L .1 GOUTTE K T L E K II U M ATI S M E
fait de thérapeutique, si peu porté par nature à copier servilement les anciens, usait volontiers d’un électuaire où il n’entrait pas moins de trente de ces herbes et parmi elles presque toutes celles que nous avons énumérées.
La liste des plantes salutaires aux goutteux, comme aux blessés et aux empoisonnés, s’était allongée par un procédé qui ne laisse aucun doute sur le caractère peu médical du choix dont elles avaient été l’objet. La similitude du nom, des analogies plus superficielles encore furent des titres à usurper les mêmes vertus et les mêmes usages. Parce qu’une plante dédiée au centaure Chiron avait été considérée comme une panacée, toutes les centaurées reçurent le même privilège ; de même l’aristoloche longue dut partager ses propriétés avec l’aristoloche ronde, mieux encore, la germandrée petit chêne appela nécessairement à sa suite dans une même formule l’ivette petit pin. Il ne faut pas hélas ! chercher de raison plus sérieuse à la réputation qu’a cette dernière plante de guérir la goutte, au surnom qu’elle portait au moyen âge d’/m arthritica, au sort qui lui est échu de figurer dans la plupart des poudres végétales dites spécifiques.
La thérapeutique des Alexandrins était enseignée, vulgarisée dans une foule de petits livres, de manuels décorés des noms à'Antidotaires, à' Enporistes, de Drnanieron., dont on retrouve des fragments dans Celse, dans Scribonius Largus, dans Aétius et surtout dans les ouvrages légitimes ou supposés de Galien. Aucun de ces formulaires ne nous est parvenu en entier; il existe bien en manuscrit à l’Escurial et à Venise, un recueil de médicaments composé par un Alexandrin nommé Ællus Promotus qu’on dit avoir vécu après le grand Pompée, mais nous n’en connaissons que la table des matières (i). Elle nous apprend que le ido” et dernier chapitre contient les remèdes de la podagre.
(i) Pnljliée par R. Rkiac. Unzolie hehdomadairo , 1873, p. 3io
LA GOUTTE .1 ALEXANDRIE
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En dehors de ces ouvrages qui retenaient encore quelque chose de la réserve et de la dignité médicales, il y avait en Egypte une littérature qui touchait elle aussi aux choses de la thérapeutique et de l’hygiène, mais qui était dépourvue à un rare degré de tout esprit scientifique. Nous voulons parler des rhizotoines et de leurs travaux. T>es rhizotomes ne méritent guère le nom de botanistes : placés entre la médecine qu’ils ignoraient et les superstitions populaires qu’ils rencontraient à chaque pas dans leur recherche des simples, ils se firent les interprètes et les serviteurs de ces superstitions, les agents de ce mysticisme qui restera la marque et la tache de la pensée alexandrine dans tous les efforts qu’elle tentera vers les sciences ou vers la philosophie.
Leur œuvre nous est mieux connue que celle des médecins leurs contemporains. Nous avons dans leur intégrité les poèmes de Nicandre, nous avons quelques fragments d’un curieux poème sur les plantes ; le livre de Cratevas a passé par morceaux dans l’ilistoire naturelle de Pline, avec bien d’autres fragments des autres rhizotomes, d’Andréas, d’Iollas et de Niger ; enfin le traité de la matière médicale de Dioscoride est parvenu jusqu’à nous, nous apportant à la fois les notions sérieuses de botanique qu’il tenait de ses devanciers ou qu’il avait acquises lui-même et les fables ridicules empruntées aux pires pratiques de la médecine populaire.
Par leurs recherches, par quelques trouvailles, les herboristes ont servi et encouragé la passion qu’avaient les Alexandrins pour la thérapeutique ; ils ont augmenté, au moins en apparence, les ressources de la matière médicale; ils ont substitué dans la pharmacopée égyptienne à la flore pharaonique une flore nouvelle empruntée pour une grande part aux pays voisins et môme à l’Extrème-Orient. Mais ils ont contribué aussi à introduire et à acclimater en Égypte les mythes, les légendes, toute la magie de la Perse et de la Chaldée, et leurs livres, môme celui du savant Dioscoride, sont souillés des mômes rêveries, des mômes absurdités.