de Ravenne par les Goths.
(2) ÀÉtics. Liy. XII, p. 92.
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malade par un bon régime, (i) » A ces lignes commence l’histoire médicale du colchique d’automne.
Remarquons-le, c’est à titre de remède purgatif que Jacques prescrit l’hermodacte. Il conseille une dose qui correspond à 4 grammes 55 centigr. ; il ajoute encore à l’action évacuante de l’hermodacte celle de la scammonée employée elle aussi à haute dose ; enfin l’absence de toute indication contraire prouve que le médicament était pris en une fois et que l’ingestion n’en était pas renouvelée les jours suivants. Formulée ainsi, la médication est un peu brutale, mais cette simplicité de composition et cette hardiesse sont des raisons nouvelles de croire que Jacques innovait et n’imitait personne. Dans un premier essai on frappe fort, pour être sûr de frapper assez, et l’on ne cherche pas à atténuer des inconvénients secondaires, que seul un plus long usage peut révéler. Avec le temps nous verrons les formules se corriger, s’adoucir, devenir à la fois plus savantes, plus compliquées, plus agréables au goût et moins pénibles à l’estomac, peut-être aussi moins actives.
C’est sans doute au cours de ses vovages en Asie, en des
provinces voisines de la Syrie et qui sont encore pour la plupart des auteurs le lieu de provenance des hermodactes, que Jacques avait appris les caractères et les vertus médicinales de ces bulbes. Peut-être aussi tenait-il cette notion de son père, mais on ne saurait remonter plus haut, car Hésychius était contemporain des médecins que nous avons cités et qui ignoraient certainement le nom et les usages de l’hermodacte. Alexandre de Tralles ne faisant, h propos de la goutte, aucune mention d’IIésychius, on est amené à conclure, comme nous l’avons fait, que la médecine est redevable à Jacques Psychriste d’une de ses armes les plus puissantes.
(i) Alexandre de Tralles. Liv. XI. Éd. grecque-latine. Bâle, i556, p. 645.
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IUn intervalle de quelques années, une génération environ, épare Jacques Psychriste d’Aétius d’Àmide qui porta, lui aussi, le titre de comte à la cour impériale et vécut à la fin lu cinquième ou au commencement du sixième siècle. Il ions faut ouvrir de nouveau son livre et y chercher, non plus i'e qu’avaient écrit ses devanciers, mais ce qu’il pensait lui— nème. Nous avons dit combien était restreinte sa part personnelle dans l’ouvrage qui porte son nom : il se borne à •hoisir, à rapprocher, à recoudre les lambeaux détachés les auteurs classiques de la médecine grecque. Rares sont .es occasions où il se découvre et parle en son propre nom.
Il en use précisément ainsi à propos des hermodactes et de la goutte et nous donne un exemple tiré de sa pratique, shnei le passage : « Purgatif à l’hermodacte que nous emiloyons constamment. R. Ilermodacte sec et récent, une once; anis, cumin, poivre commun, safran, poivre long, Lgraines de Cnicus, ââ deux scrupules ; myrrhe, une drachme ; -euphorbe fraîche, quatre scrupules; mastic, six scrupules ; -cannelle, un scrupule; musc, une silique. On en donne [uatre scrupules dans de l’eau miellée. Cela soulage les douceurs sur-le-champ, v Aétius (1) ajoute que, ces diverses espèces ne pouvant déterminer une forte purgation, il conient d’v ajouter de la scammonée ou un autre médicament j purgatif approprié au tempérament. Si nous ramenons les doses précédentes à notre système de mesures, nous troujlwons que l’hermodacte est prescrit à la dose de 2 grammes et 20 centigrammes environ dans les vingt-quatre heures. Dans une seconde formule, la quantité d’hermodacte à prendre en tun jour est un peu inférieure à deux grammes.
Aétius mentionne donc le premier cet effet rapide, presque instantané, qui est le caractère de la médication. Pour la première fois aussi, il cherche à corriger, par l’addition
(1) Aétius. Le douzième livre (en grec). Edit. Coslomiris. Paris, 1892, ip. 1 13.
