S A /. E R N E. — LES A R .1 D I S T E S
rites de son temps : Constantin l’Africain, Avicenne, Averroès et surtout Aristote.
Quant au traitement, les indications en sont bien comprises et heureusement remplies. Nous résumons ici cette médication, non qu elle soit personnelle à Jean, mais parce qu’il l’a exposée avec assez de méthode et de clarté. La première indication, ou intention, comme on disait alors, est de calmer la douleur. Mais on ne doit user des narcotiques opium, mandragore, pavot, jusquiame,morelle, etc.) que si les souffrances sont extrêmes, car ce ne sont que des palliatifs dangereux. « Les applications narcotiques peuvent même •causer la mortification du membre malade ; il est vrai que •cela vaut encore mieux que de mourir tout simplement. » Aussi est-il bon d’user, après ces applications, de remèdes excitants tels que les feuilles d’hièble, les orties, le sel, l’huile de laurier, ou encore cette mixture dont Jean se servait avec succès dans la goutte froide : « Castoréum, 2 drachmes ; eau ardente, 1 drachme 1/2 ; baies de laurier, une once. Mêlez et appliquez. » L’eau ardente n’est autre que l’eau-de-vie que nous voyons apparaître pour la première fois.
Il semble logique aussi d’évacuer la matière peccante, mais il ne faut, au début d’un accès, ni saignée, à moins qu’il n’y ait franchement pléthore sanguine etque les autres circonstances ne s’y prêtent, ni purgatif énergique, ni applications froides.
Ces réserves faites sur la conduite h tenir au fort d’un violent accès, Jean passe au cas le plus commun, au traitement d’un accès de goutte pituiteuse, c’est-à-dire subaiguë, et il en résume ainsi les indications : i° il faut différer la matière morbide à l’aide de l’aristoloche, de la gentiane, de la germandrée, de l’ivette et de quelques autres substances. Cette préoccupation de modifier par une longue médication interne la diathèse goutteuse, car l’expression « digérer la matière » ne veut pas dire autre chose, est de tous les temps. Les agents seuls ont varié : aux remèdes très anciens re-
commandes par l’auteur, et qui jouissent encore d’une véritable faveur auprès clu public, nous n’avons guère ajouté que les sels alcalins; 2° il faut évacuer la matière par des médecines renfermantdes hermodactes (c’est-à-dire du colchique), de la casse, de l’aloès ou de la rhubarbe. Ces médecines étaient diversement composées selon que le malade était riche ou pauvre ; on a beaucoup critiqué cette distinction que Jean et la plupart de ses contemporains marquaient entre leurs malades; elle partait cependant d’un véritable sentiment de charité, puisqu’elle n’avait d’autre but que d’assurer aux pauvres des remèdes aussi efficaces que ceux des riches, moins agréables au goût seulement, moins chargés d’aromates ou de matières précieuses, et partant moins chers. Les pauvres ne perdaient pas grand’chose h ne pas absorber le diamargariton, électuaire aux perles.
Dans toutes ses formules, qu’il s’agisse des riches ou des pauvres, Jean introduit Ylva art/iritica, qu’il considère, avec la médecine ancienne, comme un véritable spécifique. Cette plante, c’est Yajuga chamæpitys, l’ivette petit-pin, employée de toute antiquité ; les auteurs du moyen âge lui associent souvent l'ivette musquée, ajuga iva, variété très voisine de la précédente.
3° Il faut fortifier le membre atteint pour qu’il puisse repousser loin de lui l’humeur morbide. On y parvient à l’aicle de stimulants généraux comme le diatrionpepereon, le diacyminum, le dianthos, le diamargariton, ou encore en se servant pour restaurer les extrémités osseuses de la substance même dont elles sont constituées. Jean loue beaucoup une « poudre fortifiante de toute propriété », qu’il appelle poudre sarrasine et qui associe à l’ivette la poudre d’os humains brûlés, à la condition de pulvériser de préférence les os de la jambe si la douleur goutteuse siège au-dessous du genou .
