‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 25 sur 86 · L . 1 C.Oi r T E E T L E K II l M A T I S M E · texte numérisé non relu

L . 1 C.Oi r T E E T L E K II l M A T I S M E

Ce sont les vertus merveilleuses des simples qui sont le sujet principal des poèmes de Xicandre. Dans ses thériaques, il énumère les herbes qui préservent ou guérissent des morsures, et, parmi les trois premières que loue ce contemporain d’IIéraclide, on rencontre précisément l’aristoloche et le trèfle bitumineux qui entraient dans la composition de l’ennéapharmacum, prototype et modèle de tous les antidotes, ce qui confirme ce que nous avons dit de l’origine extramédicale de ces drogues spécifiques. L’autre plante était « l’herbe du centaure Chiron », c’est-à-dire une centaurée, mais les caractères décrits par Xicandre ne conviennent à aucune des plantes connues sous ce nom.

Dans les alexipharinaques, une trentaine de vers sont consacrés à l’éphémère de Colchide, mais il n’y est considéré que comme un poison redoutable. Nous reviendrons sur ce passage quand nous résumerons l’histoire du colchique d’automne.

Le poème anonyme « Sur les plantes », qu’on a quelquefois et à tort attribué à Ru fus, n’a d’autre prétention que d’être l’interprète fidèle de la crédulité populaire. Les fragments qui nous en restent célèbrent les propriétés delà camomille, du nerprun, de l’armoise, de la verveine, de la sauge, de la grande centaurée et de quelques autres herbes. Chose pour nous plus intéressante, on y lit pour la première fois le mot d’iiermodacte, de doigt d’Hermès, appliqué à la quintefeuille, et eette mention, nous le verrons, nous donne l’origine, le sens et la valeur de ce terme si controversé.

T. es œuvres des rhizotomes de profession, d’Audreas, de Cratevas, d’Iollas et d’autres ont passé, avons-nous dit, pres(jue tout entières dans les livres que Pline l’Ancien a consacrés à la matière médicale. Ces livres sont, sans aucun doute, les plus mauvais de tous. C’est le triomphe de l’empirisme, au mauvais sens du mot, sans méthode, sans contrôle, sans jugement. L’auteur accepte les renseignements de toutes mains, au hasard de ses lectures, car il paraît n’avoir guère choisi les livres qu’il a compilés. On

LA GOUTTE A ALEXANDRIE

s’est étonné de ne pas voir figurer dans son index les noms d’auteurs éminents qui avaient certainement écrit avant lui, tels qu’Athénée, Rufus et Dioscoride. On a cherché des explications plausibles : il n’y en a pas d’autre que le hasard qui n’a pas fait tomber leurs ouvrages sous sa main. Ce n’est pas qu’il les ait dédaignés, car il avait la prétention de tout lire et soutenait qu’il n’y avait si méchant livre dont on ne pût extraire quelque chose.

Il fournit, il est vrai, des armes contre lui-même, car de «on énorme travail, où la goutte est nommée dans près de cent chapitres nous ne pouvons presque rien tirer, ou du moins rien de bon. C’est un tissu de fables et d’insanités qui, par malheur, ont été trop souvent accueillies à cause du rang et <le la célébrité de leur auteur ; rien n’a contribué davantage il décrier la médecine antique.

Histoire naturelle contient une liste interminable de remèdes contre la goutte tirés des plantes, des animaux et des minéraux. Quelquefois Pline nomme ses auteurs, quand ce sont des Italiens : « Lycus de Naples donne l’arroche en application avec le miel, le vinaigre et le nitre (i) ». « Le Cydnus, fleuve de Cilicie, guérit la goutte, comme il appert d’une lettre de Cassius de Parme à M. Antoine (2). » Les eaux du Cydnus étaient renommées pour leur fraîcheur ; c’est ce qui avait donné lieu :i l’opinion très ancienne qu’elles étalent bonnes pour la podagre : Yitruve, Strabon, Rufus rapportent le même fait. Mais il est curieux de le voir mentionné dans une lettre adressée h Antoine : le Cydnus devait lui porter, avec Cléopâtre et sa galère dorée, tout autre chose qu’une cure ou un régime de goutteux.

Mais, ce que Pline aime surtout, ce qu’il énumère sans indication de source, ce sont les remèdes populaires, inconnus ou méprisés des médecins, ces remèdes fussent-ils

(1) llist. nat., liv. XX, cli. lxxxim.

(2) Ilist. nat., llv. XXX, ch. viii.

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