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de quelques épices ou aromates, l’irritation gastrique que cause d’ordinaire le colchique et qu’une courte expérience avait révélée aux successeurs immédiats de Jacques Psychriste.
Voilà, à peu de chose près, tout ce qu’Àétius a mis de luimême dans le douzième livre de son recueil. Nous avons déjà reproduit ou résumé les fragments qu’il a empruntés à Philagrius, à Galien, à Archigène et à quelques autres ; il serait aussi fastidieux qu’inutile d’énumérer, après lui, les antidotes, les onguents, les emplâtres, les cataplasmes et les liniments. Mentionnons seulement, à cause de sa provenance, un cataplasme aux feuilles de troène préparé à la façon des « barbares indiens, » ce qui rappelle que l’auteur était né en Mésopotamie, à l’extrême frontière de l’empire du côté de l Orient.
La figure d’Aétius est restée vague et incertaine et l’on en cherche vainement quelques traits dans les seize livres de son gros ouvrage. En revanche, la physionomie d’Alexandre deTralles, qui a vécu peu après, puisqu’il était contemporain de Justinien, ressort nettement dessinée et vivante de la lecture de son manuel. Parmi les médecins de la décadence grecque, Alexandre tient une place à part. Ce n’est ni un compilateur comme Aétius, ni un abréviateur comme Paul d’Egine, c’est un praticien comme Jacques Psychriste, mais, à la différence de celui-ci, il a réuni en un volume (i) les recettes qui lui avaient valu sa renommée, renommée presque universelle, qu’il avait acquise en Espagne, en Gaule, en Italie, à Constantinople et ailleurs, cherchant partout des médicaments, des procédés et des formules et laissant derrière lui le souvenir de son affabilité, de son talent et de ses succès. 11 fut pour ses contemporains, il resta
(i) Alexandri Tralliani Medici libri duodecim, græcè et latine. S. Guinerio Andcrnaco interprété. Bâle, i556.
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i i pour lo moyen âge le médecin par excellence ; on disait h Alexander médians.
Si, à l’exemple du vulgaire, on considère le thérapeute i au sens propre du mot, plus que le clinicien, Alexandre de l Tralles mérita sa gloire. Nul plus que lui n’eut le désir de I sservir son client. Certes il cherchait à le guérir, mais dans la :> mesure compatible avec ses préjugés, ses goûts et sesrcaprices. C’est dire que toutes les médications énergiques ou désagréables étaient proscrites par lui, que toutes les 1 pratiques populaires, les plus absurdes ou les plus répui: ignantes, étaient admises et conseillées. Alexandre se mon- ; itra par sa crédulité, feinte ou sincère, inférieur à Scriboi inius Largus, avec lequel il a d’ailleurs tant d’analogies.
On s'est demandé à quelle secte il appartenait : c’était ■ [peine inutile. Son livre est étranger à tout esprit philoso- [phique. Que l’on prenne par exemple le onzième livre qui : ; traite de la goutte (i), les questions de doctrine n’y tiennent, rpour ainsi dire, aucune place, la thérapeutique a tout envahi.. Mais comme il faut mettre de l’ordre dans cette foule de ? : remèdes et qu’ Alexandre aime la clarté, il use de la classi- I I fi cation et de la pathologie générale qui régnaient de son • temps, c’est-à-dire du galénisme, seul système resté debout.
IOn l’a loué du soin avec lequel il avait distingué les unes des autres les diverses formes cliniques de la goutte et l’on en a fait honneur à son esprit d’observation : or les passages en question sont le résumé, presque la copie, des pages que nous avons reproduites d’après Aétius et que celui-ci avait empruntées sans doute à un de ses devanciers, Philagrius ou un autre.
Assez éclectique, ou même sceptique, en fait de théorie, il
(i) En réalité, ce onzième livre était le douzième et dernier. Une interversion malheureuse a fait placer après lui le livre concernant les fièvres qui était le premier. Dans son édition (Vienne, 1878-1879), Puschmann a rétabli l’ordre primitif.