Telle est dans ses grandes lignes, et dégagée des formes surannées particulières à cette époque, la conception de la goutte selon les auteurs des xmc, xiv° et xvc siècles. L œuvre
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i des derniers venus ne marque pas un progrès sensible. Aussi nous n’analyserons pas les chapitres consacrés à la . goutte dans les traités de pathologie qui ont suivi la Rosa Anglica. Nous nous bornerons à reproduire quelques lignes de la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac, comme l’exemple le plus caractéristique, mais aussi le plus outré, de celte littérature singulière où l’observation était remplacée par l'érudition et le bon sens parla dialectique.
<( Arthretique ou goutte est douleur des jointures, engendrée de la fluxion des humeurs aux jointures. Car il est certain selon Galen (au commentaire de cet aphorisme du sixième : les Eunuques ne sont podagres), qu’icelle passion est faite de quelque humeur défluant aux jointures. Si donc (comme s’ensuit en la lettre) la matière jamais n’y défluait, jamais passion n’v serait. Il prend icy l’espèce pour le genre, seavoir est podagre pour arthretique : ainsique disait Albert de Bologne sur ledit aphorisme. Or arthretique est aposteme, en prenant aposteme largement, qui est en la disgrégation des jointures, selon Halyabbas, au neufîesme sermon de la première partie du livre de la Disposition royale. Nonobstant que plusieurs disent, ainsique metRhasisen son livret de la Douleur des jointures, que telle passion peut estre faite de mauvaise complexion sans matière, loutesfois cela est rare, comme dit Avicenne : et avec ce, telle douleur n’est goutte proprement, ains largement et improprement (1). »
Guy de Chauliac continue ainsi pendant treize grandes pages. 11 faut dire, à sa décharge, qu’en sa qualité de chirurgien, il aurait pu se dispenser de traiter de la goutte « d autant que ces choses, dit-il lui-même, appartiennent plus a messieurs les Physiciens, et que les Chirurgiens n’y sont appelez, sinon pour la manuelle operation, et quelquefois en l’afïliction (à laquelle tous sont appelez, mesme les empiryques). »
(1) Guy de Chauliac. Ed. Nicaise, p. 387.
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Que devenait au lit des malades cette médecine toute de mémoire et de théorie? 11 csL facile de s’en rendre compte par quelques observations éparses dans les divers traités et surtout par la lecture des recueils de Consilia de Gentile de Foligno, de Cermison, de Mantagnana et de quelques autres. On y voit avec quelle habileté les médecins du xiv° et du xv° siècles tiraient de la vie antérieure du malade, de son âge, de sa profession, plus rarement des symptômes actuels directement constates, des raisons de le placer dans l’une ou l’autre des catégories préparées d’avance. Un goutteux était qualifié sanguin, plilegmatique, bilieux ou mélancolique et traité en conséquence, pour des motifs qui nous paraissent aujourd’hui presque puérils. Il est vrai qu’on voit aussi, quoique rarement, le médecin torturer son système pour l’adapter aux exigences de la clinique, pour justifier un traitement et un régime qui lui paraissaient commandés par l’état du sujet, sa situation ou ses goûts.
Nous ne reproduirons dans son entier aucune de ces consultations, ordinairement fort longues et fastidieuses, mais pour montrer quel parti auraient pu tirer de ce mode d’exposition et d’enseignement des esprits plus indépendants, nous résumerons un cas remarquable rapporté par B. de Mantagnana (cons. 2/19). (1) Il s’agit d’un révérend père, docteur en théologie, affligé de six affections différentes :
i° Un mal ancien et habituel. C’étaient desdouleurs articulaires occupant les pieds ; quelquefois aussi la douleur remontait au genou, aux muscles des jambes, aux hanches ou aux muscles du dos ; mais tout cela, dit l’auteur, était de même nature et provenait d’une même source.
20 Une douleur intense des reins, revenant par accès: dans les urines il y avait en abondance du sable et de s graviers.
(i) B. de Montagnana. Consilia, à la suite de D. Antonii Cermisonis consilia medica. Francfort, i6o4, in-fol., p. 989.