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donne a sa pratique un caractère plus personnel. Que, sur un point de thérapeutique par exemple, les données de sa propre expérience contredisent les notions classiques, il n’hésite pas : il qualifie Galien, avec un peu d’ironie peutêtre, d’homme tout divin Oe'.OTrccç, puis il lui applique spirituellement à lui-même ce qu’il avait dit d’Archigène. «Par cela même qu’on est homme, il est dillicile de ne pas se tromper souvent, tantôt par ignorance, tantôt faute de soin. Aussi n’aurais-je jamais parlé comme je l’ai fait d’un aussi grand savant si la vérité même ne m’avait donné ce courage et si le silence ne m’eût paru impie. Un médecin qui garde en lui-même, sans le dire, ce qui lui semble vrai commet une grande injustice, une véritable impiété; il se précipite bénévolement et sans s’en douter dans la plus grave des erreurs. Le devoir est d’agir comme a dit Aristote : Platon est mon ami, mais la vérité est mon amie elle aussi. Entre les deux, il faut choisir la vérité (i). »
On regrette qu’au lit de ses malades, Alexandre ne montre pas la même fermeté. Il prescrit aux goutteux une purgation au suc de roses et à la scammonée « parce qu’elle est agréable au goût et à l’odorat (2) ». Il leur conseille un emplâtre dont il chante les louanges, disant en forme de conclusion : « et le meilleur de tout c’est qu’il est très propre et s’enlève sans répugnance (3) ». Toute sa thérapeutique est dominée par le désir de plaire. Il a, contre la goutte pituiteuse, c’est-à-dire froide, un remède parfait. « Il y a certes beaucoup d’antidotes ayant une grande efficacité et montrant surtout une action puissante chez les goutteux de complexion phlegmatique et humide, mais je n’en ai pas trouvé de meilleur que celui qu’on appelle oii xopaAXûov. D’une part, il n’est pas désagréable à prendre-, d’autre part, il possède
(1) Alexandre de Tra.li.es. Liv. V, p. a44-
(2) Id., liv. XL, p. 601.
(3) Id., p. 6a3.
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à la fois l’énergie et l’innocuité. En voici la formule : corail, six scrupules, myrrhe, quatre onces, girolle, douze scrupules, rhapontic une once, feuilles de malabathrum véritable, douze scrupules; racine de pivoine, une once; aristoloche longue, deux onces; aristoloche ronde, deux onces; épi de nard, quatre onces. Tout cela choisi excellent et non sophistiqué pour éviter un échec de la médication. » On donnait un scrupule de ce mélange le matin, dans de l’eau tiède. Cela faisait 365 doses, à prendre dans un espace de près de deux ans.
Pour infaillibles que soient ses propres recettes, Alexandre, aussi obligeant pour ses jeunes confrères que pour ses propres malades, admet que les médecins veuillent choisir à leur gré parmi un grand nombre de remèdes; aussi en énumère-t-il une foule; il le fait pour épargner à ses lecteurs un travail qu’ils ne peuvent faire eux-mêmes; il leur faudrait parcourir la littérature médicale tout entière, «j’ai cru nécessaire, dit-il, de donner ici ces préparations parce que le médecin, à qui ses occupations ne laissent aucun loisir, n’a pas le temps de se plonger dans les nombreux écrits des anciens (i) ».
C’est, dans ces dispositions d’esprit qu’il aborde la question la plus délicate qui puisse surgira propos de la goutte, nous voulonsdire la question des spécifiques. Son embarras est visible. « Puisque quelques-uns, dit-il, invoquant soit la nécessité d’affaires pressantes , soit l’intensité intolérable de leurs douleurs, nous demandent instamment de leur donner ces remèdes calmants, il est bon d’en traiter ici et de dire quand et comment il faut en user... Il en est qui boivent le remède nommé ol’èp'j.ccz'/.TÙXcu et disent en éprouver un tel soulagement, à la suite de selles aqueuses, qii ils veulent immédiatement marcher. Cela est exact et l’espérance donnée est rarement déçue. Mais cette drogue a cela de mauvais qu’elle
(i) Ibid., p. 62G.
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